Le 7 Octobre, La Nouvelle guerre d’Israël*

Par André Darmon

Bonnes feuilles

Le 7 Octobre, quelque part à Eilat

Dans la pénombre d’une chambre d’hôtel à Eilat, la tension va brusquement imprégner l’air climatisé. Les aiguilles de l’horloge murale pointaient impitoyablement 3 heures et 25 minutes du matin, le 7 octobre 2023. Le tintement strident d’un téléphone déchire soudainement le silence dans la chambre du général Aaron Haliva. Ce dernier, à moitié ensommeillé, décrocha, et la voix chargée d’urgence de son adjoint résonna dans l’obscurité. C’est l’heure où les ombres s’étirent sur la terre endormie, mais pour le Général Haliva, patron d’Aman, les renseignements de Tsahal, le repos est un luxe qu’il ne peut s’offrir. Il est, paraît-il, aux yeux de nombre de ses subordonnés et même de certains de ses supérieurs, aussi charismatique qu’antipathique ; mais il aurait l’oreille du Premier ministre et c’est bien ce qui compte à son poste. Son adjoint est au bout du fil, à Tel-Aviv. (Serait-ce Amit Saar, dont nous parlions quelques pages plus tôt et démissionnaire en avril 2024, officiellement pour des raisons médicales) Il lui fait part de ses craintes.

À l’autre bout du fil, son adjoint retient son souffle, et transmet des nouvelles qui glacent les veines du général. Des signaux alarmants émanent de la frontière, des mouvements suspects s’agitent dans la nuit. Des voitures furtives, des tracteurs énigmatiques, des silhouettes armées se faufilent dans l’ombre. Une scène digne d’un thriller, mais bien réelle. Une conversation ardente s’ensuit, un échange tendu entre le général et son subalterne. Les soldates-vigies de Nahal Oz, autrefois négligées, sont maintenant érigées en gardiennes de la vérité. Les rumeurs d’antan, balayées d’un revers de main, cèdent la place à une réalité brutale : l’ennemi est à nos portes.

Aaron, désolé de te réveiller en pleine nuit, mais il se passe quelque chose d’anormal près de la frontière, chuchote l’adjoint, la voix chargée d’inquiétude. Haliva, dont le cœur s’emballe légèrement, souffle : Une infiltration ? De quel genre d’anomalies, parles-tu ? demande-t-il, les pensées se bousculant dans sa tête.

– Cela se passe en plusieurs endroits, Aaron.

Au milieu de cette nuit d’angoisse, Haliva ressent brusquement le poids des responsabilités s’abattre sur ses épaules. Des décisions cruciales se profilent à l’horizon.

-Général, les soldates-vigies de l’avant-poste Nahal Oz ont détecté une activité inhabituelle vers 1 heure du matin, près de la frontière. Elles viennent de nous alerter de nouveau, il y a quelques minutes, sur des mouvements inaccoutumés. Les soldates-vigies, celles de l’avant-poste de Kissoufim, aussi. Des voitures et des tracteurs tournaient autour de la barrière et des hommes armés, en nombre, tentaient de s’en approcher.

Haliva : Les vigies ? Mais je croyais que vous disiez qu’elles fabulaient depuis des mois ! Les services nous avaient bien transmis des signalements d’activités suspectes depuis longtemps, et elles affirmaient sans relâche que le Hamas préparait une attaque, non ? A. un des ’officiers responsables de la 8200 m’avait même assuré qu’elles racontaient des histoires de bonnes femmes. Dis-moi, on ne s’est pas planté sur ce coup-là ?

Silence.

L’Adjoint de Haliva : Nous savons tous les deux que, bien qu’une infiltration du Hamas ait été plus ou moins prévue, elle n’était pas attendue dans un avenir immédiat, et certainement pas cette nuit, mais plutôt dans les semaines à venir.

Haliva : Si vous me réveillez à une heure pareille, c’est que vous craignez quelque chose ?

Oui, mon général, en effet, après leur dernier appel, nous avons perdu partiellement le contact avec les vigies. J’ai pris soin d’appeler les renseignements du commandement sud. Eux, ne sont pas trop inquiets. Je crois savoir qu’ils discutent avec le Shin Beth et Ronen Bar.

Haliva – Nos tourelles d’artillerie télécommandées installées sur le mur de séparation fonctionnent-elles ? Et nos caméras ? Etes-vous sûr de ne pas pouvoir rétablir le contact avec les vigies ?

-Sincèrement, Général, je n’en sais rien. Ce sont les vigies normalement qui actionnent les tourelles en cas de danger.

Haliva : les vigies sont-elles armées ?

Adjoint : Non, général.

Haliva : Il n’y aucune raison d’être inquiet, n’est-ce pas ?

Haliva tente de se convaincre autant que de convaincre son interlocuteur.

« Le Hamas a depuis longtemps, nous le savons, mis de côté ses ambitions guerrières. Que peut-il bien lancer contre nous ? Soixante-dix hommes armés, des âmes en quête des vierges de l’Islam? De plus, nous sommes en plein cœur des fêtes. Alors qu’il prononce ces mots, il réalise soudain l’absurdité de son apathie, se remémorant l’attaque menée par les Égyptiens et les Syriens, justement le jour de Kippour, en 1973.

Haliva, nos festivités n’ont jamais constitué un rempart contre nos ennemis, bien au contraire.

 Haliva, rassemblant ses pensées : « Je le sais bien. Continuez à recueillir des renseignements et faisons une autre mise à jour dans la matinée, mais prévenez-moi si quelque chose de nouveau survient. À plus tard. Chalom. »

Aaron Haliva tente en vain de retrouver le sommeil, l’esprit quelque peu tourmenté, conscient de la menace, mais loin d’imaginer le drame qui se joue déjà à 350 kilomètres de là.

Peu à peu, les alertes incessantes des vigies lui reviennent en mémoire, de même que ses propres inquiétudes évoquées devant le Premier ministre quelques semaines plus tôt. Cependant, Haliva possède aussi dans sa poche des indices significatifs et contradictoires qui semblent affaiblir et contredire les risques potentiels d’un incident, ce qui, d’une certaine manière, apaise momentanément son esprit troublé.

L’enquête sur l’attaque impitoyable contre l’avant-poste des observatrices de Nahal Oz révélera un tableau sinistre, teinté de tragédie

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