Aldo Mungo – Armées & Défense

Depuis vingt ans, chaque fois que l’on évoque une frappe contre l’Iran, le même réflexe surgit : “ce serait un nouvel Irak”. C’est devenu un slogan. Un automatisme. Une paresse intellectuelle. Mais la comparaison est fausse. L’Irak, la Libye, l’Afghanistan n’étaient pas des États-nations solides. C’étaient des constructions fragiles, maintenues par la peur, traversées de tribus, de clans, de milices. On retirait le dictateur, et le pays se fragmentait aussitôt.
L’Iran n’est pas cela. L’Iran est un État ancien, continu, structuré. Une administration réelle. Une armée régulière. Des universités. Une classe moyenne. Une société urbaine éduquée. Le régime islamique n’est pas le pays : c’est une surcouche idéologique, sécuritaire, presque parasitaire, posée sur une nation qui, elle, fonctionne.
Et c’est précisément ce qui change la donne. Militairement, le problème iranien est même devenu plus simple qu’il ne l’était hier. Le Hamas est exsangue, le Hezbollah affaibli, la Syrie marginalisée. Les “proxies” ne constituent plus l’incendie régional automatique d’il y a dix ans.
Décapiter les Corps des gardiens de la révolution islamique ne déclencherait plus la tempête généralisée que redoutaient les planificateurs. Surtout, la guerre moderne n’est plus celle de 2003. Il ne s’agit plus d’envahir, mais de neutraliser. Missiles de croisière, bombardiers stratégiques, frappes à longue distance : on détruit les centres de commandement, les capacités balistiques, les nœuds du pouvoir sans poser une botte au sol.
Le porte-avions devient secondaire. La logistique aérienne suffit. La question n’est donc plus technique. Elle est politique. À Washington, Donald Trump ne croit pas au statu quo.À Jérusalem, la survie passe par la neutralisation du régime iranien. Et à l’intérieur du pays, plus de la moitié de la population a moins de trente ans. Une génération qui vit déjà ailleurs, mentalement, culturellement, politiquement.
Ce contraste est explosif. Si le sommet du système tombe, l’État iranien ne disparaîtra probablement pas. Il se reconfigurera.
Ce ne serait ni la Libye, ni Kaboul. Plutôt une transition interne brutale, mais nationale. Ce n’est pas une certitude. En stratégie, rien ne l’est jamais. Mais pour la première fois depuis longtemps, le changement de régime en Iran n’est plus une fiction théorique. C’est redevenu une option militaire crédible.




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