Entretien exclusif avec Pierre-André Taguieff : «L’antisémitisme ne sera jamais éradiqué » OU l’Itinéraire d’un intellectuel philosémite
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Pierre Lurçat
Philosophe, politiste et historien des idées, directeur de recherche au CNRS, désormais à la retraite, Pierre-André Taguieff est l’auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages. A l’occasion de la sortie de son nouveau livre, L’invention de l’islamo-palestinisme, paru aux éditions Odile Jacob, il a accordé un entretien exclusif à Israël Magazine où il aborde tant l’actualité que son itinéraire intellectuel et personnel.
Pierre Lurçat : Vous êtes l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, dont plusieurs portent sur l’antisémitisme et sa forme contemporaine, l’antisionisme. Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à ce sujet, et d’où vient votre proximité avec le peuple Juif ?
Pierre-André Taguieff : Les meilleurs amis de mes parents, à Paris, étaient des Juifs russes que ma mère, secrétaire de mairie d’un village du Massif central durant l’Occupation, avait aidés. J’ai été fortement imprégné par cette culture judéo-russe. En 1965-1966, à la faculté de Nanterre, j’ai rencontré Talila, qui chantait en hébreu aussi bien qu’en yiddish. Nous nous sommes beaucoup aimés et cet amour a été aussi pour moi une nouvelle porte d’entrée dans la culture juive. J’ai publié en septembre 1979 une étude musicologique intitulée « Fragments de la chanson yiddish », avec des traductions de Talila. Après la naissance de notre fille Flore, lorsqu’on me demandait si j’étais juif, je répondais : « Je suis juif par ma fille. »
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On vous présente parfois comme l’élève du grand historien de l’antisémitisme Léon Poliakov, pouvez-vous préciser ?
PAT. En 1979-1980, après l’avoir lu avec passion, j’ai rencontré Léon Poliakov. Nous avons aussitôt sympathisé. Il m’a encouragé à publier mes premières études sur la question antijuive. C’est ainsi que j’ai fait paraître en 1982 un article dans la revue Sens, titré significativement « L’antisionisme arabo-islamophile ».
Au cours de ces mêmes années, mes conversations avec Vladimir Jankélévitch, dont j’avais suivi auparavant les conférences à la Sorbonne, m’ont également beaucoup inspiré. J’ai consacré à sa pensée une étude publiée en 1985, peu après sa mort, dans les Cahiers Bernard Lazare : « Vladimir Jankélévitch : les apories de l’éthique et la musique de la métaphysique ». Enfin, en 1982-1983, par l’intermédiaire de mon amie Élisabeth de Fontenay, j’ai rencontré Claude Lanzmann, qui m’a proposé d’écrire dans Les Temps Modernes. En novembre 1989, j’y ai publié un long article titré « La nouvelle judéophobie. Antisionisme, antiracisme, anti-impérialisme », préfiguration de mon livre paru en janvier 2002, La Nouvelle Judéophobie.
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Êtes-vous déjà venu en Israël ?
PAT. À l’âge de 18 ans, j’ai voyagé à travers Israël pendant deux mois avec un ami français, occasion de rencontrer des Israéliens de milieux très divers. C’était en juillet-août 1965. Un voyage-découverte qui m’a autant appris qu’enthousiasmé.
P.L. Pourquoi avez-vous écrit votre dernier livre ? Est-ce à la suite du 7 octobre ?

PAT. Il m’a semblé que, pour expliquer et comprendre le méga-pogrom du 7 octobre, les réactions affectives et moralisantes, aussi justifiées fussent-elles, étaient des obstacles. Il fallait d’abord situer cette attaque meurtrière dans l’histoire de l’islamisme au XXe siècle, dont la dimension antijuive n’a cessé de s’affirmer entre la déclaration Balfour du 2 novembre 1917 et la création de l’État d’Israël. En décembre 2023, j’ai publié un court essai intitulé Le Nouvel Opium des progressistes. Antisionisme radical et islamo-palestinisme. Mon nouveau livre revient sur la question de ce que j’ai appelé l’islamo-palestinisme, dans la perspective d’une histoire des idées politiques rompant avec la pensée-slogan et les clichés idéologiques sur le « conflit israélo-palestinien » interprété comme le choc de deux nationalismes rivaux, l’un illégitime car « raciste » et « colonialiste » (l’israélien), l’autre (le palestinien) légitime, car se confondant avec une révolte ou une « résistance » des « colonisés » et des « racisés ».
- Qu’entendez-vous exactement par “islamo-palestinisme”?
PAT. J’ai forgé l’expression d’«islamo-palestinisme » pour souligner le fait que ce qu’on a pris l’habitude d’appeler, d’une façon trompeuse, le « nationalisme palestinien » n’était qu’une variante locale de l’islamisme radical et conquérant, dont l’objectif ultime est l’islamisation totale du monde. Les idéologues du projet islamiste ont emprunté aux pays européens l’une de leurs idéologies politiques, le nationalisme. Mais, pour les leaders arabes musulmans qui prétendent lutter au nom de la « cause palestinienne », le nationalisme n’est qu’un habit d’emprunt. On pourrait parler d’un national-islamisme, dont la vérité est un panislamisme qui s’est constitué en assimilant le panarabisme.
- Peut-on parler d’une véritable filiation entre le fondateur du mouvement national palestinien Al-Husseini et le Hamas ?
Loin d’être l’expression d’un nationalisme palestinien, dit « de libération », visant à créer un État palestinien, la « cause palestinienne » s’est construite sur la base d’une instrumentalisation de la cause antijuive, dont le principal théoricien, dès le début des années 1920, fut le Grand Mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Hussein, dit Haj Amin al-Husseini, qui jugeait intolérable la présence sur une «terre musulmane » (waqf) de Juifs qui ne seraient plus traités comme des « dhimmî », c’est-à-dire comme une minorité soumise et dominée. Telle est l’origine du refus de principe d’un État juif dans le monde arabo-musulman.
Le jihad contre les Juifs est au cœur de l’antisionisme radical fabriqué par Amin al-Husseini, suivi par Hassan al-Banna, le cofondateur des Frères musulmans, puis par Sayyid Qutb. En témoigne l’appel au jihad énoncé dans l’article 13 de la Charte du Hamas, héritier de ces trois idéologues islamistes : « Il n’y aura de solution à la cause palestinienne que par le jihad. » L’objectif des antisionistes jihadistes est la destruction de l’État d’Israël, qui n’est qu’une étape dans la réalisation du programme de domination du monde par les combattants de l’islam, impliquant l’extermination des « ennemis de l’Islam ».
La suite de l’article se trouve dans le prochain numéro d’Israël Magazine
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