Les Juifs de Belmonte et de la Garda  

par Andre Darmon    Mai 2017

 

Belmonte

Belmonte

Quitter Lisbonne par la route pour rejoindre Porto, prendre la direction devenue mythique de Belmonte, village égaré dans les montagnes du nord-est du Portugal, non loin de la frontière espagnole, est une sorte de pèlerinage personnel mystique. Que dire qui n’ait déjà été dit, écrit ou filmé sur ce quartier de Crypto-juifs découvert au début du 20eme siècle, et présent dans le village depuis huit cents ans. Situé entre Covilha et Guarda au pied de la Serra da Estrela, Belmonte apparaît. L’histoire de Belmonte est ainsi une remarquable et admirable métaphore de l’histoire du peuple juif, l’exil cruel, même intérieur, puis la résurrection.

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A l’entrée de Belmonte qui siège sur une colline, un panneau nous apprend que la ville est jumelée, entre autres, avec la ville israélienne de Roch Pina. Un peu plus loin se dresse, imposante la statue de Pedro Alvares Cabral 1467-1520, grand navigateur originaire de Belmonte, (marrane dit-on) contemporain de Christophe Colomb et de Magellan, qui découvrira  le Brésil.

A la même époque, sous la pression de l’Espagne, le roi portugais Manuel 1er, qui désirait épouser la princesse espagnole Isabel, la fille des rois catholiques d’Espagne, exaucera  la condition qu’elle émet pour convoler : expulser ou convertir  tous les Juifs du Portugal. En 1492, l’Espagne avait chassé des centaines de milliers Juifs, qui fuirent au Portugal, où ils s’installèrent moyennant le paiement de huit cruzados par tête. Y vivait alors une grande communauté juive, florissante et indispensable financièrement au roi. En 1497, Manuel 1er décide de conserver les Juifs mais de les convertir de force. Ces «Nouveaux Chrétiens » n’auront pas d’autre choix que de pratiquer en public la foi chrétienne et, en secret, de rester fidèles à la foi ancestrale. Mais  ces Cristaos-Novos, entre le 19 et le 21 avril 1506, durant trois longues journées, subirent à Lisbonne un véritable pogrom que le roi tenta d’endiguer. À Pâques, trois mille parmi eux furent assassinés par une foule haineuse, après qu’on eut découvert que leur alimentation était conforme à Pessah : pain non levé et herbes amères. Le Pogrom de Lisbonne (Matança da Páscoa de 1506) anéantit ces milliers de Juifs, fraîchement convertis de force au catholicisme, traqués, torturés, violés et  jetés dans des bûchers improvisés dans le quartier du Rossio, quartier que nous visiterons en ce mois de février 2017. En 1536, l’Inquisition se déclenche au Portugal, quarante-quatre ans après l’expulsion des Juifs d’Espagne. Jusqu’au dix-huitième siècle, les Portugais, un peuple que nous découvrons pourtant aujourd’hui, souriant, agréable, purent se défouler au cours d’autodafés* où des « hérétiques» furent brûlés vivants. En 1821, l’Inquisition fut abolie au Portugal mais dans le silence, les anciens Juifs s’étaient fondus avec la population catholique. Pendant ces 3 siècles, les Juifs d’Espagne et du Portugal pratiquèrent secrètement le Judaïsme. Beaucoup fuiront la péninsule ibérique pour s’établir en France, aux Pays-Bas ou en Angleterre. Les synagogues portugaises d’Amsterdam et Londres en témoignent.

Belmonte (la belle Montagne)

L’envie d’écrire sur la Judieria  et ses petites maisons de pierre que je découvrirai, fasciné, sur le quartier des Moroccos, sur la jolie autant que modeste synagogue Beth Eliahou, cernée par tant d’églises, vient de loin et redevient soudainement  impérieuse. La redécouverte des Marranes de Belmonte date de 1992 avec la parution du documentaire de Frédéric Brenner (Les Marranes) qui filma leurs rites.

Belmonte se présente à mes yeux sous deux visages si dissemblables, un lundi,  jour de lecture de la  Tora, certain que je suis de trouver la synagogue ouverte, mais le lundi à Belmonte, c’est  .. férié.  Alors que dansent devant mes yeux les fantômes incandescents des autodafés,  je croise de jolies villas formant la ville basse avec un centre-ville qui s’apparente à tous les centres ville des villages de campagne. Une pancarte nous interpelle et nous fait frémir d’aise. Synagogue, Musée Juif, Quartier juif.  Est-ce un clin d’œil du destin mais l’envie pressante de nous désaltérer nous conduit d’abord dans un bar-restaurant qui fait face à un magasin à la large devanture. Les stores de ce magasin sont étonnement parés d’une étoile de David centrale et de deux menoras, une de chaque côté ! Interloqués et assaillis par mille questions, – la première étant- comment est-il possible que des Juifs, autrefois clandestins, s’affichent de manière aussi éloquente –  nous nous levons et entrons dans ce magasin ou je repère que la marque des textiles ne porte ni plus ni moins que le nom de… Moché. C’est une jeune femme souriante qui nous reçoit derrière son comptoir et la question qui nous brûle les lèvres, jaillit. Êtes-vous juive? Elle nous répond, non, je ne suis pas juive mais mon père est juif et ma mère aussi. Elle s’est convertie, il y a un an. Elle, est née non juive et l’est restée. Son père, Moisés (qui a donné son nom à sa production) Mendes Henriques  Morão a légué ce magasin à sa fille et à son mari qui, lui, s’affaire discrètement dans la vitrine. Moises Morao, un marchand forain, fut le président de la communauté de Belmonte, aujourd’hui l’une des trois communautés juives du Portugal avec celles de Porto et de Lisbonne, sans compter le centre Habad qui se trouve à Cascais, de l’autre côté du détroit du Tage, là où nous sommes censés célébrer le Chabath. À la fin des années 1980, nous dit-elle, environ 300 Marranes dont son père ont été identifiés parmi des milliers d’habitants de Belmonte, et près d’une centaine de personnes se sont converties au Judaïsme. Le  Grand Rabbin sépharade d’Israël d’alors, Morde‘haï  Elyahou, dépêcha des rabbins pour inspecter le processus. Hans Dresden, auteur d’une thèse sur les Juifs de Belmonte,  écrira que pour ces Marranes peu de chose avait changé pour eux.  Ce que confirme notre hôtesse. Jadis

 

La suite de l’article se trouve dans le prochain numéro d’Israël Magazine

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