Jean Stern, Enfant juif sauvé de Vénissieux

Geneviève Wittmann

Le TGV Paris/Lyon file à travers la campagne encore ébouriffée de ces longs mois d’hiver. Le soleil cavale joyeusement entre collines, forêts et vignes. Mon ami F. Blum m’attend dans sa voiture, à Lyon-Part Dieu. Nous filons vers Grenoble, j’y ai rendez-vous avec l’un des 108 enfants sauvés de Vénissieux, en août 1942 : Jean Stern.

Au pied du massif de la Chartreuse, sur les rives colorées de l’Isère, se tenait jadis une caserne, la caserne Bizanet. C’est là que furent regroupées des familles juives de Grenoble, interpellées lors de la rafle du 26 août 1942 orchestrée par la Police française. C’est devant cette sinistre caserne – ou ce qu’il en reste – que Jean Stern nous a donné rendez-vous. Petite silhouette noire aux cheveux blancs, emmitouflé dans son manteau, il nous attend devant la stèle commémorative. Son regard vif a toujours 15 ans, l’âge qu’il avait lorsque les policiers sont arrivés très tôt ce matin du mercredi 26 août, pour l’arrêter lui et sa mère, Anna Stern. « C’était AVANT l’Occupation ! » souligne-t-il avec véhémence tout en évoquant les souvenirs attachés à ce sinistre endroit. En effet, en août 1942, Grenoble était encore en zone libre. Ce n’est qu’en novembre 1942 que les Italiens ont occupé la région.