TRIBUNE LIBRE
Précisons que les Tribunes libres ne reflètent pas forcément la position du Journal
par Atchala
Le sentiment de « citoyenneté » diminué des Haredim

orthodoxes
La tragédie du 7 octobre n’a pas entraîné la chute du gouvernement. Pourtant, il semble qu’après l’annonce du ministre de la Défense Galant que si l’appareil de sécurité ne promouvait pas le projet de loi sur l’enrôlement sans un consensus au sein de la coalition, la question de la conscription des Haredi dans l’armée israélienne pourrait potentiellement conduire à un tel résultat.
Immédiatement après le 7 octobre, les médias israéliens ont salué le volontariat substantiel de la communauté Haredi en faveur de l’effort de guerre, un sentiment repris par les médias internationaux (New York Times). Cependant, à mesure que le spectacle médiatique s’estompait, la dure réalité est apparue : selon les statistiques officielles de Tsahal, le nombre d’enrôlés Haredi est resté constant, malgré les tentatives intenses de l’appareil de sécurité pour les recruter. La société Haredi ne participe majoritairement pas au conflit existentiel , malgré le nombre important de Haredim engagés dans le travail bénévole auprès de ZAKA et d’autres organisations au service du citoyen. L’événement du 7 octobre a été monumental dans l’histoire, mais il n’a pas réussi à changer le paradigme au sein du public Haredi.
Concernant le sentiment de « citoyenneté » au sein de la communauté Haredi
La population Haredi est variée, avec une position non uniforme à l’égard de l’État. Néanmoins, il est globalement exact d’affirmer que les Haredim ont fait preuve d’un sens réduit de « citoyenneté », révélateur de leur sens restreint de leur allégeance envers l’État et le collectif israélien. Une majorité ne se perçoit pas comme faisant partie intégrante du récit israélien, et ne ressent pas non plus le sentiment de « propriété » de l’effort sioniste. Malgré leur engagement politique, l’État est perçu par les Haredim comme un perturbateur potentiel de leur autonomie gouvernementale sous la direction de leurs chefs spirituels. L’essentiel de l’engagement politique Haredi contourne les débats macro-politiques ou économiques nationaux, leur alignement de droite étant principalement enraciné dans la politique identitaire plutôt que dans les convictions idéologiques.
Ce détachement du collectif israélien se reflète également dans la réaction de leurs dirigeants à la récente dégradation de la note de crédit d’Israël par Moody’s. Malgré la critique voilée du rapport sur les dépenses sectorielles de la coalition (une partie substantielle bénéficiant à la communauté Haredi), la réponse des dirigeants Haredi a été principalement la décision du Premier ministre d’aborder le rapport le jour du Shabbat. Alors que les projections démographiques estiment que les Haredim constitueront un quart de la population d’Israël d’ici 2050, les conséquences de cette attitude sèment le trouble pour l’avenir de la nation.
Perspectives : conséquences à court terme
Il est peu probable que la communauté Haredi développe de manière indépendante un plein sens de citoyenneté, y compris en s’enrôlant dans Tsahal. En l’absence d’un appel définitif à l’action de la part d’autres communautés fournissant des services, un changement de dynamique est improbable.
Dans ce discours, le sionisme religieux apparaît comme un secteur central, illustrant la fusion de l’étude de la Torah et de l’engagement du devoir national, renforcé par l’influence du parti du sionisme religieux sur le segment Haredi au sein de la coalition de droite. Les pertes considérables en vies humaines au sein de ce groupe pendant le conflit ont en effet suscité un débat au sein des cercles médiatiques religieux sionistes. Cependant, il reste incertain si le parti du Sionisme religieux s’engagera pleinement dans cette cause, d’autant plus que ses représentants les plus notables, dont Smotrich et Ben Gvir, privilégient probablement la loyauté idéologique plutôt que la justice équitable.
Sans un sens développé de la citoyenneté parmi les Haredim, il serait imprudent de promouvoir une contribution équitable aux services, notamment par la contrainte, et cela pourrait conduire à des troubles. Néanmoins, il est inévitable de favoriser un engagement plus large dans les tâches du service national.
Si les négociations avec les dirigeants Haredi échouent, l’État doit envisager de modifier son soutien financier aux programmes d’études religieuses du secteur Haredi comme alternative à la coercition. Cette approche ne mènerait peut-être pas directement à une augmentation du recrutement, mais elle nécessiterait, au minimum, leur intégration sur le marché du travail, renforçant ainsi leur contribution économique à la société israélienne.
Perspective plus large
Au milieu de la polarisation sociétale, la société civile s’efforce sans relâche de forger un nouveau récit israélien, qui englobe toutes les factions sociétales. Malheureusement, aucun récit n’a émergé qui trouve un large écho au sein du secteur Haredi tout en posant les bases d’un récit national renouvelé.
Cependant, il est possible de parvenir à ce qu’on décrit comme un « tribalisme constructif » : un équilibre optimal nouvellement convenu entre diverses communautés, rajeunissant le concept de « mamlachtiyut ». Dans un contexte historique unique, l’opportunité de cultiver une société plus soudée se présente, une opportunité qui ne devrait pas être diluée par des compromis timides.




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