Nelson Monfort : Interview express ( 2009)

Israël est un pays pour lequel j’ai beaucoup d’amitié, et je garde un très bon souvenir de ces moments dans votre pays.

Propos recueillis par Nathalie Szerman

 

 

Patinage artistique, gymnastique rythmique, natation, athlétisme, tennis : Nelson Monfort, l’interviewer sportif préféré des Français, s’entretient avec les grands champions depuis maintenant vingt ans. Son dernier livre, C’est à Vous Nelson, évoque les coulisses du métier. Le sport n’est toutefois pas son unique amour : il y a l’art, aussi. Nelson cite des auteurs de littérature dans ses commentaires sportifs et anime une émission de musique, « Le mélodies de Nelson », sur radio classique. En pleine saison de Roland Garros (du 24 mai au 7 juin), le  « roi des interviewers »  prend le temps de répondre à nos questions et d’évoquer ses sentiments pour Israël. C’est à vous, Nelson, celui que ses collègues amis surnomment ‘mets le son moins fort’. surnommé amicalement par certains de ses collègues « Mets le son moins fort » !:

 

« Le patinage est le sport qui m’inspire le plus, car il est aussi un art »

 

–         C’EST A VOUS NELSON, paru le 14 mai 2009 aux Editions du Moment,  propose-il un regard différent sur le sport de celui d’HORS-ANTENNE, paru en 2000 ?

–         C’est un livre plus complet, concernant les coulisses du sport et de la télé : des indiscrétions sont révélées…Je réponds à des questions que les gens se posent. C’est un livre humain allant à la rencontre des personnalités sportives : j’y évoque les accompagnateurs, les parasites de tout poil… Le livre est positif dans l’ensemble, malgré quelques coups de griffes…

–         Nicolas Canteloup, la voix de votre marionnette des Guignols de l’Info, a préfacé votre ouvrage. Pourquoi lui ?

–         Il  est devenu mon talisman porte-bonheur au fil du temps et j’ai été le sien aussi. Parmi ses toutes premières voix, il y avait la mienne. Il essayait depuis longtemps d’envoyer des voix sans succès. La mienne lui a réussi !

–         Votre style personnel de journaliste sportif vient aussi de votre goût des arts, notamment des lettres. On vous a entendu commenter les GR avec des références à Corneille, Apollinaire, Hugo… Qu’est-ce que ces références apportent au sport ?

–         Je ne sais pas si elles apportent quelque chose au sport, mais à moi, elles m’apportent beaucoup ! (rires)

–         Y a-t-il un sport qui vous inspire plus que les autres ?

–         Le patinage. C’est un sport sur lequel on peut s’exprimer, recourir à des références artistiques. C’est, comme son nom l’indique, à la fois un sport et un art.

–         Vous êtes l’interviewer sportif préféré des Français. Le temps est-il venu de créer votre propre émission ?

–         Bonne question… J’ai déjà une émission à la radio. Ca ne s’est pas présenté à la télé, et ce n’est pas faute de projet. J’ai proposé un talk show, dans le style « au coin du feu », qui ne devait pas être bien compliqué à monter. Il n’y a pas eu de suite….

 

Lors du tournoi de tennis de Dubaï, la joueuse israélienne Shahar Peer s’est vue refuser le visa d’entrée par Dubaï : « On n’en a pas assez parlé en France ».

 

–         En février 2009, lors du tournoi de tennis de Dubaï, la joueuse israélienne Shahar Peer s’est vue refuser le visa d’entrée par Dubaï et n’a donc pu participer au tournoi. En réaction, le joueur américain Andy Roddick a boycotté le tournoi. La Fédération française de tennis n’a rien dit. Cette histoire a-t-elle fait des remous dans les coulisses du sport en France ?

–         Pour répondre honnêtement, non – et sans doute pas assez.

–         Quel regard portez-vous sur le sport israélien en général et le tennis en particulier ?

–         Je n’ai pas eu l’occasion de côtoyer beaucoup de joueurs israéliens, à l’exception notable d’Amos Mansdorf, qui avait remporté le tournoi de Bercy en 1988.

–         Etes-vous déjà venu en Israël ?

–         Oui, pour un match de barrage de la coupe Davis opposant la France en Israël, en septembre 98 à Tel-Aviv. Je suis aussi venu en une autre occasion jouer au Golf club de Césarée. Israël est un pays pour lequel j’ai beaucoup d’amitié, et je garde un très bon souvenir de ces moments dans votre pays.

–         Comment percevez-vous l’avenir dans ce Moyen-Orient tourmenté ? Avez-vous une opinion à faire partager ?

–         Ce serait banal de souhaiter la paix. Je suis toutefois plus optimiste qu’il y a quelques années. Le nouveau président américain semble moins va-t-en guerre, ce qui donne plus d’espoir. Peut-être y aura-t-il grâce à lui plus de douceur dans les rapports entre Israël et les autres pays de la région.

–         C’est actuellement la saison de Roland Garros, que vous couvrez pour la 20ème fois. Y a-t-il eu un événement marquant?

–         L’élimination de Rafael Nadal [champion de tennis espagnol, n°1 mondial depuis 2008 ndlr], et surtout le fair play de l’équipe le représentant. C’est assez inhabituel pour être relevé.

 

« Je m’intéresse plus à demain qu’à après-demain… et plus à aujourd’hui qu’à demain »

 

–         Vous avez loué ou critiqué avec une grande liberté de ton des joueurs sur le critère de leur caractère et humanité. Dernièrement, Henri Leconte a été qualifié par vous de « pas le joueur le plus confraternel » Avant lui, Boris Becker s’est vu crédité d’un «  zéro pointé, humainement parlant » Est-il facile de perdre son humanité quand on devient célèbre ?

–         Oui, assurément. (silence)

–         Vous-même êtes apprécié du public pour votre humanité. Cette même humanité a-t-elle pu vous jouer contre vous (sans jeu de mot…) au cours de votre carrière ?

–         Oui, certainement. Dans le milieu, il ne faut pas être trop gentil ; or je le suis sans doute – trop gentil. Mais j’ai l’avantage d’être la même personne à l’antenne qu’hors antenne : je ne joue pas et ne mens pas au public.

–         Vous animez également « Les mélodies de Nelson » sur radio classique. Le sport et la musique font-ils bon ménage ?

–         En patinage artistique, oui ! Par ailleurs, les sportifs ont souvent autour de la tête des écouteurs, mais il n’est pas sûr que ce soit du Mozart qu’ils écoutent…

–         Le sport et la musique apportent-ils un « supplément d’âme » ?

–         La musique oui, en tous cas pour moi, dans ma vie de tous les jours. En ce qui concerne le sport, c’est moins sûr : ce sont des tournois, des guerres ; l’image du sport que je souhaite véhiculer est certes plus humaine, mais la réalité est parfois dure.

–         Vous allez avoir un été chargé avec les championnats de natation à Rome et ceux d’athlétisme à Berlin. Des projets pour l’automne ?

–         Animer l’émission Intervilles [jeu mettant en compétition amicale deux villes à travers une série d’épreuves physiques, sur France 3 ndlr], l’une des plus anciennes émissions. Mais vous savez, à chaque saison suffit sa peine ; je ne me suis jamais trop projeté dans l’avenir et ça m’a plutôt réussi. Je m’intéresse plus à demain qu’à après-demain… et plus à aujourd’hui qu’à demain !