Traduction libre par Haim MESSIKA

Extrait du livre autobiographique ביבי סיפור חיי de Binyamin Netanyahou

(Copyright Bibi Éditions Simon & Schuster) 

 

Frères

 

1972

 

En 1972, j’étais officier dans les commandos de la Sayeret Matkal. Un soir que nous revenions à l’unité avec mon équipe, après un entraînement dans la région de la mer Morte, la base était presque vide.

Tous concentrés sur la cible

« Tout le monde est allé à l’aéroport », a déclaré le soldat de garde qui était resté seul à la base. « Un avion a été détourné, et les pirates de l’air l’ont fait atterrir en Israël et menacent d’exécuter tous les passagers »

Prise d’otages à haut risque

Nous avons rapidement pris la route pour rejoindre le reste de l’unité à l’aéroport de Lod.  Au bout de dix minutes de trajet, on nous a précisé que quatre terroristes palestiniens, deux hommes et deux femmes, avaient détourné un avion de la compagnie nationale belge Sabena qui effectuait un vol Bruxelles-Tel-Aviv la veille au soir. Après avoir fait atterrir l’avion à Lod, les pirates de l’air ont exigé qu’Israël libère 315 terroristes de prison, afin de s’envoler avec eux vers un pays arabe de la région, en utilisant l’avion qu’ils venaient de détourner. Si Israël ne se conformait pas à leurs demandes, ils menaçaient de faire sauter l’avion qui contenait 94 passagers en plus des membres de l’équipage.

L’avion a été conduit dans un coin isolé de l’aéroport, où les soldats de notre unité avaient secrètement crevé les roues.

 

Le ministre de la Défense Moshe Dayan a commencé à négocier avec les terroristes afin de gagner un temps précieux qui permettrait à l’unité d’improviser un moyen de prendre le contrôle de l’appareil. Mais comment attaquer un avion détourné ? Bien qu’entre 1968 et 1972, il y avait déjà eu 326 détournements et tentatives de détournement d’avions dans le monde, personne n’avait encore jamais tenté de le faire !

 

Dans l’un des hangars de l’aéroport, nous nous sommes entraînés à attaquer un avion identique. Notre première surprise fut de découvrir qu’il existe de nombreuses entrées dans un avion de ligne et qu’on pouvait forcer l’ouverture des portes de secours des ailes à partir de l’extérieur. Nous avons opté pour l’utilisation de pistolets de petit calibre Beretta, que nous ne connaissions pas jusque-là avec l’ordre de les camoufler dans nos bottes. Les mitrailleuses Kalachnikovs et Ouzi que nous utilisions habituellement étaient trop grosses pour être dissimulés, et de toute façon leur puissance de feu aurait mis en danger les passagers dans l’échange de tirs avec les terroristes.

 

Dayan informa les terroristes qu’Israël acceptait leurs revendications : Il libérera les terroristes emprisonnés et enverra des mécaniciens préparer l’avion pour un vol vers un pays arabe de leur choix.

 

Le plan était simple et ingénieux. Seize soldats de notre unité porteront des combinaisons blanches de mécaniciens censés préparer l’avion au décollage, nous permettant en fait de prendre position dans toutes les ouvertures de l’appareil. Dès réception d’un signal convenu, nous nous précipitons dans l’appareil, éliminons les terroristes et libérons les otages.

 

Un commandant d’équipe était affecté à chacune des entrées, et serait chargé de forcer son ouverture. En tant qu’officier supérieur, je fus chargé de prendre d’assaut avec deux autres soldats, une des portes de sortie se trouvant sur l’aile de l’avion.

 

Pendant les entrainements, je vis débarquer soudainement mon frère aîné, Yoni, également officier dans notre unité. Bien qu’il ne fût pas commandant d’équipe sur cette opération, il occupait un poste bien plus élevé dans la hiérarchie de notre unité. Quelques années auparavant, il s’était battu en tant qu’officier parachutistes durant la guerre des Six jours et plusieurs autres batailles. Il était déjà connu comme un combattant audacieux. Âgé de trois ans de plus que moi, il était également mon supérieur en grade et en position.

 

« J’y vais aussi », déclara Yoni. « J’ai plus d’expérience au combat que n’importe qui d’autre dans l’unité. »

 

C’est vrai, pensai-je, mais est-ce vraiment à propos ? Les ordres de Tsahal, sans parler du bon sens, dictaient que deux frères ne peuvent jamais participer ensemble à une même opération, surtout s’il s’agit d’une opération aussi dangereuse que celle-ci, avec un petit nombre de combattants et dans un espace aussi limité.

 

« Non, Tu ne peux pas y aller, retorquai-je, parce que j’y suis déjà ! »

 

« Alors je te remplace, » répondit-il.

 

« Impossible… ce sont mes soldats »

 

« Alors nous irons tous les deux, » insista-t-il.

 

« Mais enfin Yoni, de quoi parles-tu ? » ai-je répliqué en dernier recours. « Et si quelque chose nous arrivait à tous les deux ? As-tu pensé à papa et maman ? »

 

Et là, il me répondit une phrase que je n’oublierai jamais :

 

« Bibi, dit-il en insistant sur chaque mot, ma vie m’appartient …et ma mort aussi »

 

J’étais choqué. Neuf ans plus tôt, alors qu’il avait 17 ans, Yoni écrivait à un ami : « La mort ne me fait pas peur. Je n’ai pas peur de la mort, car je n’accorde aucune valeur à une vie sans but. Si je dois sacrifier ma vie pour atteindre un objectif, je le ferai volontiers. » Bien que je n’ai lu cette lettre qu’après le décès de Yoni, ce soir-là à l’aéroport Ben Gourion, j’ai ressenti en lui précisément la même détermination.

 

« Soit, pas question pour moi d’abandonner, et toi pas question que tu partes ! » lui dis-je après avoir digéré ses paroles. En total désaccord, nous nous sommes finalement tournés vers le commandant de l’unité Ehud Barak, et il a tranché en ma faveur. Je suis donc revenu sur les lieux de l’entrainement pour rejoindre mes hommes et achever la préparation de l’assaut.

Une vidéo de Tsahal prise à l’aéroport à l’époque montrera Yoni, boudant, faisant les cent pas comme un lion cage. Alors qu’il attendait dans la zone d’entrainement avec le ministre de la Défense Moshe Dayan, le ministre des Transports Shimon Peres et d’autres personnalités, nous autres- les 16 « mécanos » – sommes montés à bord d’un « train de chariots à bagages » qui nous conduisit au bas de l’avion détourné. Nous nous sommes arrêtés à une centaine de mètres de l’appareil, à un poste de contrôle improvisé de la Croix-Rouge. Il avait été convenu avec les terroristes que les gens de la Croix-Rouge nous contrôleraient un par un pour s’assurer que nous n’étions pas armés. C’était un stratagème conçu par Dayan pour tromper les terroristes, en plus de celui qui consistait à amener plusieurs bus chargés de « terroristes » – censés être libérés dans le cadre de l’accord.

 

Pendant que les pirates de l’air regardaient ce qui se passait depuis le cockpit et depuis la porte d’entrée de l’avion, le représentant de la Croix-Rouge vint nous contrôler. En m’examinant, il a senti le pistolet caché dans ma botte et laissa échapper en français « Mon Dieu » (en français dans le texte). Malgré cela, il ne prévint pas les terroristes. Contrairement aux descriptions qui ont circulé par la suite, je n’ai pas sorti l’arme de ma botte et je n’ai rien fait avec qui puisse mettre en danger l’opération. Je me suis contenté tranquillement de dire calmement dans le français basique que je connaissais : « Dieu est grand » (en français dans le texte).

 

Nous avons obtenu la permission d’avancer.

 

Mes soldats et moi sommes montés sur l’aile. Nous avons attendu d’entendre le coup de sifflet du commandant d’unité Ehud Barak, qui se tenait sur la piste en dessous de nous. Le coup sifflet donnait le signal d’attaque de l’avion. Mon équipe comprenait mon ancien soldat Eric Gerstel et un autre réserviste de l’unité qui travaillait comme agent de sécurité à El Al.

 

Étant donné que les gardes de sécurité étaient bien formés à l’utilisation d’armes à feu à l’intérieur des avions, de nombreux expatriés de l’unité qui avaient suivi une telle formation avaient été inclus dans l’opération. L’un d’eux était Mordékhai Rah’amim, qui en 1969 avait bravement déjoué une attaque terroriste contre un avion d’El Al à l’aéroport de Zurich.

 

Juste avant que nous soyons sur le point de charger, l’agent de sécurité attaché à moi m’a tapé sur l’épaule.

 

« Bibi, » dit-il, « dis à Ehud d’arrêter l’opération. »

 

« Pourquoi ?  » J’ai demandé, « Quel est le problème? »

 

« Aucun problème, » répondit-il calmement. « Mais je suis venu ici sur un vol en provenance de Londres. L’avion était plein et je n’ai pas pu aller aux toilettes. Dès que nous avons atterri, les gars de l’unité m’ont attrapé et ne m’ont pas laissé une chance de faire mes besoins. »

 

« Est-ce que tu dois y aller vraiment maintenant ? »

 

« Maintenant, » répondit-il fermement.

 

« Gros ou petit? » J’ai demandé.

 

« Gros ! ».

 

J’ai sauté de l’aile et j’ai expliqué la situation à Ehud. Il a retardé le coup de sifflet. L’homme de réserve a sauté de l’aile et est passé sous le fuselage. Après avoir déféqué, il est retourné à sa position sur l’aile.

 

Ehud a sifflé, on a percuté la porte, et elle a cédé immédiatement. Un terroriste debout dans l’allée a tiré plusieurs balles dans notre direction et a couru vers l’avant de l’avion. Il a été abattu par l’un de nos hommes qui est entré dans l’avion par l’autre aile. Un autre terroriste qui se trouvait à l’avant de l’avion a été éliminé par Mordekhaï Rah’amim, qui s’est ensuite précipité vers le cockpit.

 

L’une des balles tirées sur nous atteignit le front d’une jeune femme assise près de la porte. Son corps s’affaissa en avant. Elle fut tuée sur place. Avec mes soldats, j’ai pénétré à l’intérieur de la cabine pour débusquer les deux femmes terroristes.

 

« les voilà, les voilà » a crié l’un des passagers en désignant une femme assise sur l’un des sièges. Je lui ai tiré les cheveux et la perruque qu’elle portait s’est détachée de sa tête. Je l’ai attrapée par les cheveux pour la mettre debout sur ses pieds. « Où sont les explosifs ? criai-je, craignant que les charges ne s’activent et ne fassent exploser l’avion sur ses occupants. L’un des vétérans de l’unité, Marko Ashkenazi, également agent de sécurité de l’avion, a couru vers nous et a crié : « Bibi, laisse-moi m’occuper d’elle !

 

Avant que je ne puisse l’arrêter, Marco a frappé la femme au visage avec son arme et une balle a été tirée. Cette balle a traversé la terroriste et a pénétré dans mon bras gauche.

J’ai eu l’impression que quelqu’un m’avait frappé avec un marteau de 5 kg sur l’épaule.

 

L’ensemble de l’opération a duré moins de deux minutes.

 

Les deux terroristes hommes ont été tués, alors que les deux femmes terroristes ont été capturées vivantes. Parmi les passagers de l’avion, les seules victimes étaient la jeune femme qui était à côté de moi lorsque j’ai fait irruption dans l’avion, et un autre passager qui a couru vers Uzi Dayan, un commandant d’équipe de l’unité et le neveu de Moshe Dayan, lorsqu’il est entré dans l’avion par une entrée différente. Ouzi a pensé que l’homme était un terroriste et a tiré plusieurs balles dans son estomac. Heureusement, le passager a survécu.

 

J’ai été descendu de l’avion et allongé sur la piste. Un médecin m’a injecté de la morphine pour soulager la douleur. Au loin, j’ai vu Yoni courir vers moi, très inquiet. Quand il s’est approché de moi, il a vu que j’étais vivant et pleinement conscient. Debout au-dessus de moi, il remarqua la tache de sang sur la manche de la combinaison blanche de mécanicien que je portais.

 

Un large sourire se dessina sur son visage.

 

« Tu vois, Bibi, » dit-il. « Je t’avais dit de ne pas y aller. »

 

 

La suite de l’article se trouve dans le prochain numéro d’Israël Magazine

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