Shaked et Hendel : demi-tour, Droite !

Par Marc Brzustowski  Tribune libre

 

Ayelet Shaked, ministre de l’intérieur et Yoaz Hendel, ministre de la Communication, sont parvenus à un accord d’alliance. Cette entente apporte un second souffle inespéré à leurs factions, après les tensions vécues depuis l’implosion de la précédente coalition. Sans cet arrangement, leurs deux partis disparaissaient dans les limbes.

Sont-ils prêts à aller dans une coalition derrière Binyamin Netanyahu, après s’être collés au camp des « Tous sauf Bibi ».  L’ex-allié d’Hendel et Hauser, Gideon Saar, est parti se recentrer auprès de Gantz, ce qui manque de constance idéologique.  Shaked et Hendel tentent une nouvelle inflexion sioniste, bien qu’à l’épisode précédent, ils ont renforcé les rangs des partis de gauche et frayé avec Raam de Mansour Abbas. C’est que ne leur pardonne pas l’électorat, qui s’est senti bafoué, trahi.

A l’époque, Bennet et Shaked ont adopté des postures de circonstance, en prétextant, ce qui n’était pas faux :

  • Que Lieberman était le premier à avoir fui toute alliance avec le Likoud,
  • Que Bibi ne parvenait pas à rassembler les 61 sièges pour une majorité, et ce, à 4 reprises.

Bref, il fallait une alternative, qui n’a guère tenu plus qu’une année et quelques semaines.

Le choix du sigle ou slogan importe dans ce qu’il exprime par « Harouach HaTzionit » (l’Esprit Sioniste), à un moment, pour le pays, où il s’agit justement de retrouver ce souffle.  Le terme « Yamina » (Droite) est galvaudé, après que ce parti ait servi de prête-nom ou fusible à une coalition avec la Gauche et un parti musulman, (Raam)

Hendel et Hauser ont fait les frais de la fusion du clan anti-Bibiste, réunissant Gantz, Lapid et Saar, l’ancien prétendant malheureux au Likoud. Il fallait que les exclus réagissent et se reconstruisent.

Les deux substrats d’anciens partis s’entendent sur le diagnostic : le système parlementaire à la proportionnelle, nécessaire à la représentation de la grande diversité du pays, fragilise le système électoral et crée des majorités bancales. C’est ainsi, sans doute, qu’ils expliqueraient leur trajectoire aléatoire et leurs petits arrangements avec les aspirations des voix que l’électorat résolument « de droite » leur avait données. Selon eux, Israël a besoin d’un gouvernement stable et suffisamment large pour représenter tout le monde, tout en maintenant le cap sur les grands dossiers : le budget de la Sécurité, de la Santé, de l’Education, par exemple. La polarisation politique, les expressions de rejet entre factions et de haine contre les personnes génèrent un climat délétère où il devient impossible de dégager le consensus minimal indispensable. L’instabilité par vagues (5 élections en 5 ans) risque d’emporter l’intérêt général.  Ils le répètent à qui veut encore les entendre : il n’est plus possible que se mènent des combats à mort entre groupes d’identités semblables et rivales, juste pour exister au détriment de l’autre, qu’on délégitime. On pense à leur alliance temporaire avec Betsalel Smotrich, les deux groupes représentant à présent les deux revers d’une même médaille d’inspiration sioniste-religieuse.

Mais leur trahison de l’électorat de droite a nourri un nouveau spectre, à l’extrême : l’alter-ego de Mansour Abbas, Itamar Ben Gvir, qui surfe sur tous les malaises ainsi engendrés.

Pour Shaked, ces élections vont marquer un carrefour, si chaque bloc tente encore de constituer sa petite majorité étroite, qui ne fait que renforcer les extrêmes de Droite et de Gauche. C’est ce qu’ils avaient réussi à faire, lors du round précédent, en réunissant un patchwork de tout ce qui survivait à des années de règne de Bibi.

Tout en justifiant la nécessité du gouvernement passé pour assurer la continuité des affaires courantes, Ayelet Shaked reconnaît que cet assemblage du tout et de son contraire n’a pas fonctionné. Par définition, un gouvernement étroit est aux antipodes de la quête d’une stabilité politique. Son souhait (non-exprimé) est donc, logiquement, de redonner toute sa place au Likoud avec ses 30-37 sièges d’intention de vote, tout en assumant sa différence à la marge, en se défiant du parti unique où le chef devient indéboulonnable.

Ayelet Shaked insiste sur l’erreur fatale de ce précédent gouvernement panaché : « Israël ne peut pas dépendre d’un parti arabe » et l’entreprise sioniste importe avant tout, sans pouvoir tomber entre les mains des représentants du secteur arabe, qui ne manifestent que leurs intérêts catégoriels, ce qui est logique.  « Le précédent gouvernement ne pouvait pas, dans ces conditions, incarner un esprit nationaliste et sioniste », selon Shaked.

Si le passage obligé de la recomposition de la droite nationaliste se fait sous l’égide de Bibi Netanyahou, pourquoi pas ? Mais Ayelet ne mentionne pas son nom, peut-être en mémoire des oppositions passées, lorsqu’elle évoque un Etat Juif et « souverain », plutôt que la dénomination habituelle « d’Etat juif et Démocratique ». Souligner la souveraineté rappelle, ici, que ce dossier, soulevé à propos de la Zone C de Judée-Samarie (ou « annexion »), est passé aux oubliettes, au moment des Accords d’Abraham avec le Bahrein et les Emirats Arabes Unis notamment. Hendel veut clarifier le projet de « l’Esprit Sioniste » : « Ni Rak Bibi (Seulement Bibi)», ni « un déséquilibre en faveur de Ben Gvir et Mansour Abbas ». ‘L’Esprit Sioniste’ ne veut pas d’un gouvernement étroit seulement concentré à préserver les intérêts de Netanyahou. Mais il en irait de même avec le gouvernement que recherchent Lapid, Gantz et Saar : il serait happé par la nécessité d’une nouvelle compromission avec l’extrême gauche et le ou les partis arabes, dont Mansour Abbas, qui retire une aura durable de sa dernière expérience de manipulation d’un gouvernement.

L’équation dépendant des alter-ego Mansour Abbas, pour le camp arabe et Itamar Ben Gvir-Betsalel Smotrich, met la stabilité du pays en danger, même si toutes les factions doivent pouvoir s’exprimer.

Le processus de pourrissement électoral et de décomposition politique est allé jusqu’au bout, la fois dernière. Israël en a assez : la « Droite politique » existe, nul besoin de de se compromettre,

  • Ni avec le Centre-Gauche qui ouvrira les bras à Mansour Abbas,
  • ni avec le « Uniquement Bibi », qui relève de la nostalgie d’une époque révolue depuis 2015, malgré les prolongations.

La cherté de la vie devient la priorité n°1, devant les problèmes de désordres dans le secteur arabe, révélés au grand jour lors conflit intérieur de mai 2021. Hendel et Hauser arrivent à point nommé pour Yamina et Shaked, à cause de trop d’ambiguïté, parmi ses anciens députés, comme Matan Kahana ou d’autres, ayant eu raison du précédent accord déséquilibré et qui ne sont pas sûrs de continuer à s’associer. Du fait du ralliement de Saar au centre-gauche, leur courant peut attirer d’autres députés de « Nouvel Espoir », qui renforceraient l’armature du nouvel « Esprit Sioniste ». Issus des rangs de Telem, derrière l’ancien chef d’Etat-Major Moshe « Boogie » Yaalon, les députés du « Chemin de la Terre » ont, ensuite soutenu, Saar, sans se fondre dans ses rangs. Grâce à la Loi norvégienne, Hauser s’est trouvé au poste de Vice-Président de la Knesset.