PHoto Dany Cohen Itamar Ben Gvir Un vrai travail sur le terrain mais une communication qui laisse à désirer

À la veille des fêtes, le scrutin dominé par le traumatisme national du 7 octobre, s’annonce comme celui de toutes les ruptures, marqué par un morcèlement inédit à droite et une refonte stratégique des équilibres internes au bloc nationaliste. La dissidence du général Ofer Winter illustre parfaitement cette tension. En maintenant sa liste indépendante et en refusant de s’unir avec le Parti Sioniste Religieux de Smotrich, Winter pose un acte de défiance majeur par le rejet catégorique de toute alliance avec les responsables politiques de la débâcle sécuritaire.
Pour Netanyahou, ce pari est un cauchemar logistique. Les sondages oscillent, plaçant Winter tantôt au seuil d’éligibilité avec 4 sièges, tantôt dans la zone rouge du gaspillage de voix. Cette dispersion fragilise directement la capacité du Likoud à cimenter une majorité de 61 sièges, d’autant que le Premier ministre doit simultanément gérer l’onde de choc des révélations médiatiques et (mensongères selon nos enquêtes) sur sa gestion de l’avant-7 octobre. Si l’électorat de droite y voit une manœuvre de déstabilisation, cette dernière nourrit les partis comme Yashar ou BeYahad. Face à cette érosion, Netanyahou a opéré une reprise en main agressive du Likoud, utilisant ses quotas de places réservées pour parachuter des profils symboliques et idéologiquement verrouillés. Les CV des nouveaux députés imposés par le Premier ministre dessinent une stratégie claire : substituer les barons locaux du parti par des figures médiatiques et émotionnelles de l’après-7 octobre. En plaçant Talik Gvili à la 9e place, Netanyahou fait entrer une figure de la douleur et de la résilience ; mère d’un policier héroïquement tombé au combat ce jour-là, elle incarne la légitimité morale face aux critiques. À la 11e place, l’arrivée de Yaakov Bardugo, polémiste vedette et éditorialiste central de la chaîne 14, apporte au Premier ministre un redoutable gladiateur médiatique, rompu à la défense agressive des thèses du pouvoir sur les plateaux de télévision. Enfin, la 15e place attribuée à Elisha Medan, un réserviste grièvement blessé et amputé des deux jambes à Gaza, achève de militariser moralement la liste du Likoud. Ces profils, bien que respectés pour leurs parcours, provoquent amertume chez les cadres de terrain, qui y voient une prime à la loyauté médiatique immédiate plutôt qu’à l’ancrage militant classique.
LE TRANSFERT ÉLECTRIQUE DE TALLY GOTLIB VERS OTZMA YEHOUDIT.
Rétrogradée à la 20e place du Likoud par le jeu des blindages, la députée volcanique a crié à la trahison avant de trouver refuge en 2e position sur la liste Ben Gvir, avec la bénédiction tactique de Netanyahou qui évite ainsi une dissidence parlementaire ouverte avant le vote. Ce mouvement a fait une victime collatérale de poids, le général de brigade Zvika Fogel. L’éviction de Fogel d’Outzma Yehoudit révèle une fracture idéologique profonde au sein de la droite radicale. Relégué au-delà des places éligibles, Fogel a publiquement dénoncé la dérive de son ancien chef. Dans ses déclarations, l’ancien haut gradé a révélé que Ben Gvir lui avait explicitement signifié que sa « démarche étatique » — c’est-à-dire sa tentative de gérer la commission de la Sécurité nationale avec le sérieux des institutions et une culture de la légalité — ne correspondait plus à la ligne militante, provocatrice et exigée pour la nouvelle campagne. Le clash Fogel-Ben Gvir met à nu le dilemme de la droite radicale, qui choisit d’exclure ses éléments institutionnels au profit d’une rhétorique d’opposition systématique, même en étant au pouvoir. Ce séisme à droite coïncide avec un renouvellement générationnel historique et discret chez les partis orthodoxes religieux, dont les conséquences vont redéfinir les futures coalitions. La précédente décennie a laissé place à de nouveaux patrons rabbiniques et politiques à la tête du Shas et du Judaïsme Unifié de la Torah (UTJ). Ces nouveaux dirigeants, confrontés à la conscription des étudiants de Yeshivot, adoptent une posture plus pragmatique et moins dogmatique que leurs prédécesseurs. Pour ces nouveaux orthodoxes, la priorité absolue est la survie financière et institutionnelle de leur communauté, quitte à négocier des compromis historiques sur le service civil ou militaire. Cette mutation interne offre une flexibilité nouvelle sur l’échiquier politique, car ces leaders ne partagent plus l’alignement idéologique inconditionnel et « organique » avec la droite dure que leurs aînés avaient cultivée.
En validant le transfert de Tally Gottlieb pour saturer l’espace électoral d’Outzma Yéhoudit et en blindant le Likoud de profils marqués, Netanyahou chercherait à neutraliser Ben Gvir en le confinant dans un rôle de trublion extrémiste minoritaire. Son objectif stratégique n’est plus de gouverner avec l’aile ultraradicale, devenue un fardeau diplomatique international et un repoussoir pour l’électorat modéré, mais de s’ouvrir une voie royale vers le centre et des éléments de la gauche modérée. En s’appuyant sur la nouvelle flexibilité des patrons orthodoxes, prêts à s’asseoir dans n’importe quel gouvernement qui garantira leurs budgets, et en se délestant du radicalisme de Ben Gvir, Netanyahou tisse la toile d’une future coalition d’union nationale. Une telle alliance, pivotant autour du Likoud, des orthodoxes et des formations centristes, lui permettrait de retrouver une respectabilité internationale, de gérer l’après-guerre avec une légitimité élargie et de s’extirper du piège idéologique dans lequel sa précédente coalition l’avait enfermé. L’analyse froide de la cartographie électorale à la veille des fêtes, passée au crible des modélisations de Shlomo Filber et de l’institut Direct Polls, dessine une réalité politique bien éloignée des narratifs de statu quo ou d’effondrement national. Loin d’être acculé, le bloc national se présente au scrutin du 27 octobre dans une dynamique de reconquête agressive, portée par une consolidation interne inédite. la suite dans le prochain magazine digital Israël Magazine n* 310 ou www.israelmagazine.co.il




Laisser un commentaire