La mort de deux braves israéliens
Michèle Mazel

(Crédit : Magen David Adom et aimable autorisation de la famille)
« Deux civils israéliens tués dans une attaque en Cisjordanie occupée » : encore une de ces formules lapidaires dont Le Monde a le secret. Le Monde se garde bien de condamner ce qui est en fait un assassinat, s’agissant non pas de soldats – ou même de « colons ! » – mais, de civils sans armes, mais il sous-entend que, comme c’est arrivé en Cisjordanie « occupée », les deux hommes n’auraient pas dû se trouver là.
Sans donner plus de détails sur les circonstances de ce double meurtre, qui visiblement ne l’intéresse pas, le quotidien trouve opportun de préciser que « près de trente Israéliens [quarante en réalité] et plus de deux cents Palestiniens [la plupart terroristes, les armes ou les pierres à la main] ont été tués depuis le début de l’année. »
Mais qui étaient donc ces civils, et que faisaient-ils à Huwara ?
Il s’agit de deux résidents de la ville côtière d’Ashdod, Shay Silas Nigreker, 60 ans et son fils Aviad Nir, 28. Ils étaient partis tôt le matin pour arriver à la petite localité située à cent kilomètres de là dans la circonscription de Naplouse. C’est qu’ils avaient un programme chargé.
Le père, avait d’abord rendez-vous chez son dentiste, puis il s’est fait couper les cheveux, a déjeuné dans un petit café et finalement, s’est rendu au grand garage de l’endroit pour faire laver sa voiture. Il connaissait bien Huwara pour y être souvent venu, parfois avec sa compagne.
Des tarifs moins onéreux
Beaucoup ignorent sans doute que de nombreux Israéliens fréquentent les commerces situés dans les territoires de l’Autorité palestinienne où la marchandise est nettement moins chère. D’aucuns ont recours à des dentistes qui ont souvent fait leurs études dans l’ancienne URSS ou en Roumanie et qui pratiquent des tarifs très inférieurs à ceux de leurs collègues en Israël. Une source de revenus non négligeable pour l’économie palestinienne.
Cette fois, amis et voisins avaient conseillé à Nigreker de renoncer à ce déplacement, vu la grande tension qui régnait dans la zone à la suite de récents attentats.
Mais il avait balayé leurs avertissements d’un revers de la main. « Voilà des années que j’y vais, je connais tout le monde et je n’y ai que des amis. »
Les assassins de Juifs ne seraient pas des locaux
Las, ce jour-là, un « courageux combattant de la liberté » est arrivé tranquillement à pied et a tué de cinq balles le père et le fils qui, assis sur un banc, attendait que leur voiture soit prête.
Sans aller jusqu’à en revendiquer la responsabilité, le Hamas a salué cet exploit qui selon lui est « le résultat de l’engagement constant de la Résistance pour défendre notre peuple et répondre aux crimes de l’Occupation. »
Toutefois, le responsable de la municipalité de Huwara, tout en déclarant que « l’armée et les « colons » tuaient des Palestiniens « innocents », a souligné que la majorité des attentats perpétrés dans la localité étaient le fait d’individus venus de l’extérieur et s’est permis d’exprimer sa tristesse à la suite de la mort des deux hommes et a appelé au respect mutuel et à la coexistence. C’est plus que ce que Le Monde a fait.

Michèle Mazel




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