Secretary of Defense Jim Mattis meets with Israel’s defense minister, Avigdor Lieberman, at the Pentagon in Washington, D.C., March 7, 2017. (DOD photo by U.S. Air Force Staff Sgt. Jette Carr)

Le parti nationaliste russophone Israël Beytenou, fondé et dirigé de main de fer par Avigdor Lieberman depuis 1999, incarne l’un des paradoxes les plus fascinants de la politique israélienne. Conçu pour donner une voix au million d’immigrants de l’ex-URSS, le mouvement est devenu une force pivot à la Knesset. Pourtant, derrière les postures sécuritaires de son leader s’est déployée, durant deux décennies, une succession d’affaires de corruption massive, de blanchiment d’argent et de népotisme. L’histoire d’Israël Beytenou est aussi, de manière indissociable, celle d’une relation fusionnelle, toxique et stratégique avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou.
Dès le début des années 2000, la police israélienne a multiplié les enquêtes d’envergure ciblant directement Avigdor Lieberman. Lieberman fut soupçonné d’avoir perçu des millions de dollars d’hommes d’affaires étrangers par le biais de structures extraterritoriales (notamment à Chypre), enregistrées au nom de sa propre fille. Après douze ans d’investigations, le procureur général abandonna le volet blanchiment d’argent en 2012, faute de preuves directes indiscutables. Accusé d’abus de confiance pour avoir promu le diplomate Zeev Ben Aryeh — qui lui avait transmis des informations confidentielles sur ses propres enquêtes —, Lieberman dut alors démissionner. En novembre 2013, le tribunal de première instance de Jérusalem l’acquitta à l’unanimité, lui permettant de retrouver immédiatement son fauteuil de ministre des Affaires étrangères.

L’Affaire 242 : Le séisme de la corruption systémique
Si le patron a sauvé sa tête, sa garde rapprochée va sombrer dans ce que les chroniqueurs judiciaires qualifient de « doyenne des affaires de corruption publique ». Révélée en décembre 2014, l’Affaire 242 met au jour un système d’extorsion institutionnalisé, où les budgets ministériels contrôlés par Israël Beytenou étaient détournés au profit d’ONG et de conseils régionaux, en échange de rétrocommissions (cash, emplois fictifs pour des proches, vacances de luxe). Le bilan des condamnations a décimé l’état-major du parti :
• Faina Kirshenbaum (ex-vice-ministre de l’Intérieur), architecte du réseau, écope de 10 ans de prison en 2021 (peine réduite à 7,5 ans en appel en 2022).
• Stas Misezhnikov (ancien ministre du Tourisme), condamné en 2017 à 15 mois fermes pour abus de confiance et détournement de fonds publics à Eilat.
Bien qu’entendu comme simple témoin, Avigdor Lieberman a vu son parti lourdement sanctionné dans les urnes, s’effondrant de 13 à 6 sièges lors des législatives de 2015.