22-09-22

Interview exclusive du père dù Hadar Goldin

22-09-22

Simha Goldin : le Combat d’un Père pour la Sécurité d’Israël

Pierre Lurçat  Israël Magazine tous droits réservés

Simha Goldin m’a donné rendez-vous dans le bureau qu’il occupe à l’université hébraïque à Givat Ram, à Jérusalem. Comme tous les Israéliens, je connais son nom et je l’ai croisé quelques semaines avant notre rencontre lors d’une manifestation au Mont Herzl où il était venu avec sa femme et son fils Tsour, accompagnés de dizaines de militants, réclamer le retour de la dépouille mortelle de son fils Hadar, toujours détenue par le Hamas à Gaza, 8 ans après sa capture en août 2014. J’ignorais les détails du combat incessant qu’ils mènent et ceux concernant l’attitude des dirigeants israéliens – toutes tendances politiques confondues – qui ont en fait renoncé à réclamer le retour des soldats Goldin et Oron Shaul.

Le Dr Simha Goldin me parle tout d’abord de son travail d’historien, spécialisé dans l’étude des communautés juives ashkénazes au Moyen-Âge. Ce chercheur d’allure modeste, dont le père a combattu dans l’armée polonaise pendant la 2ième Guerre mondiale et qui est lui-même colonel de réserve dans Tsahal, mène depuis huit ans, aux côtés de sa femme Léa, un combat de Sisyphe. A aucun moment de notre entretien, pourtant, je ne l’entendrai élever la voix ou s’emporter. Son calme impressionnant contraste avec la violence des événements qu’il me décrit.

Je l’interroge tout d’abord sur la mitsva de ramener en terre d’Israël les dépouilles de Hadar et d’Oron. S.G. : « Il s’agit du commandement le plus important du Judaïsme », m’explique-il, « mais cela dépasse le cadre strict de la loi juive ». Il me rappelle qu’une bénédiction a été ajoutée dans le « Birkat Hamazon » après que les soldats de Bar Kochba eurent été inhumés en terre d’Israël. En réalité, la loi juive rejoint sur ce point l’éthos sioniste laïc, qui a fait de cette obligation un élément fondamental de la doctrine de Tsahal.

Comment en sommes-nous arrivés à la situation où les corps de deux soldats israéliens sont aux mains du Hamas depuis huit ans ? Pour le comprendre, il faut revenir en arrière, à l’enlèvement de Gilad Shalit en 2006. Après son échange contre plus de 1000 terroristes, explique Goldin, « est apparue toute une conception politique, selon laquelle il n’est plus impératif de ramener les corps des soldats ». Simha Goldin sait de quoi il parle. Depuis 8 ans, sa femme et lui rencontrent régulièrement les membres de l’establishment politique et militaire – de Netanyahou à Bennett, Gantz et Lapid – ainsi que des dirigeants étrangers, dont ceux de pays arabes avec lesquels leurs contacts demeurent secrets. Goldin mentionne également la demande qu’il a présentée à Bennett de conditionner l’envoi de vaccins à Gaza par le retour de son fils, au moment de l’épidémie de Covid-19. Bennett n’a rien fait…

Lors de leur première rencontre avec Netanyahou, juste après l’enlèvement de leur fils, les époux Goldin lui ont dit : « Nous voulons réparer le préjudice causé par l’affaire Shalit, c’est-à-dire l’accord conclu entre Israël et le Hamas. Essayons une autre méthode : au lieu de libérer des terroristes, faisons pression sur le Hamas ». Les moyens de pression ne manquent pas… Israël laisse en effet entrer dans la bande de Gaza des tonnes de matériaux de construction, de produits de base, etc. sans parler des millions de dollars transférés par le Qatar, dans des valises qui sont acheminées jusqu’à la frontière par… l’armée israélienne. S.G. : « Faisons comprendre au Hamas que chaque enlèvement de soldats lui coûte cher ».

A l’époque, Netanyahou avait été convaincu et avait promis d’appliquer une telle politique. Mais tout a changé après l’affaire du Marmara, en mai 2010. « Dans l’accord conclu avec la Turquie », m’explique Goldin, « Netanyahou a accepté de renoncer à toute pression contre le Hamas ». Cet accord comportait en effet une clause humanitaire, autorisant la Turquie à faire accoster des bateaux dans les ports d’Ashdod et de Gaza. Netanyahou devait conditionner cette clause par le retour des soldats Hadar et Oron mais il ne l’a pas fait. Depuis cette époque, Netanyahou affirme que le retour des soldats entraînerait la libération de terroristes et un nouveau round militaire contre Gaza. C’est cette conception qui a été depuis largement acceptée par l’establishment politique et par les médias israéliens.

Je demande à Goldin si cette conception est liée à Netanyahou, et il me répond sans hésiter : « Elle est liée à deux personnes, Netanyahou et Bennett, qui se comportent exactement de la même manière. Bibi veut faire oublier qu’il a libéré 1000 terroristes ». Goldin mentionne également la demande qu’il a présentée à Bennett de conditionner l’envoi de vaccins à Gaza par le retour de son fils, au moment de l’épidémie de Covid-19. Bennett n’a rien fait… Je lui demande comment cet état de fait s’accorde avec l’éthos sioniste et avec la mitsva d’inhumer les soldats en terre d’Israël… Qu’est-ce qui a changé ?

S.G. : « En tant qu’historien, je peux donner des exemples innombrables… En 2004, des soldats ont été capturés sur l’axe Philadelphie. Le commandant du secteur m’a raconté qu’il avait reçu un appel du Premier ministre d’alors, Ariel Sharon, qui lui avait ordonné de ramener tous les soldats, vivants et morts. « C’est ton devoir ! ». C’est ce qui s’est passé. En 2014, alors que Benny Gantz était chef d’état-major, Tsahal a reçu pour nouvelle consigne de ne plus pénétrer dans les hôpitaux à Gaza, à cause du rapport Goldstone. Ils savaient parfaitement que Hadar avait été blessé et qu’il se trouvait dans l’hôpital de Gaza aux mains du Hamas, mais ils ne sont pas entrés ! »

Je lui demande si sa colère est dirigée principalement contre Gantz, qui était chef d’état-major lorsque son fils a été capturé, au sujet duquel il a récemment publié un article intitulé : « L’officier qui a abandonné la valeur de « reout » (fraternité d’armes) ». Il me fait cette réponse révélatrice, d’un ton tout à fait serein : « Ce n’est pas une question de colère. Nous sommes obligés de remédier à cette situation ». Je comprends en l’écoutant que le combat de la famille Goldin (à la différence peut-être de celui de la famille Shalit, contre laquelle il n’a pourtant aucun mot critique) ne vise pas seulement à porter en terre la dépouille de leur fils, mais aussi et plus encore, à empêcher que d’autres soldats soient eux aussi capturés… S.G. : « Gantz peut réparer cela… Kochavi le peut aussi. Nous sommes obligés de réparer cela, car les soldats doivent savoir que s’il leur arrive quelque chose, on les ramènera [en Israël] ».

Le livre Messilat Yesharim qu’il portait toujours sur lui

Simha Goldin aborde un autre point douloureux, et important pour l’avenir de Tsahal. « Jusqu’à l’enlèvement de Hadar, tout soldat capturé était défini comme « Missing in Action ». Hadar est le premier à avoir été déclaré « tombé au combat » avant même la fin des combats! » Cette décision scandaleuse a été prise par les échelons les plus élevés de Tsahal en collaboration avec le rabbinat militaire (dirigé alors par Rafi Peretz). Simha Goldin mentionne le fait que plusieurs objets appartenant à son fils ont été retrouvés par Tsahal dans le tunnel où il a été capturé, et notamment le livre Mesilat Yesharim qu’il portait toujours sur lui (et sur lequel il avait rédigé un commentaire que ses parents ont publié depuis). Simha Goldin me rappelle le cas d’Ehoud Goldwasser, qu’il a bien connu quand il était officier du corps médical Tsahal. Sa femme, Karnit, avait insisté pour qu’il soit considéré comme vivant, alors même qu’elle était de ce fait considérée comme « femme agouna ».

En effet, dès lors que l’armée s’autorise à définir un soldat comme « tombé au combat », les efforts pour le récupérer sont bien moins importants, même si cela est contraire à l’éthos et aux valeurs fondatrices de Tsahal.

S.G. : « Si l’on ne s’efforce plus de ramener les soldats tombés au combat, alors on ne ramènera pas non plus les blessés, et pas même les soldats vivants ! C’est cela qu’il faut corriger ». Cet aspect est essentiel, à la fois sur le plan des valeurs et sur celui de la dissuasion face à nos ennemis.

P.L. : « Autrefois, c’était une valeur essentielle de Tsahal de ne pas laisser de soldat sur le champ de bataille… Comment a-t-on pu l’oublier ? »

S.G. : « Je pense que c’est à cause de la peur du Hamas. Nos dirigeants ont peur du Hamas ! Je l’ai même dit à Nétanyahou lors d’une de nos rencontres…. Je lui ai dit : « regarde comment tu te comportes avec Nasrallah, qui n’ose pas sortir de son trou, alors que les dirigeants du Hamas se promènent librement à Gaza ». C’est une question post-traumatique… Il y a eu le désengagement du Goush Katif, puis l’affaire Gilad Shalit, l’opération « Raisins de la colère », « Plomb durci », etc. Aujourd’hui ils ont peur ».

Au terme de cet entretien, je quitte Simha Goldin, partagé entre l’inquiétude de voir l’effritement des valeurs sionistes chez nos dirigeants et l’admiration pour ceux qui, comme la famille Goldin et comme tant d’autres représentants de notre peuple, entretiennent la flamme envers et contre tout… Oui, c’est bien cela que je ressens en lui souhaitant « Chana tova » : quelle chance de vivre au milieu d’un peuple qui renferme des personnes comme lui.

Soutenir le combat de la famille Goldin: Contribute – Hadar Goldin (hadargoldinfoundation.org)

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