Ethique et Judaïsme
Einstein, la bombe atomique et Israël
Par Haïm Ouïzeman
«J’ai placé devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction; choisis la vie!» (Deut. 30: 19)
(Photo d’illustration. Crédit : Shutterstock – Romolo Tavani / Par Photograph by Oren Jack Turner, Princeton, N.J. — Cette image est disponible sur la Prints and Photographs division de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis Domaine public)
Le spectre du champignon atomique s’élevant au-dessus d’Hiroshima et de Nagasaki ne cesse de hanter la conscience de l’Humanité. Au cours du XXe siècle, l’homme a démontré son infinie puissance de destruction massive. Le cauchemar d’une possible shoah nucléaire devrait conduire l’Homme à s’interroger sur le sens de ce terrible pouvoir d’autodestruction.
Hiroshima, Nagasaki et Israël
6 et 9 août 1945. La bombe atomique à peine découverte, l’Homme s’empresse de l’utiliser, commettant alors l’impensable ! Quelques secondes à peine, et Hiroshima et Nagasaki ne sont plus que de larges plaies béantes sur la face de l’Humanité… Harry Truman, alors Président des États-Unis, prend, en effet, la responsabilité de larguer deux bombes nucléaires sur ces deux villes du Japon. Hommes, femmes et enfants sans aucune distinction sont touchés dans leur chair et dans leur âme !
Les conséquences à très long terme
Souffrance des handicaps et des malformations dont souffrent encore, plus de soixante-dix ans après, les descendants des victimes, désolation et mort vont marquer le Japon de génération en génération comme une malédiction éternelle ! Cette décision lourde de conséquences, prise à l’encontre d’un peuple entier renvoie à l’interrogation du Patriarche Avraham à l’égard de l’Éternel :
«Anéantirais-tu, d’un même coup, l’innocent avec le coupable ?» (Gen. 18: 23).
Cette interrogation ne doit-elle point être celle de toute l’Humanité, victime potentielle d’une arme qui ne se contente pas d’assassiner les militaires déclarés ennemis, face à l’horreur nucléaire, menaçant, telle une épée de Damoclès, le futur de la Planète Terre, ADaMaH, notre matrice commune, notre origine ?
Si certes la décision du gouvernement de Truman conduisit à la reddition du Japon, il s’agit toutefois d’un échec sur le plan moral. Était-il légitime, comme l’affirmera Harry Truman, de vouloir détruire tout le Japon, et de mettre en balance la vie de centaines de milliers de civils, hommes, femmes, enfants, et leurs descendants sur plusieurs générations, et celle de quelques milliers de soldats américains ?
Le partage de responsabilité et de conscience
Pour en revenir à la source biblique, n’est-il point surprenant de constater que l’Éternel, le Maître absolu de l’Univers, décide de partager avec Avraham Son intention de détruire les cinq cités corrompues : Sodome, Gomorrhe, Tsvoïm, Admah et Tsoar? « Or, l’Éternel avait dit : Cacherai-Je à Abraham ce que je veux faire ? » (Gen. 18: 17).
Pourquoi l’Éternel éprouve-t-Il donc la nécessité de recourir au conseil d’un homme, Avraham, avant d’accomplir Sa Parole ?
Cette interrogation à l’adresse d’Avraham constituerait-elle une volonté certaine d’« alléger », par le biais du partage, une décision grave chargée d’un poids moral irréversible pour susciter, ainsi, chez son bien-aimé Avraham une réaction empreinte de bonté, de solidarité et d’empathie ? L’Éternel chercherait-Il à responsabiliser Avraham? Avraham, l’homme du HeSseD (Amour) et du TseDeK (Justice) ne fuit point l’Éternel.
La Cité où le péché n’a pas tout dévoré
Il répond avec force à l’interrogation divine par une interrogation rhétorique !
«N’est-il point dans l’ordre de la nature d’épargner l’innocent? Toi, l’Éternel, aurais-tu donc oublié que tu es Le Créateur de toute âme ?! ». Cette réponse exprimant une profonde révolte intérieure s’avère productrice, car Avraham réussit à faire épargner la cité de Tsoar [signifiant « souffrance, douleur »] où trouvent refuge Lot et ses deux filles. L’Éternel, probablement touché par Avraham, ne reste point indiffèrent à la force persuasive de l’engagement altruiste de ce dernier : « Lorsqu’ils les eurent conduits dehors, l’un d’eux [l’un des messagers] lui dit : Songe à sauver ta vie, ne regarde pas en arrière et ne t’arrête pas dans toute cette région ; fuis vers la montagne, de crainte de périr.» (Gen. 19: 17).
Lot semble, quant à lui, sceptique et dubitatif devant la possibilité d’être sauvé : «Vois plutôt, cette ville-ci [Tsoar] est assez proche pour que je m’y réfugie et elle est peu importante [petite] ; puissé-je donc y fuir, vu son peu d’importance et y avoir la vie sauve ! ».
Jurisprudence
Les Sages d’Israël proposent, au-delà du sens littéral géographique relatif au nom de Tsoar, une lecture éthique de ce verset : «la cité proche » signifierait que Tsoar ait été « fondée il y a peu de temps, de sorte que son péché n’a pas encore atteint son comble » , que sa « petitesse » (MiTs’aR) soit relative d’une part « au petit nombre de ses fautes » et d’autre part au «petit nombre de ses habitants ». Ces trois arguments justifient à eux seuls l’indulgence de l’Eternel. L’éthique hébraïque prône l’idéal d’une exigence humaniste. La « compassion de l’Éternel, HeMLaT HaSheM» (Genèse 19, 16) est telle qu’il ne désire point la mort de l’homme. Il épargne les innocents et leur permet de fuir afin de sauver leur vie. Comment l’Homme à l’image de l’Éternel, Créateur du Tout absolu, s’aveugle-t-il la conscience au point de ne plus distinguer le bien du mal ?
Les habitants de Hiroshima et Nagasaki qui ne furent point épargnés en ce début de mois d’août 1945, n’eurent point le privilège de jouir de l’indulgence des hommes !
Albert Einstein et Józef Rotblat , deux grands humanistes
2 août 1939. Le scientifique Albert Einstein transmet une lettre au Président Roosevelt dans laquelle il prévient ce dernier de la menace de l’Allemagne de se doter de l’arme atomique. Albert Einstein avouera plus tard au physicien et Prix Nobel Linus Pauling: « J’ai fait une grande erreur dans ma vie, quand j’ai signé cette lettre ». Quel remords habitera donc Albert Einstein ? A la suite de cette lettre signée par les physiciens Leo Szilard, Edward Teller et Eugen Wigner, eux aussi immigrés allemands et hongrois, le Président Roosevelt décidera d’opter pour la surenchère et prendra l’initiative du « Projet Manhattan » qui aboutira à la fabrication de la bombe atomique. Dix ans après Hiroshima et Nagasaki, le 18 avril 1955, Einstein signe, avec d’autres Prix Nobel, le « Manifeste Russell-Einstein » :
«Tel est donc, dans sa terrifiante simplicité, l’implacable dilemme que nous vous soumettons : allons-nous mettre fin à la race humaine, ou l’humanité renoncera-t-elle à la guerre ? Si les hommes se refusent à envisager cette alternative, c’est qu’il est fort difficile d’abolir la guerre… Il dépend de nous de progresser sans cesse sur la voie du bonheur, du savoir et de la sagesse. Allons-nous, au contraire, choisir la mort parce que nous sommes incapables d’oublier nos querelles ? L’appel que nous lançons est celui d’êtres humains à d’autres êtres humains : souvenez-vous de votre humanité et oubliez le reste. Si vous y parvenez, un nouveau paradis est ouvert ; sinon, vous risquez l’anéantissement universel ».
Pouvait-on renoncer au projet avant qu’il n’aboutisse ?
Ce « Manifeste Russell-Einstein» servira de Charte de fondation au Mouvement Pugwash créé par Józef Rotblat (1908-2005), physicien juif polonais-britannique, le seul scientifique à avoir quitté le « Projet Manhattan » avant même la destruction d’Hiroshima et Nagasaki. Couronné du Prix Nobel de la Paix en 1995 pour ses efforts incessants visant au désarmement nucléaire, Józef Rotblat reste célèbre pour ces propos tenus face à l’Assemblée norvégienne :
« La quête d’un monde sans guerre répond à un objectif élémentaire : la survie. Mais si au cours de ce processus, nous apprenons à l’obtenir par l’amour plutôt que par la peur, par la gentillesse plutôt que par la contrainte ; si au cours de ce processus, nous apprenons à joindre l’utile à l’agréable, le bienvenu au bienveillant, et le pratique au beau, ce sera là une incitation de plus à nous lancer dans cette grande tâche. »
Remise en cause de la doctrine de dissuasion
La conclusion de ce Manifeste s’avère, cependant, terrible, car il y est fait mention d’une prochaine et probable utilisation d’armes nucléaires : « les armes nucléaires seront certainement employées… ces armes mettent en péril la survie de l’humanité ». Les dirigeants de ce monde rempliront-ils leur responsabilité de sauvegarde du genre humain ? La Corée du Nord et l’Iran, dirigés par deux dictateurs sanguinaires, rappellent plus que jamais la nécessité d’une telle question et l’urgence d’une réponse humaine appropriée.
Józef Rotblat défendra la cause de Mordechaï Vanunu, accusé de trahison par l’État d’Israël pour avoir révélé l’existence du programme nucléaire israélien, essentiellement dissuasif. Il n’en reste pas moins que la vision pacifique de ce grand physicien s’enracine parfaitement dans la tradition biblique d’un monde débarrassé totalement de toute arme où la guerre ne serait plus qu’un vain mot : « une nation ne tirera plus l’épée contre une autre nation, et on n’apprendra plus à se faire la guerre » (Isaïe 2: 4).
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