ROBERT BEN DENOUN

« Il ne faut ni tenir la main fermée ni l’ouvrir tout à la fois ; il faut ouvrir les doigts l’un après l’autre ; la vérité s’en échappe peu à peu, sans faire courir aucun risque à ceux qui la tiennent et qui la laissent échapper. » (D’Alembert)

Dans le journal Srouguim (sionisme religieux) du 12 février, sous la plume du rabbin Eitan Kauffmann, une question est posée,  nous interpelle sur le sujet si complexe de la caractérisation identitaire des habitants des territoires en deçà de la ligne verte. Elle reprend des termes volontiers provocateurs et inexacts (colons), mais qui reflètent la façon dont est perçue la réalité des résidents des yishouvim de Judée Samarie : « Quelle est la différence entre un bon et un mauvais colon ? », ou en d’autres termes, selon ses dires : « Quand est-il permis de dire du bien des colons et quand ne l’est-il pas ? Quand devrions-nous les condamner, les mépriser et les calomnier, et quand devrions-nous les complimenter ? »

Cette question, intense, en cette période de guerre, où combattent côte à côte, sans états d’âme, des soldats issus de toutes les composantes idéologiques du pays, de gauche ou de droite, ainsi que laïcs ou religieux, agnostiques ou hommes de foi. Sous le casque, il est en effet très difficile d’affirmer en voyant un combattant à la barbe fournie après des jours d’affrontement, qui possède une kippa, et quelle est sa couleur, ou qui n’en possède pas.
Dans le même temps, tous les médias encensent tous ceux qui sont tombés « au champ d’honneur », mais continuent à penser que le véritable ennemi est inséré à l’intérieur des frontières d’Israël, et qu’il demeure un opposant idéologique contre lequel il faut lutter sans relâche. Pour Haïm Baer, par exemple, écrivain et poète israélien, « le sionisme religieux est un cancer pour le pays ».

Pour la doxa wokiste, seul un « colon » mort trouve grâce aux yeux de tous.  

Le rabbin Kauffmann de préciser : « Peut-être qu’aujourd’hui, en temps de guerre, lorsque de nombreux soldats religieux donnent leur vie pour la défense du peuple, et derrière eux se trouvent des familles entières qui ne dorment pas la nuit à cause de l’inquiétude, l’attitude à leur égard a changé… et que dès lors ne plane aucun doute sur l’ampleur de leur contribution à l’armée, un nouveau discours s’est-il propagé dans la société israélienne ? » Très vite, il répond par la négative, considérant, en guise d’explication, que pour la doxa wokiste, seul un « colon » mort peut trouver grâce aux yeux de tous.

Clichés et aprioris

Cette opinion est confortée par quelques aprioris repris par tous les supports européens et américains, qui énoncent :

— Que les Arabes de Judée Samarie ne sont en rien comparables aux terroristes du Hamas, qu’ils sont l’objet d’une colonisation et d’une répression féroces, ce qui justifie la proposition d’une solution à deux États, et l’octroi d’aides internationales, et de fonds souvent détournés par le pouvoir corrompu de « l’Autorité palestinienne. »