Rencontres israéliennes : Michel Gurfinkiel

« L’après 7 octobre est un retournement prodigieux sur le plan militaire »

Pierre Lurçat

Notre rencontre avec Michel Gurfinkiel se déroule dans la soukka, sur mon balcon à Jérusalem. Je le connais depuis près de 35 ans, mais je n’aurais jamais imaginé que nous serions un jour voisins à Jérusalem. Rédacteur en chef de l’hebdomadaire français Valeurs actuelles, il est un observateur avisé de la scène politique française, israélienne et internationale. Par la force des choses, notre entretien porte surtout sur la guerre du 7 octobre, dont Israël vient de marquer le premier anniversaire.

MIchel Gurfinkiel

Michel Gurfinkiel : Dès le soir du 7 octobre, j’ai interrogé plusieurs experts militaires israéliens qui m’ont expliqué que le plan d’une guerre totale sur plusieurs fronts existait. Une armée sérieuse se prépare toujours à toutes sortes de scénarios…

Israël Magazine : Mais alors, comment expliquer la surprise du “samedi noir” ?

M.G. Il y a un mystère sur ce qui s’est passé. Mais il faut savoir que cela peut toujours arriver. La guerre, par nature, comporte des angles morts. Edward Luttwak, qui est sans doute le plus grand analyste militaire contemporain, compare la guerre à un weekend en famille, dans lequel rien ne se passe comme prévu. Le problème n’est pas de savoir pourquoi il y a eu le 7 octobre, ou pourquoi il y a eu Pearl Harbour, mais plutôt de savoir si nous avions les moyens de contre-attaquer.

I.M. Peut-on dire que, comme en 1973, la guerre actuelle est une victoire d’autant plus grande qu’elle a commencé dans des conditions très difficiles ?

M.G. Il y a une grande différence avec la guerre de Kippour, c’est que celle-ci, en termes militaires, a été marquée par des succès majeurs de l’ennemi et par une catastrophe militaire sur tous les fronts.

I.M. Mais le 7 octobre, ce sont les civils qui étaient en première ligne !

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