Israël, en panne de productivité

Jacques Bendelac |

Les Israéliens travaillent plus, mais ils sont peu productifs: en Israël, la productivité des salariés est une des plus basses des pays occidentaux. En Europe, le temps de travail est faible mais la productivité est forte. En Israël, c’est tout le contraire : le temps de travail s’allonge, mais la productivité reste faible. C’est la conclusion étonnante de la dernière note de conjoncture publiée par le ministère des Finances à Jérusalem. La productivité d’un pays est calculée en divisant la valeur de la production nationale par l’effectif de ses salariés.

FAIBLE COMPÉTITIVITÉ

Les chiffres publiés par l’économiste en chef du ministère des Finances sont édifiants. Un salarié israélien produit seulement 57% de ce que produit un salarié américain. Autrement dit, un Israélien qui travaille produit 43% de moins que son homologue américain. Au palmarès de la productivité du travail, Israël figure donc à une place très moyenne. En 2015, un Israélien produisait 31% de moins qu’un Français, 28% de moins qu’un Italien, 26% de moins qu’un Australien et 21% de moins qu’un Britannique. En fait, la productivité de l’Israélien est semblable à celle du Portugais ; et elle est juste supérieure à celle du Chilien et de l’Argentin. Autrement dit, les Israéliens sont beaucoup moins compétitifs que les Américains, les Français ou les Anglais. Car même en travaillant beaucoup d’heures (43 heures hebdomadaires), l’Israélien ne parvient pas à produire tout ce qui produit l’Américain et le Français qui, pourtant, travaillent moins d’heures que lui.

SOUS-EXPLOITATION DES RESSOURCES

Après avoir établi un constat sans appel, reste à en établir les causes. Pour le ministère des Finances, ce n’est pas la faiblesse des investissements humains et matériels qui est en cause ; c’est la mauvaise exploitation des ressources existantes qui est responsable de la faible productivité israélienne. L’inefficacité des moyens de production (hommes et machines) provient de plusieurs sources : un retard technologique ; un manque d’adaptation entre les capacités des salariés et leur emploi ; un secteur public pléthorique et inefficace ; des dépenses militaires trop élevées ; un abus de bureaucratie et de régulation ; l’insuffisance de la concurrence dans certains secteurs ; l’insuffisance de la formation et des compétences de certains groupes de population. Conclusion de l’étude : le gouvernement israélien ne devrait pas seulement encourager les investissements, comme il le fait aujourd’hui. Il devrait aussi se pencher sur l’inefficacité des investissements existants. Les auteurs de la note de conjoncture donnent l’exemple des transports : leur incapacité à rapprocher la périphérie géographique du centre du pays ferait perdre à l’économie israélienne un capital humain qui reste sous-exploité.