Soldats, Victimes d’attentats ou d’agressions

 L’état de Stress post traumatique.  Archives 2015  article entier

Knesset

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Yaacov BEN DENOUN

Ido était un soldat Golani du 51ème bataillon. Il a été blessé gravement lors d’une opération militaire à Gaza en 2007. « Qui reconnait mes blessures ? Où est le comité et qui sont les personnes censées m’affecter à l’unité qui s’occupe des victimes de guerre, pour que je puisse bénéficier de mes droits? Vous m’avez abandonné, vous n’avez rien fait ». a-t-il dit.

« J’ai tué pour vous, de mes propres mains, plus de 40 hommes, j’ai fait couler leur sang. Neuf ans après je n’ai rien reçu. Ma mère doit tout payer pour moi, des centaines de milliers de shekels…Personne ne s’occupe de moi ! Je souffre, je crie et je mouille mon lit la nuit à cause du stress post traumatique. Ils me viennent en rêve et me disent : « Pourquoi m’as-tu tué ? » Comment peut-on continuer à vivre après cela ? Comment peut-on manger ? Comment peut-on réussir dans la vie ?… »

Gal Rozen, devenu Ido après son incorporation est intervenu à la Knesset pour dénoncer avec émotion, sincérité et véhémence les dérèglements dont il est l’objet : « le système a échoué. Comment se fait-il qu’un terroriste reçoive de l’argent et des soins et pas moi ? C’est en larmes qu’Ido a affronté la bureaucratie israélienne.  Cela est d’autant plus pénible que durant l’assaut, il a tué son ami Ben Koubani. La culpabilité le hante. Durant huit mois après sa libération, Ido est resté prostré, insensible à ce qui se passait autour de lui, candidat au suicide,  se remémorant ces évènements dramatiques et la mort de son frère d’armes.
 « J’ai divorcé et suis retourné chez mes parents, la situation a empiré…, J’étais persuadé que toute ma famille et mes amis étaient contre moi et que personne ne me comprenait ». Les médias se sont emparés de son histoire devenue le fer de lance d’un combat jamais été mené pour la reconnaissance du stress post traumatique, de son incidence psychologique, sociale et financière.
Ido veut créer un lieu de réhabilitation des combattants et des soldats blessés, capable de leur porter assistance, de soigner leurs plaies et leurs esprits. Il veut chasser ses démons. Qui peut appréhender les douleurs psychologiques qui accompagnent ces évènements ? Il faut décrire, démontrer. Ces conséquences sur le psychisme sont regroupées sous la désignation d’Etat de Stress Post Traumatique (ESPT) (PTSD en anglais).

Toutes les guerres d’Israël ont créé des désordres innombrables.

Le film « Valse avec Bachir », d’Ari Folman, en 2008, sur fond de première guerre du Liban, évoque des cas de névrose post-traumatique. Karmi et Boaz portent tous les stigmates de ce syndrome. Avant d’entrer dans un Kfar arabe, Karmi était chargé d’éliminer les chiens au passage des soldats de Tsahal,  afin qu’ils n’aboient et éveillent les soupçons d’incursion. Chaque nuit, vingt ans après, Karmi voit toujours dans un cauchemar, ces chiens traverser les rues d’une ville, les crocs acérés, écumants.
Shani Winter a survécu à un  attentat en 1997, dans le café Apropo, boulevard Ben Gourion à Tel-Aviv. Elle n’avait que six mois. Un terroriste du Hamas est entré dans le café et a actionné sa ceinture d’explosifs. La mère de Shani, Anath, est morte sur le coup en protégeant sa fille.
Shani n’a pas vécu de traumatisme direct, mais les difficiles conditions du drame ne l’ont pas tirée vers la dépression dont on ne remonte que rarement. Au contraire, elle a voulu exorciser sa souffrance. Sa mère était morte en la protégeant, elle se devait de faire un acte signifiant. Plus de 17 ans après le drame, Shani intègre les rangs de Tsahal, fièrement.  « Je suis excitée de cette nouvelle voie que j’empreinte et des défis qui m’attendent… ».
Les attentats, depuis un cinquantaine d’années, ont fait de nombreuses victimes en Israël. Deux Intifada, explosions dans les bus, dans les marchés, les cafés, les restaurants, ont causé des dommages irréversibles. Les morts ont été identifiés, les blessés physiques pris en charge, mais tel n’a pas été le cas pour la souffrance. L’effet de souffle a envahi tous les consciences, mais aucune réponse durable n’a été apportée aux témoins qui revivent le calvaire d’une belle journée qui avait si bien commencée. Les images sont envahissantes, les craintes sont permanentes, et chaque bruit est une fracture de plus, un éreintement.

Les vétérans de la guerre du Vietnam, ont connu de tels traumatismes et ont souvent sombré dans la dépression et la drogue. Plus de 500 000 soldats américains qui ont servi en Afghanistan ou en Irak depuis 2001 souffrent de syndrome de stress post-traumatique. Le gouvernement américain a publié un rapport sidérant attestant qu’il y avait davantage de victimes par suicide d’anciens combattants que de combattants tués au combat. Plus de 20% de ces soldats américains souffrent d’ESPT.  En Israël les traumatismes touchent à la fois des soldats (jeunes, peu expérimentés) et des civils devenus cibles.. Les handicapés physiques bénéficient d’un suivi, d’une aide matérielle, de conditions d’hospitalisation et d’appareillage privilégiées. Mais ceux qui sont victimes de cet état de stress, sont un peu les parents pauvres de la prise en charge des dommages psychologiques.

Les traces indélébiles des attentats de janvier 2015 en France.

Noémie, prisonnière dans la chambre froide de l’Hypercacher de la porte de Vincennes, revit encore, un an après, la violence de l’évènement : « J’ai des flashbacks occasionnels, ça peut surgir sans prévenir, surtout dans des endroits à risque comme des magasins. J’imagine que quelqu’un entre et tire ».  Que dire aussi des familles qui ont été confrontés à la douleur, à l’absence, à la lente dissipation d’une énergie vitale remise en question. Que dire des familles Monsonego, Sandler, Braham, Saada, Hattab, Cohen, des dommages «collatéraux » et des blessures à l’âme.

Les manchettes de presse, font état des personnes disparues, assassinées, atteintes par des explosions, des crimes de sang, par la terreur. Ceux qui souffrent d’un handicap, d’une blessure qui affecte leurs membres ou une autre partie de leurs corps font parfois l’objet d’un entrefilet, d’un article sensible qui nous ramène à notre condition d’êtres en sursis. La guerre, les opérations militaires d’envergure, les attaques au couteau, à la voiture bélier, aux armes à feu font que  les blessures corporelles sont hiérarchisées, définies en fonction du caractère de gravité, du pronostic de vie. Adèle Bitton, victime d’un jet de pierres près de la localité d’Ariel en Samarie, n’a pas eu cette chance. Après deux années de traumatismes, d’opérations, d’angoisses, de renoncements, elle est décédée d’une pneumonie, à l’Hôpital pour enfants Schneider de  Petah Tikva. Elle avait 4 ans.

encadre

Akhikam Simantov

En mai 1990, lors de la première Intifadala voiture de la famille Simantov est la cible de jets de pierres à Ofrah qui traversent la lunette arrière, percutant la tête d’Akhikam, âgé de 7 mois. Sa mère Edna : « Akhikam s’est mis à pleurer. Sa tête enflait. Nous avons retiré tous les morceaux de verre ». Aucune ambulance n’étant disponible, les parents sont retournés à Jérusalem, en pleine nuit, emmener leur bébé à l’hôpital. Akhikam a perdu connaissance durant le trajet. Les médecins, peu pessimistes, ont diagnostiqué une hémorragie interne, et le pronostic vital était engagé.  Akhikam a survécu, le cerveau atteint irréversiblement. Les troubles se sont accentués, les crises d’épilepsie sont devenues fréquentes. Les parents se sont tournés vers la chirurgie et se sont rendus à l’Institut neurologique de Montréal, ou Akhikam a subi une chirurgie lourde, à 16 ans. Les crises d’épilepsies ont disparu mais les dommages restent permanents et le handicap est presque total. « Je ne peux ni lire ni écrire, je ne pourrai jamais servir dans l’armée ou obtenir mon permis de conduire » avoue Akhikam. « Je devrai toujours être dépendant des autres, et quelque chose d’aussi simple que d’envoyer un sms sera toujours compliqué pour moi…Je me dis souvent : pourquoi moi ? » Sa mère : « Monfils boite, a des problèmes de dos, ne sent pas sa main droite. Il fait de la physiothérapie trois fois par semaine…C’est une tragédie qui se poursuit pour Akhikam et pour toute notre famille. »
Cette année Akhikam fête ses 26 ans et conduit des chevaux qui ont assuré une partie de sa thérapie. Akhikam porte en lui tous les stigmates de l’état de stress post traumatique, mais il possède un grand appétit de vivre.

Que savons-nous de ce Syndrome des soldats ?

Oppenheim en 1889 a décrit les symptômes qui touchaient les accidentés de la construction, utilisant le terme de «névrose traumatique». Charcot, De La Tourette, et Freud (qui parla de névrose hystérique) ont décrit des éléments analogues affectant le comportement de patients soumis à des stimuli agressifs consécutifs à des évènements traumatiques.
La 1ère Guerre mondiale déclenchera une prise en compte de ces processus, l’intérêt  pour le « choc des tranchées », causé par la terreur des bombardements d’artillerie et l’«horreur de la boucherie des corps disloqués ». « L’état de stress post-traumatique se caractérise par le développement de symptômes spécifiques suite à l’exposition à un événement traumatique  morbide, de menaces de mort, de blessures graves, d’agression sexuelle. »Des personnes exposées différemment, développent des symptômes du même type, plus ou moins durables dans le temps: les acteurs d’un drame, les témoins, les proches ou amis sont soudainement exposés.  L’ESPT  survient à tout âge et les conséquences négatives apparaissent les 3 premiers mois qui suivent l’événement traumatique, perdurant variablement d’un individu à un autre. 25 à 50 % des victimes d’un événement traumatique majeur (combats militaires, génocides, attaques terroristes, viols) développent un état de stress post-traumatique. Il  peut s’agir de peur foudroyante, d’un sentiment d’impuissance ou d’horreur, de cauchemars, de flashs visuels agressifs, d’hyperréactivité (un bouchon de champagne qui saute, un pétard, des cris, peuvent réveiller une peur enfouie). Il peut s’agir encore de déni, de mise à l’écart de la réalité, et le sujet ne veut pas se souvenir, aborder certains lieux, fréquenter certaines personnes…  La mémoire se fait vacillante, le doute augmente. La personne se fait des reproches, ressent colère et culpabilité. Les rescapés de la Shoah ont connu cela et avaient honte d’avoir survécu à la place d’autres déportés. L’imaginaire est au pouvoir et dompte tous les sentiments.

Ceux qui sont atteints d’ESPT perdent l’intérêt d’entreprendre, se détachent des autres, se refusant à toute joie. Pris en otage par leur propre perception du réel, ils peuvent tenter de précipiter leur fin, sont irritables, imprudents. Difficultés de concentration, de sommeil, sursautant à tout propos, ils perçoivent ces altérations puisqu’elles annihilent leurs vies professionnelles, sociales, amoureuses ou affectives.
La Thérapie d’approche cognitivo-comportementale est une psychoéducation  qui consiste à fournir de l’information à la personne présentant un ESPT, concernant ses réactions post-traumatiques. La compréhension du phénomène par le malade est essentielle et favorise une diminution de l’anxiété, augmentant le sentiment de contrôle, favorisant la gestion de l’anxiété.
La TCC identifie et modifie les pensées irrationnelles ou non qui engendrent de la détresse et de l’anxiété. On apprend ainsi à gérer ses sentiments, à les positiver. Des traitements sont préconisés mais il ne faut pas négliger l’aide des proches, famille, amis, relations. La douleur doit être verbalisée, expulsée. Le sujet doit pouvoir exprimer ses craintes, évoquer les images qui l’assaillent, afin de tenter de dédramatiser l’évènement traumatisant, et d’ébaucher des solutions.  Et lorsque la douleur parvient à s’estomper, à se mettre en sommeil, chaque éclat, chaque agression, proche ou lointaine, peut réactiver le processus et faire remonter la souffrance à la surface.

 soldats La suite de l’article se trouve dans le prochain numéro d’Israël Magazine

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