par Andre Darmon et la rédaction
Le Premier ministre albanais, Edi Rama, s’est rendu en Israël le 25–27 janvier 2026, avec une rencontre officielle le 26 janvier 2026 avec Benjamin Netanyahou, au cours de laquelle Netanyahu a salué le soutien accordé par l’Albanie à Israël après les attaques du 7 octobre et le rôle historique du pays dans la protection des Juifs. Dans l’imaginaire européen, l’Albanie demeure un pays périphérique, discret, presque effacé des grandes cartes stratégiques. Et pourtant, cette petite nation des Balkans, coincée entre la mer Adriatique et les reliefs tourmentés du sud-est européen, porte une singularité historique rare : elle est le seul territoire d’Europe occupé par les nazis où la population juive augmenta pendant la Seconde Guerre mondiale.
Longtemps sous domination ottomane — près de cinq siècles — l’Albanie proclame son indépendance en 1912. Après une période d’instabilité monarchique, elle tombe sous occupation italienne en 1939, puis allemande en 1943. C’est là que se noue l’un des chapitres les plus méconnus de l’histoire européenne. À la différence de nombreux pays du continent, l’Albanie ne livra pas ses Juifs. L’Albanie n’est pas une puissance régionale. Elle ne dispose ni de poids économique majeur ni d’influence militaire significative. Mais elle possède un capital symbolique rare : celui d’un pays musulman européen dont la mémoire nationale inclut la protection des Juifs pendant la Shoah. Dans l’Europe fragmentée des Balkans, où les lignes historiques restent sensibles, ce fait demeure une exception lourde de sens. Au cœur de cette exception, un principe ancestral : la Besa, un code d’honneur issu de la tradition albanaise, qui impose la protection de l’hôte et de l’étranger, au péril de sa propre vie. Sous occupation nazie, musulmans, orthodoxes et catholiques albanais cachèrent des familles juives, falsifièrent des documents, organisèrent des refuges dans les montagnes. Lorsque la guerre s’achève, on compte davantage de Juifs en Albanie qu’avant le conflit. Beaucoup avaient fui la Yougoslavie, l’Autriche ou la Grèce pour trouver asile à Tirana, Berat ou Shkodër. De nombreux Albanais ont été reconnus comme Justes parmi les Nations par Yad Vashem. Cette mémoire constitue aujourd’hui encore un pilier identitaire dans la diplomatie albanaise contemporaine.
Le long tunnel communiste
Après 1945, le pays bascule dans l’un des régimes les plus fermés de l’Est sous la férule d’Enver Hoxha. Isolationnisme radical, rupture avec Moscou puis avec Pékin, interdiction de toute religion : l’Albanie devient officiellement le premier État athée au monde en 1967. Les relations diplomatiques avec Israël, établies dès 1949, sont gelées durant la période communiste. En 1991, avec l’effondrement du régime, pour que Tirana et Jérusalem renouent officiellement leurs liens.




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