OFER WINTER : L’HOMME QUI INQUIÈTE NETANYAHOU

L’irruption fracassante du général de brigade Ofer Winter dans la course aux élections législatives d’octobre 2026 redessine brutalement les lignes de faille de la politique israélienne. Commandant de terrain intransigeant avec un son ancrage religieux sioniste, Winter n’entre pas seulement en lice pour décrocher un siège à la Knesset ; il s’impose d’emblée comme le contrepoids idéologique à Gadi Eisenkot, et tout nouveau parti Yashar. Cette rivalité qui plonge ses racines dans de vieux différends militaires, pourrait fracturer l’électorat de droite et du centre, transformant un scrutin qui s’annonçait comme un duel classique entre Netanyahou et l’opposition en une triangulaire volatile. L’opposition entre Winter et Eisenkot dépasse largement le cadre d’une querelle de partis et incarne le choc de deux doctrines sécuritaires et sociétales irréconciliables. D’un côté, Eisenkot incarne l’establishment traditionnel de Tsahal, pragmatique, austère et axé sur une gestion technologique et rationalisée du risque. De l’autre, Winter porte les valeurs d’une droite nationale-religieuse décomplexée, prônant une guerre totale, offensive et guidée par une foi militante — une posture qui lui avait valu les foudres de sa hiérarchie lors de l’opération Bordure Protectrice en 2014, lorsqu’il avait exhorté ses troupes au combat au nom du « Dieu d’Israël ». En privant Eizenkot d’une partie de l’électorat de droite modérée et déçue qui voyait en l’ancien Chef d’État-major un recours sécuritaire rassurant, Winter fragilise Yashar. Son entrée en lice agit comme un puissant aimant pour les déçus du Likoud et les nationalistes rigoristes, offrant une alternative à ceux qui réclament un changement de leadership sans pour autant vouloir basculer vers le centre.

Plusieurs scénarios

Face à cette donne, la prospective politique s’articule autour de trois grands scénarios pour octobre. Le premier verrait Winter s’imposer en faiseur de rois indispensable en s’alliant avec les factions à la droite du Likoud ou en créant un bloc national-religieux autonome. Il pourrait siphonner les voix nécessaires pour bloquer Eisenkot, offrant à Netanyahou, les clés d’une nouvelle coalition majoritaire plus ancrée à droite. Le deuxième scénario, plus complexe, réside un éparpillement des voix entre le Likoud, Yashar et la liste Winter qui pourrait mener à une impasse totale, rendant le pays ingouvernable et ouvrant la voie à de laborieuses négociations pour un gouvernement d’union nationale dont des généraux tiendraient les rênes. Enfin, un troisième scénario verrait Winter capter la colère populaire liée aux failles sécuritaires pour s’imposer comme le véritable leader d’une droite refondée, marginalisant le Likoud historique. Ce qui est certain, c’est qu’en introduisant une dose de ferveur idéologique et de radicalité doctrinale face au style gestionnaire d’Eizenkot, le général Winter vient de briser le plafond de verre des projections électorales, garantissant que la balance politique d’Israël penchera vers un débat identitaire et militaire sans précédent.

NETANYAHOU A SU GÉRER LES DOSSIERS GOTTLIEB ET BARKAT ET DOIT FAIRE FACE AU DÉFI DE PETITS PARTIS DE DROITE

Netanyahou ne croit ni aux sondages diffusés sur les différentes chaînes, ni à ceux qui prévoient une défaite ni à ceux qui annoncent une victoire éclatante. C’est lui qui a établi la liste des candidats recommandés pour l’IAI, en a écarté Bitan et Gottlieb, et s’est assuré que Barkat soit systématiquement retiré de chaque liste. Taly Gottlieb reste un phénomène qu’il a marginalisé dans le second top 10. Barkat attendra la clôture des listes pour voir s’il prend sa retraite. Netanyahou a identifié deux problèmes stratégiques majeurs : Moche Feiglin et Winter. Le premier est incontrôlable et son intervention en 2019 a coûté trois sièges à la droite mais a éliminé Bennett et Shaked sous le seuil d’éligibilité. Depuis, son influence s’est affaiblie. Le défi le plus important est Winter. Le général de brigade à la retraite a annoncé sa candidature à la Knesset sur une liste résolument de droite, à la croisée des chemins entre les électeurs du Likoud et les sionistes religieux. Les chances de victoire de Winter et de Smotrich semblent minces, ce qui signifie qu’au moins cent mille voix pourraient être perdues, ouvrant la voie à l’accession Eizenkot au poste de Premier ministre. Rien n’est sûr !

Contrairement au passé, Netanyahou n’a cette fois aucun contrôle sur la composition du bloc. Les liens avec Winter sont rompus depuis longtemps, et le cabinet du Premier ministre est partagé quant à savoir si Winter est un allié : cherche-t-il à capter des voix qui iraient autrement à Lieberman et Eizenkot, ou envisage-t-il même de s’allier avec Lieberman et Bennett dès le lendemain ? Winter a donc annoncé la création de son parti deux semaines avant la clôture des listes, ne laissant quasiment aucune possibilité de retrait ou d’adhésion.

L’impact de sa candidature sur les communautés religieuses et les implantations

Le profil d’Ofer Winter — officier religieux sioniste, ancien commandant de la brigade d’infanterie Guivati — cible directement le cœur de l’électorat national-religieux. Sa présence crée une onde de choc sociologique et politique majeure. L’entrée en lice de Winter siphonne une part décisive des voix de Bezalel Smotrich, ce qui pourrait provoquer la chute de sa liste en dessous du seuil d’éligibilité de 3,25 %. Winter attire en effet les électeurs des implantations de Judée-Samarie qui rejettent l’approche politicienne de Smotrich et cherchent une figure militaire charismatique incarnant l’offensive totale. Contrairement à Ben Gvir perçu comme politique, Winter bénéficie du prestige du sang versé et de la légitimité du terrain militaire. Il capte les votes des jeunes sionistes religieux et des réservistes issus des implantations qui préfèrent confier la sécurité de l’État à un général de brigade tactique plutôt qu’à des tribuns partisans.
La dissonance sur l’enrôlement des ultra-orthodoxes (Haredim)
Paradoxalement, bien que Winter affiche une foi militante et des valeurs de droite intransigeantes, il se positionne comme un fervent partisan de la conscription militaire pour les ultra-orthodoxes. Cet alignement sur la nécessité de partager le fardeau militaire lui permet de mordre sur l’électorat traditionaliste modéré et les nationalistes laïcs de droite, tout en créant une ligne de rupture irréconciliable avec les partis orthodoxes traditionnels (Shas et Yahadout HaTorah). En agissant comme un diviseur du bloc de droite, Ofer Winter s’impose comme la clé de voûte des élections d’octobre 2026, capable de priver Benjamin Netanyahou des voix de la sangle nationale-religieuse. Le Likoud est en tête dans les sondages de la 14 fait par Chlomo Filber le plus fiable des sondeurs depuis 10 ans. En effet, les sondages réalisés par Chlomo Filber via son institut Direct Polls bousculent régulièrement les moyennes des autres instituts en plaçant systématiquement le Likoud de Benjamin Netanyahou en tête. Pour Filber, considéré comme le sondeur le plus précis en raison de sa méthodologie basée sur de très larges échantillons sectoriels, la réalité du terrain électoral en août 2026 est très différente de celle des chaînes concurrentes