Un mouvement né en opposition au sionisme
par Eytan Chikli


Pour comprendre le judaïsme unifié de la Torah (Yahadout HaTorah), il faut remonter avant la création de l’État d’Israël, à Katowice en 1912, alors que la ville faisait partie de l’Allemagne. C’est là qu’Agoudat Israel – littéralement « Union d’Israël » – fut fondée par des rabbins orthodoxes d’Europe de l’Est qui rejetaient à la fois l’assimilation et le projet sioniste défendu par Theodor Herzl et ses successeurs. Ce mouvement naquit en réaction directe au Congrès sioniste mondial, qui avait refusé une demande de financement d’écoles religieuses présentée par un courant juif cherchant à concilier sionisme et tradition religieuse.
Autour de ce mouvement et des cercles rabbiniques qu’il représentait, s’est progressivement constituée une grande partie de ce que l’on appelle aujourd’hui le monde Haredi. Ce terme, généralement traduit en anglais par « ultra-orthodoxe », désigne les Juifs qui observent un mode de vie religieux rigoureux, centré sur l’étude de la Torah à temps plein, et qui restent largement à l’écart du reste de la société israélienne en matière d’habillement, d’éducation et de normes sociales.
Agoudat Israel défendait un principe radical : l’autorité rabbinique devait régir toute décision touchant la vie collective juive, tandis que la souveraineté sur la Terre d’Israël ne pouvait légitimement naître que de la rédemption messianique, et non d’une entreprise politique humaine. Le sionisme était donc perçu comme un mouvement séculier usurpant une prérogative divine – une position soutenue par d’éminents rabbins de l’époque.
La création de l’État en 1948 a confronté le mouvement à un dilemme existentiel. Plutôt que de persister dans un rejet catégorique, Agoudat Israel a opté pour le pragmatisme. Dès juin 1947, David Ben Gourion et l’Agence juive, avaient négocié avec ses dirigeants ce qui allait devenir l’« accord de statu quo » : un engagement à observer le shabbat dans les institutions publiques, à respecter les lois alimentaires juives, à préserver la compétence des tribunaux religieux en matière de mariage et de divorce, et à financer publiquement un système d’écoles religieuses autonomes. Cet accord a permis à Agoudat Israel d’intégrer les institutions du jeune État sans jamais renoncer formellement à ses réserves idéologiques concernant le sionisme. la suite dans le prochain magazine abonnez vous.