« Dégâts considérables » : La juge Solberg secoue la Cour suprême et vise aussi le gouvernement

C’est un texte qui ne passera pas inaperçu dans les couloirs du pouvoir judiciaire.
Dans un article publié dans la revue conservatrice HaShiloh, le vice-président de la Cour suprême, Noam Solberg, ouvre un débat frontal sur l’activisme judiciaire — un débat qui touche au cœur même du fonctionnement des institutions israéliennes. Et il ne se contente pas de pointer l’aile activiste de la Cour : il vise également le président de la Cour suprême, Yitzhak Amit.
Dès les premières lignes, le ton est donné. Solberg met en garde contre un tribunal qui dépasserait trop facilement les limites des autres autorités : « Si nous substituons notre pouvoir discrétionnaire à celui qui appartient, en démocratie, aux autorités élues, la Cour peut causer un préjudice considérable et difficilement réparable. »

Un message interne… mais aussi un avertissement public

Solberg appelle d’abord à une forme de modestie institutionnelle. Selon lui, la Cour suprême doit veiller à « ne pas accaparer le pouvoir » et à préserver une véritable diversité en son sein. Les débats internes, parfois électriques, sont pour lui une richesse : ils ouvrent le champ des solutions et évitent qu’une seule ligne idéologique ne s’impose.
Dans un passage marquant, il rappelle que même le juge Marshall — l’architecte du pouvoir judiciaire américain — avait, en son temps, interdit la publication des opinions dissidentes pour préserver l’unité. Solberg, lui, prend le contre-pied : la divergence est une force, dit-il. Dans les périodes de crise, lorsque le débat public s’enflamme et que les règles du jeu semblent vaciller, « nous ne devons pas parler d’une seule voix, mais écouter toutes les voix juridiques ».
La Knesset et le gouvernement également visés
L’article ne se limite pas à la Cour suprême. Solberg élargit sa critique à l’ensemble du système institutionnel, pointant une « décentralisation du pouvoir insuffisante » en Israël.
En théorie, chaque député dispose d’un pouvoir politique égal. En pratique ? Les mécanismes internes — à commencer par la discipline de coalition — réduisent considérablement leur marge de manœuvre. Le véritable centre de gravité se déplace vers les chefs de factions… un phénomène que tout observateur de la vie parlementaire connaît bien.

Même logique au sein du gouvernement :

Alors que le Premier ministre était historiquement un « primus inter pares », la prise de décision s’est progressivement déplacée vers des cercles de plus en plus réduits : cabinet restreint, mini-forums, réunions informelles. Les collectivités locales, elles aussi, pâtissent de cette hyper-centralisation du pouvoir, concentré au sommet de l’exécutif.
La publication de Solberg intervient alors que la question du rôle de la Cour suprême est au centre d’un débat national brûlant. La critique venant du vice-président lui-même donne à ce texte un poids politique et institutionnel rare. Il ne s’agit pas seulement d’un avertissement interne. C’est un message adressé à toute la hiérarchie judiciaire, au gouvernement, au public : dans une démocratie sous tension, la mesure et l’équilibre entre les pouvoirs ne sont pas un luxe, mais une nécessité vitale.