À l’issue d’un vote historique des États membres de la Cour pénale internationale, le magistrat britannique a été révoqué pour faute grave. Une mise à l’écart définitive qui intervient dans un climat de turbulences géopolitiques extrêmes pour l’institution. 

Par la rédaction
Publié le 26 juillet 2026
Illustration Israël Magazine
À une écrasante majorité, l’Assemblée des États membres de la Cour pénale internationale (CPI) a prononcé ce vendredi la révocation définitive de son procureur général, le Britannique Karim Khan. Réunie en session extraordinaire à New York, l’instance de gouvernance de la Cour a scellé le destin du magistrat par un vote sans appel : 82 voix pour la destitution, 13 contre et 15 abstentions. Cette sanction suprême fait suite aux conclusions accablantes de procédures disciplinaires internes, qui ont considéré comme établie la « faute grave » de Karim Khan. Le juriste était accusé d’agressions et de harcèlement sexuels répétés sur une avocate malaisienne placée sous son autorité directe. 
L’avocat britannique avait déjà dû se mettre en congé de ses fonctions en mai 2025 pour tenter d’organiser sa défense face à ces allégations de harcèlement. En parallèle de cette destitution internationale, sa situation professionnelle s’est lourdement aggravée au Royaume-Uni, où le Conseil des normes du barreau (Bar Standards Board) a prononcé sa radiation temporaire en attendant l’aboutissement de ses propres investigations. 

Une destitution sur fond de tempête géopolitique

Karim Khan n’a pas pu assister en personne aux débats de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Le désormais ex-procureur était en effet sous le coup d’une interdiction stricte de séjour sur le territoire des États-Unis. Cette mesure d’exclusion découlait directement des sanctions punitives et des gels d’avoirs imposés par l’administration de Donald Trump. Washington avait pris ces mesures de représailles en réaction frontale à la décision de la CPI de poursuivre de hauts responsables de l’État d’Israël pour des allégations de crimes de guerre commis dans la bande de Gaza. C’est précisément dans le cadre de cette enquête internationale hautement sensible que Karim Khan avait émis des mandats d’arrêt internationaux visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant. 
Le scénario d’un harcèlement au long cours
Les dessous de ce scandale ont été méticuleusement mis au jour par une longue enquête du quotidien américain The Wall Street Journal. Les faits initiaux se sont noués en décembre 2023, en marge d’une réunion officielle de la Cour au siège des Nations unies. Une assistante de Karim Khan, une avocate de nationalité malaisienne âgée d’une trentaine d’années, avait sollicité un entretien dans la suite du procureur à l’hôtel Millennium Hilton de New York. Lors de cet échange, elle l’avait exhorté à user de son autorité pour apaiser les tensions et la crise humanitaire à Gaza. C’est au cours de cette soirée que les premiers agissements inappropriés auraient eu lieu. 
D’après le procès-verbal de son témoignage, officiellement transmis aux instances de contrôle de l’ONU et authentifié par le journal, le harcèlement s’est ensuite mué en un comportement prédateur systématique. Les agressions se seraient répétées sur plusieurs mois, tirant parti de la subordination de la victime lors de déplacements officiels de la Cour à Paris, à New York, mais aussi lors de missions à l’étranger au Congo, en Colombie et au Tchad. Des abus auraient également été commis au sein même d’une résidence privée appartenant à l’épouse du procureur. Face aux enquêteurs, cette collaboratrice, mariée et mère d’un enfant, a décrit un engrenage d’agressions commises sous l’emprise d’un rapport de force asymétrique, dans des contextes professionnels où elle s’est retrouvée totalement prise au piège.