La rédaction
illustration IA Ulrich devant les juges

Pendant des années, le gouvernement israélien (y compris celui de Naftali Bennett) a lui-même autorisé les canaux financiers et diplomatiques avec le Qatar pour financer la bande de Gaza ou maintenir un canal de médiation, ce qui rendait les interactions privées perçues comme «tolérées » par les cercles décisionnels. Et cela sous la pression internationale et interne.
Notre affaire fait référence à Jonathan Urich (ainsi qu’à d’autres proches conseillers de Benjamin Netanyahou, comme Eli Feldstein et Israel Einhorn). Ce dossier, souvent désigné sous le nom de « Qatargate » dans les médias israéliens, soulevé des questions juridiques, éthiques et sécuritaires majeures.
Urich avait-il le droit d’avoir des contrats privés ?
Oui . Jonathan Urich n’était pas un fonctionnaire payé directement par le Trésor public au sein du cabinet officiel du Premier ministre mais il opérait en tant que conseiller politique externe, rémunéré par le Likoud ou par sa propre agence de conseil / relations publiques. Il ne figurait pas sur la liste des fonctionnaires titulaires de l’État et n’était pas soumis aux mêmes restrictions strictes de cumul d’activités ni aux déclarations obligatoires de conflits d’intérêts imposées aux fonctionnaires du gouvernement. Lors de ses interrogatoires par l’unité d’enquête Lahav 433, Urich a lui-même argué qu’il n’était pas tenu par ces règles d’exclusivité.
Même sans être salarié direct du gouvernement, la possibilité de travailler (directement ou via des intermédiaires) pour des entités liées au Qatar poserait plusieurs problèmes juridiques.
Le statut du Qatar en droit israélien
Le Qatar n’est pas classé par la loi israélienne comme un « État ennemi » (contrairement à l’Iran, la Syrie ou le Liban). Bien qu’il ne soit pas un État ennemi officiel, toute prestation touchant aux technologies sensibles, aux conseils en renseignement/sécurité ou à la représentation stratégique de pays arabes non signataires des accords d’Abraham exigeait des autorisations d’exportation réglementées par l’agence DECA. Les autorités judiciaires et le Shin Bet (service de sécurité intérieure, mais version Ronen Bar) ont ouvert une enquête pénale conjointe sur ces activités. Les chefs de soupçons examinés portent notamment sur le contact avec un agent étranger. Il est reproché aux suspects d’avoir utilisé leur accès privilégié aux cercles du pouvoir à Jérusalem pour promouvoir les intérêts ou l’image du Qatar en échange de financements transitant par des firmes étrangères ou des intermédiaires.
La ligne de défense d’Urich
Durant ses auditions, la ligne de défense de Jonatan Urich s’est appuyée sur trois arguments. Urich a déclaré qu’il ne voyait aucun problème éthique ou légal à travailler sur ces dossiers (notamment liés à la campagne de communication pour la Coupe du Monde 2022 ou des opérations de médiation), dans la mesure où il avait l’aval tacite d’anciens responsables sécuritaires, des figures respectées de l’appareil sécuritaire — comme le général de réserve Yoav « Poli » Mordechai ou d’anciens hauts cadres du Mossad — qui participaient également à ces projets avec Doha.
Il affirme aussi avoir scrupuleusement séparé ses activités de conseil politique à Israël de ses mandats de stratégie et de RP à l’international.
Bien que son statut de conseiller privé lui laissât une marge de manœuvre commerciale qu’un fonctionnaire n’aurait pas eue, le fait d’agir au cœur du pouvoir politique tout en percevant des fonds liés à un État tiers (et de lui fournir des services d’influence ou d’information) fait l’objet de poursuites judiciaires sous le chef de soupçon de contact avec un agent étranger et d’atteinte à la sécurité nationale. Délirant.
Hypocrisie : Un réseau de hauts gradés de Tsahal et du Mossad ancré dans la durée
Sur la période des 15 dernières années, les relations d’affaires et de conseil sécuritaire entre le Qatar et des entités israéliennes — dirigées ou conseillées par d’anciens hauts responsables de Tsahal, du Mossad ou du Shin Bet — se sont structurées autour de projets à long terme.
Des programmes de formation sur près de huit ans : Selon les révélations de la presse d’investigation (TheMarker), le groupe d’entreprises BSW / CyberProAI, basé à Ra’anana, a opéré des programmes d’entraînement et de formation en cyberdéfense au profit des forces armées qataries sur une période s’étendant sur près de huit ans. Ce groupe implique des figures militaires majeures travaillant ensemble depuis des années, telles que :
Le Lt-Gen Gabi Ashkenazi (ancien chef d’État-Major de Tsahal) – Président de CyberProAI. L’entreprise a précisé que certains membres du conseil d’administration comme lui n’étaient pas directement impliqués dans les opérations qataries.
• Maj-Gen. (rés.) Lior Carmeli (ancien chef de la division de cyberdéfense et télécommunications de Tsahal) – Membre du comité consultatif.
• Hagai Atkin (ancien haut responsable de la technologie au Mossad) – Conseiller.
Ses activités mondiales sont strictement défensives et conformes aux autorisations légales.
• Le courtage d’armement par des figures clés de la sécurité :
Via des sociétés de conseil et d’intermédiation (Novard), le Maj. Gen. (rés.) Yoav « Poli » Mordechai — ancien coordinateur des activités du gouvernement dans les territoires (COGAT) et figure clé de l’appareil de sécurité — a agi comme courtier dans de vastes contrats de défense et de technologie militaire. Il a ainsi facilité les transactions entre des constructeurs israéliens (comme Elbit Systems et IAI) et le Qatar, notamment pour des systèmes de protection aérienne et le système anti-missile C-MUSIC d’Elbit.
Cyber-intelligence et encadrement stratégique de l’État
Les interactions avec Doha se sont également développées à travers l’expertise technologique d’anciens agents d’élite, le tout validé par la diplomatie de l’ombre de l’État israélien. Plusieurs firmes créées par des vétérans de l’Unité 8200 et du Mossad ont interagi directement ou indirectement avec des entités qataries. Si les ventes de logiciels espions (comme Pegasus par NSO Group ou Candiru) vers Doha ont été très encadrées ou restreintes par le ministère de la Défense, des sociétés écrans ou filiales internationales créées par d’anciens hauts gradés ont fourni des prestations de conseil architectural en sécurité réseau. Ces contrats portaient sur la protection d’infrastructures critiques (notamment énergétiques) et sur l’organisation de la Coupe du Monde 2022.
Une validation gouvernementale stricte avant le gel des licences
L’ensemble de ces contrats et activités exercés par ces anciens officiers supérieurs était soumis à l’approbation stricte de la DECA au sein du Ministère de la Défense. Les enquêtes ont montré que les gouvernements israéliens successifs avaient délibérément approuvé ces canaux d’exportation pour maintenir des lignes de communication stratégiques informelles avec Doha. Cependant, suite aux révélations d’enquêtes dites du Qatargate, l’État a procédé à un réexamen complet de ces autorisations et à la suspension des licences d’exportation militaire et technologique vers le Qatar.
Au vu des contacts avec le Qatar de tous ces anciens militaires israéliens, dont un ancien chef d’Etat-major les accusations contre Ulrich qui était un conseiller externe de Netanyahou, ces accusations ne tiennent pas.