LA CONTRE-REVOLUTION INTELLECTUELLE DE LA DROITE MONDIALE
Le « NatCon » contre le Wokisme et le progressisme
photo Pete Hesget
PAR AD.
Le paysage politique occidental traverse sa plus profonde mutation doctrinale depuis la fin de la guerre froide. Au cœur de cette métamorphose se trouve le label « NatCon » (National Conservatism), un courant intellectuel formalisé en 2019 par la Edmund Burke Foundation sous la houlette du philosophe Yoram Hazony. En actant une rupture définitive avec le conservatisme traditionnel de l’ère Reagan-Bush ou Thatcher, fondé sur le libre-échange absolu, la dérégulation et l’interventionnisme militaire, la NatCon s’est imposée comme le laboratoire d’idées dominant de la nouvelle droite radicale. Son projet repose sur un triptyque radical : un illibéralisme d’État qui utilise la puissance publique pour imposer un ordre moral, un traditionalisme culturel ancré dans l’héritage judéo-chrétien, et un isolationnisme géopolitique strict. Loin d’être un nationalisme replié sur lui-même, ce mouvement a réussi le paradoxe de créer une véritable « internationale souverainiste », dont l’influence redessine simultanément les trajectoires politiques des États-Unis, d’Israël et de la France.

Aux États-Unis, la NatCon a fourni le programme doctrinal qui manquait au trumpisme des origines. Initialement perçu comme un populisme impulsif, le mouvement s’est structuré outre-Atlantique pour devenir le socle de la nouvelle droite américaine. Des figures majeures comme le vice-président J.D. Vance ou le gouverneur de Floride Ron DeSantis y puisent une rhétorique de combat contre l’État profond (Deep State) et le progressisme institutionnel. La puissance de l’État fédéral n’est plus rejetée, mais réinvestie pour mener des guerres culturelles totales : interdiction de l’avortement, restrictions sur l’identité de genre et politiques migratoires drastiques. L’alliance entre les intellectuels de la NatCon et la base évangélique ou le nationalisme chrétien pur et dur — porté par des figures influentes comme le secrétaire à la Défense Pete Hegseth ou le pasteur Doug Wilson — matérialise cette volonté de sortir de la neutralité laïque de l’espace public pour réaffirmer la primauté de la Bible dans la vie de la nation. Sur le plan international, cette doctrine dicte le désengagement américain et le rejet du mondialisme, se traduisant par une opposition farouche aux aides militaires destinées à l’Ukraine.
En Israël, épicentre intellectuel du mouvement, la NatCon ne s’incarne pas dans un parti unique mais innerve directement le cœur du pouvoir et de la pensée souverainiste. La consécration de cet ancrage s’est manifestée par la tenue de la récente grande conférence mondiale NatCon à Jérusalem en octobre 2026. Yoram Hazony, depuis son Herzl Institute, demeure le théoricien mondial de ce nationalisme vertueux, cherchant à démontrer qu’un État moderne peut allier puissance technologique et enracinement religieux. Sur le plan politique, des ministres clés traduisent ces théories en actes : Bezalel Smotrich (Finances) utilise la puissance étatique pour défendre de façon intransigeante l’identité juive et pousser à l’annexion territoriale, tandis qu’Ami’hai Chikli (Diaspora) assure le pont politique avec les droites populistes occidentales. Gideon Sa’ar (Affaires étrangères) en porte la voix diplomatique. Ce modèle israélien, qui fusionne l’appareil d’État et l’identité religieuse — également soutenu par des relais comme le Rabbin Shmouel Eliyahou ou le politologue Gadi Taub —, sert de référence absolue pour les droites occidentales en quête de repères civilisationnels. la suite dans notre magazine d’octobre ou alors www.israelmagazine.co.il




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