Le Phénomène Zemmour

David Reinharc pour Israël Magazine Tous droits reserves

 

Zemmour

Zemmour

Israël Magazine a cherché à comprendre le phénomène Zemmour.

Comment le petit juif arabe (lui préfère dire « juif berbère »), enfant du décret Crémieux, né le 31 août 1958 à Paris, dont les parents, Roger et Lucette, sont arrivés en métropole durant la guerre d’Algérie, est-il devenu le missile antisystème qui sillonne la France et l’Europe au cours de nombreuses tournées de signatures et conférences ?   Que représente pour le polémiste son être-juif ? Nous sommes allés lui poser la question. Bien amicalement, il nous a répondu.

A la rentrée 2006, les téléspectateurs de France 2 découvrent sur leur écran, dans le grand show hebdomadaire de Laurent Ruquier, un nouveau visage : Éric Zemmour. Il a du courage, de l’audace, du panache, de l’intelligence. On pourrait résumer ses interventions en dix mots : il dit exactement tout ce qu’il ne faut pas dire. Or, quand ce qu’il ne faut pas dire est le destin d’un peuple, on conçoit que transgresser l’interdit fasse éternuer le siècle, et le décoiffe.

Zemmour, jusqu’alors l’auteur de biographies politiques sur Chirac et Balladur, allait devenir le polémiste qu’on connait. Cinq ans sur France 2, huit ans sur Paris Première, neuf ans sur RTL, onze ans sur iTélé : sa présence médiatique lui assurera l’immense succès de ses livres où il reprend peu ou prou les thèses de Renaud Camus : la France a toujours assimilé à merveille des individus qui désiraient l’être, elle ne peut pas assimiler des peuples, et encore moins des peuples hostiles, vindicatifs, voire haineux et conquérants. Zemmour parle la langue de l’ancien ami de Duras et Aragon, sorti de la littérature pour entrer dans le combat politique : l’immigration est devenue invasion, et l’invasion, submersion migratoire. Car Zemmour est en guerre. Son modèle est Gramsci : il reste persuadé que la bataille politique se gagne sur le terrain du langage, du vocabulaire et des idées. Aussi, le polémiste cherche à imposer dans le débat des thèmes marginaux, pour les rendre « radicaux », puis acceptables. Grand Remplacement et Remigration, envahisseurs et envahis, colonisateurs et colonisés, occupants et occupés : les mots ne lui font pas peur.

 

Après le détour par la pub, Zemmour choisit la presse écrite. Ce sera le Quotidien de Paris en 1986, Le Figaro en 1996, dont il sera écarté par le directeur de la rédaction pour ses propos sur les trafiquants dont « la plupart sont noirs et arabes ». Mais il y a un côté lazaréen chez Zemmour : on le croit mort et enterré et mis dans un sépulcre, le revoici revenu à la vie comme si de rien n’était. Il reviendra au quotidien de droite en 2013, de la même façon qu’il renaîtra de ses cendres après avoir été évincé de la chaine d’information en continu I-Télé en 2014, accusé d’avoir déclaré à un journal italien en octobre qu’il fallait « déporter » des millions de musulmans français (il sera relaxé en novembre 2018 de cette accusation). En octobre 2019, il reviendra par la grande porte sur l’antenne dont il avait été expulsé avec pertes et fracas. Voué à la détestation de ses ennemis en 2019, condamné pour injure et provocation à la haine après une diatribe jugée violente sur l’islam et l’immigration en septembre lors d’une réunion baptisée « convention de la droite » et organisée par des proches de l’ex-députée du Front national (devenu RN) Marion Maréchal, le voilà, en mai 2020, après avoir été agressé dans la rue, soutenu par le (presque) Tout-Paris, et ce jusqu’au sommet de l’Etat : le président Emmanuel Macron lui téléphonera  à la suite de cette agression.

 

Il semble bien aujourd’hui qu’Eric Zemmour soit désormais tenté de se lancer dans le jeu politique. Il aurait même hésité à figurer sur la liste du Rassemblement national aux dernières européennes.

D’après les informations du Point, l’essayiste songerait à se présenter en 2022.

Qui se ressemble s’assemble : il travaillerait ainsi, avec le journaliste maurassien Patrick Buisson, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, à « une plateforme d’idées pour la droite, qui se démarque du RN de Marine Le Pen », écrit l’hebdomadaire.

Dans son essai, Le Venin dans la plume. Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République, l’historien Gérard Noiriel établit un parallèle entre le polémiste et l’inventeur de l’antisémitisme français. Or Zemmour ce n’est pas Drumont, mais Maurras. Alain Finkielkraut a sans doute raison quand il dit que pour le pamphlétaire, il n’y a que le temporel : « Zemmour aurait été anti-dreyfusard, car la révision de son procès mettait en péril l’institution militaire. Zemmour aurait préféré défendre l’armée, objet de puissance et d’intérêt. Je crois que Zemmour est un esprit totalement maurrassien ».

Ce n’est pas un hasard si dans Le Suicide français, paru en 2014, Eric Zemmour écrit que le gros des résistants à gagner Londres, en 1940, était issu de l’Action française. Répéter que les maurassiens, lecteurs de L’Action française, étaient majoritaires dans le mouvement de résistance gaulliste est un motif récurrent à l’extrême droite française, mais c’est surtout une contre-vérité : il y avait bien quelques camelots du roi dans le sillage des premiers résistants gaullistes, à Londres, mais ils étaient loin d’être représentatifs.

Pour autant, on peut en même temps porter la contradiction à Zemmour quand il se fait le fer de lance d’une opération douteuse consistant à réhabiliter, par la bande, certains penseurs nationalistes des années 30 qu’on veut manifestement réintégrer dans le patrimoine du nationalisme français contemporain, et s’offenser de la critique du polémiste quand elle rejoint l’insulte. Zemmour, c’est un fait, nous aide aussi à refaire notre mentalité politique, et à penser la complexité du réel. Il faudrait par exemple relire Pierre Boutang, disciple de Charles Maurras, formé à l’école d’Action française, qui écrivait : « Il est certain qu’il n’y a pas d’Europe. L’homme européen ne se trouve pas éminemment en Europe, ou n’y est pas éveillé. Il est, paradoxe et scandale, en Israël. C’est en Israël que l’Europe profonde sera battue, « tournée », ou gardera, avec son honneur, le droit à durer ».

 

Pour Zemmour, la priorité est que la France retrouve l’estime de soi, condition pour être respecté par les autres. Certes l’intention est salutaire : on n’intégrera jamais des gens qui n’aiment pas la France dans une France qui ne s’aime pas. Depuis trop longtemps, par naïveté, manque de clairvoyance, déni de réalité, voire collaboration, croyant sauver ainsi, dans le rapport de force engagé par l’islam, la paix civile et sociale, la classe politique n’a cessé de fournir et mettre en place tous les ingrédients, dont la passion de la repentance est une composante essentielle, qui nous empêchent de combattre comme il le faudrait ceux qui veulent nous détruire Mais dans son désir d’en finir avec le masochisme occidental, de se retrouver dans une mémoire collective défendable et de mettre en œuvre une thérapie globale de déculpabilisation, le polémiste franchit parfois la ligne rouge.  Dans Le Suicide français, paru en 2014, le pamphlétaire réhabilite Vichy, soutenant la  « thèse du glaive et du bouclier » : De Gaulle et Pétain auraient campé deux stratégies pour défendre, ensemble mais dans des registres différents, la France face à l’ennemi allemand et nazi.

Pétain a sauvé les Juifs français au détriment des Juifs étrangers. Zemmour fait ici l’impasse sur le caractère général et indifférencié des lois modifiant le statut des Juifs, adoptés par Vichy en octobre 1940 puis en juin 1941.

Vichy n’a en rien sauvé les Juifs, faut-il le rappeler ? La France n’avait pas à livrer les Juifs. Vichy a certes signé un accord selon lequel les Juifs français ne seraient pas déportés. Mais cet accord a été immédiatement violé, et de manière effroyable : 4 000 enfants seront déportés vers les camps de la mort lors de la rafle du Vel d’Hiv.

 

Les meilleurs sentiments justifient les pires déclarations : c’est habité par la volonté de sortir la France de sa rumination morose, des tourments du repentir, et de son sentiment de culpabilité, que Zemmour affirme en octobre 2014, sur le plateau de « On n’est pas couché », l’émission de Laurent Ruquier : « Pétain a sauvé les Juifs français! »

De la même façon, lorsqu’en 2018, Emmanuel Macron indique que l’État français avait instauré un « système » recourant à la « torture » pendant la guerre d’Algérie, reconnaissant la responsabilité de la France dans la disparition du mathématicien Maurice Audin en 1957, Zemmour, indigné, affirme sur RTL :  « Je pense que c’est la longue litanie de nos chefs d’État qui depuis Chirac battent leur coulpe sur le dos du passé, des hommes du passé en faisant repentance du passé de façon assez scandaleuse et je dirai ignominieuse« .   L’homme a été marqué par l’histoire de ses parents, qui ont quitté l’Algérie avec la première vague de rapatriés, passeports français en poche : « la mauvaise conscience » de la France, comme « une plaie jamais cicatrisée », écrira t-il.

« Rien aux juifs en tant que nation, tout en tant qu’individus ». J’ajouterai la réponse du Sanhédrin à Napoléon en 1806 : les Israélites « s’agrègent au peuple français ». Pour moi la laïcité c’est avant tout le devoir de discrétion des religions.

 Par delà son ras-le-bol de voir la France ressasser ses abominations passées, au moment même où, face à la barbarie islamiste, elle devrait défendre les fondements de notre civilisation, comment expliquer que le Juif qui s’est marié à la synagogue des Tournelles avec Mylène Chichportich, une juriste devenue avocate, et qui comme le prescrit la Torah, a deux vaisselles séparées,  une pour la viande, l’autre pour le lait, relativise le rôle du gouvernement de Pétain dans la déportation des Juifs ? Y a-t-il un docteur Eric qui prie à la synagogue, fait les grandes fêtes religieuses, célèbre la bar-mitsva de ses fils, et un docteur Zemmour qui, lui, se retrouve mutatis mutandis sur la même ligne que Charles Maurras, pour qui les quatre « États confédérés », à savoir : les Juifs, les protestants, les francs-maçons et les étrangers (que Maurras appelait « métèques ») représentaient l’anti-France ?

Pour mieux comprendre, nous avons demandé à Eric Zemmour ce que signifiait pour lui sa judéité : Il nous semblerait a priori que vous êtes sur la ligne de Clermont-Tonnerre : une judéité privée, mais qui n’aurait pas d’importance dans l’espace public.

Voici sa réponse : C’est tout à fait cela : « Rien aux juifs en tant que nation, tout en tant qu’individus ». J’ajouterai la réponse du Sanhédrin à Napoléon en 1806 : les Israélites « s’agrègent au peuple français ». Pour moi la laïcité c’est avant tout le devoir de discrétion des religions.  Eric Zemmour regrette la disparition de l’israélite. Malheureusement pour lui, il n’y a plus d’israélites en France. Avec l’épreuve du génocide, l’effort de normalisation des israélites s’est révélé être un pur et simple fiasco. Se proclamer  « Juifs », et non plus « israélites », comme l’a bien vu Alain Finkielkraut dans Le Juif imaginaire, c’est refuser de siéger dans le box des accusés, et de répondre à ce rappel à l’ordre d’une exquise courtoisie  : « Ne soyez pas vous-même des Juifs, ne vous soutenez pas les uns et les autres, n’exhibez pas vos différences, ne donnez jamais prise aux calomnies de vos détracteurs, car, alors, vous décevriez ma confiance, et moi, en cas de crise, je ne pourrais plus rien pour vous.' »

 

A l’été 2014, quand des drapeaux rouge, blanc et vert fleurirent dans l’Hexagone autour de la Coupe de monde de football, Eric Zemmour déclara : « On ne peut pas être algérien et français à la fois. Il faut choisir ».

Peut-être que pour l’israélite qu’il est, on ne peut pas être Juif et Français à la fois, attaché à Israël et en même temps, aimant la France. En ce cas, on pense à la phrase de Marc Bloch dans L’étrange défaite : « C’est un pauvre cœur que celui auquel il est interdit de renfermer plus d’une tendresse. »

Reste qu’à l’heure où un enseignant, en France, est décapité par un islamiste en pleine rue, en pleine journée, qu’au nom de l’antiracisme, des enfants d’immigrés africains veulent débaptiser des rues et démolir des statues, que les nouveaux arrivants montrent chaque jour davantage qu’ils haïssent la France alors qu’on croyait qu’ils étaient venus la rejoindre, que les Juifs religieux n’osent plus porter la kippa dans tous les quartiers de France à forte population musulmane, et que dans beaucoup d’ établissements, où des professeurs juifs sont pris à partie, il n’est plus possible d’enseigner la Shoah, la question qui doit nous tourmenter n’est plus le nazisme allemand défait mais l’islamo-nazisme conquérant.
Dans cette entreprise, plutôt que de penser à nouveau frais le présent selon ses propres termes, les faiseurs de listes noires redoublent de haine contre Eric Zemmour,  le messager de mauvaises nouvelles. Or, force est d’admettre que le penseur nous aide aussi à renouer le fil pour comprendre ce qui survient.

La suite de l’article se trouve dans le prochain numéro d’Israël Magazine

Découvrez un exemplaire du magazine gratuitement et cliquez ensuite sur le rebord droit

https://online.fliphtml5.com/rjspi/mxre/

Votre magazine livré chez vous en toute confidentialité S’abonner au magazine par téléphone ou par whats app 00972 (0) 54 254 45 20 ou au 01 86 98 27 27

Par email  Andredarmon21@gmail.com

directement sur le site https://israelmagazine.co.il/sabonner-au-magazine/

Ou encore S’abonner au magazine livré chez vous en toute confidentialité. Remplir le formulaire

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfPYJfb8KjEya-X17w0DGPAuBlCGvqVUdh_Is8EL810Lxw82A/viewform?entry.1189475001=Recipient_Email

 

https://www.facebook.com/563799703686978/posts/3916028461797402/