Un journal iranien publie pour la première fois le décret de Khomeiny ordonnant le massacre des prisonniers politiques en 1988 en Iran

À la suite de l’intensification des luttes intestines au sein du régime iranien et la candidature à la présidentielle d’Ebrahim Raïssi, un des auteurs du massacre des prisonniers politique en 1988 en Iran, un média d’Etat officiel a publié le texte du décret émis par Khomeiny, le fondateur du régime islamiste, ordonnant le massacre. Les médias du régime ont défendu Ebrahim Raïssi, un membre de la commission de la mort qui a mis en œuvre la fatwa pour le génocide des Moudjahidine. « Si Raïssi a joué un rôle dans l’exécution des Moudjahidine, ce problème est en réalité un avantage pour lui, » a écrit un journal du régime. Celui-ci avait évité jusqu’à présent de publier le décret de Khomeiny, car il s’agissait d’un ordre direct pour commettre un génocide et une élimination massive d’opposants. Toute autorité juridique internationale considérerait sans aucun doute ce décret comme un crime contre l’humanité. Le 18 avril, le journal officiel Afkar a publié un document intitulé, « le programme décisif de Khomeiny pour affronter et exécuter les Moudjahidine ». On peut y lire : « Khomeiny a émis un décret pour protéger le pays et pour anéantir l’OMPI. Cet ordre était en fait un évènement important et décisif. »

 

Selon le site Afkar News, Khomeiny a souligné dans son décret que tous les Moudjahidine emprisonnés s’accrochant à leurs croyances doivent être exécutés.

Ci-dessous la traduction du Afkar News :

« Ceux qui cherchent à remettre en cause les mesures prises en 1988, doivent savoir qu’ils versent dans une trahison équivalente à celle des Moudjahidine qui ont commis des assassinats. Malheureusement, certains individus qui au début de la révolution faisaient montre de radicalité, aujourd’hui, après avoir oublié les idéaux et les valeurs de la révolution, ont opéré une métamorphose et s’attaquent par tous prétextes aux mesures de l’Etat durant la première décennie de la révolution.

Il est de notoriété publique que les crimes des Moudjahidine et des terroristes dévoyés avaient mis en danger la sécurité et la stabilité intérieure du pays (…) Afin de préserver le pays et pour déraciné cette tumeur infecte, l’imam Khomeiny a alors rendu une décision qui est considérée comme l’une de ses décisions les plus décisives et les plus importantes.

Dans sa fatwa, l’imam Khomeiny avait ordonné :

« Etant donné que les Monafeghines (Moudjahidine du Peuple) sont des traîtres qui n’ont aucune croyance en l’Islam, que tout ce qu’ils disent est motivé par leur ruse et leur hypocrisie, que leurs dirigeants ont avoué leur apostasie à l’égard de l’Islam. Etant donné qu’ils sont en guerre contre le Dieu, qu’ils mènent des guerres classiques [contre le régime] dans le nord, dans l’ouest et dans le sud du pays, en collaboration avec le parti Baas irakien, qu’ils font de l’espionnage pour Saddam contre notre nation musulmane. Etant donné qu’ils sont en relation avec l’Arrogance mondiale (2), que dès le début de sa fondation, ils ont porté des coups lâches au régime de la République islamique,

[Il est ordonné ce qui suit :] Tous ceux qui sont emprisonnés à travers le pays et qui persistent dans leur hypocrisie sont condamnés à mort car ils sont en guerre contre le Dieu. Il serait naïf d’être clément à l’égard de ceux qui ont déclaré la guerre à Dieu. L’intransigeance de l’Islam à l’égard des ennemies du Dieu fait partie des principes intangibles du régime islamique. J’espère que votre colère et votre haine révolutionnaire contre les ennemis de l’Islam produiront la satisfaction du Dieu.

Que les Messieurs chargés de prendre les décisions ne fassent preuve d’aucune hésitation, ni doutes, ni atermoiement. Ils doivent s’efforcer à réprimer les mécréants avec la plus grande violence. Faire preuve d’hésitation dans les affaires judiciaires de l’Islam révolutionnaire serait négliger le sang pur des martyrs. » Monsieur Hodjatoleslam Nayyeri, juge de la loi islamique, Monsieur Pormohamadi, représentant du ministère des Renseignements, Monsieur Ebrahim Raïssi, adjoint du procureur de Téhéran, Monsieur Eshraghi, juge de la prison d’Evine, font partis des personnalités citées comme responsable de l’instruction du dossier des Moudjahidine dans les prisons. A l’époque, Moussavi Khou’iniha était procureur général, et Moussavi Ardebili était président de la Cour suprême. [Deux individus qualifiés aujourd’hui de réformiste]

 

Mais il faut savoir que l’exécution de centaines de membres des Moudjahidine et la détermination et la fermeté de l’État contre les actions armées et les terroristes, a eu comme conséquence l’effondrement de la structure de paillasson des Moudjahidine. La stabilité et la sécurité de notre pays a alors été assurée pour plusieurs années.

Avec l’entrée de personnalités et d’acteurs des secteurs judiciaires et sécuritaires des années 1980 dans les activités politiques [actuelles], la question des événements de l’été 88 est venue au-devant de l’actualité. Notamment, la décision de l’ayatollah Raïssi de participer à la présidentielle de 2017, a donné l’occasion à certains de fouiller dans son passé au cours de l’année 1988. Certaines personnes dans le pays ont même cherché, en condamnant les exécutions de 88 et le brandissant comme un crime contre l’humanité, à noircir le dossier de M. Raïssi.

 

Or, les réformistes et les soutiens actuels du gouvernement [Rohani] oublient que les décideurs de l’époque [des exécutions] sont aujourd’hui les pères spirituels du courant réformiste. En effet, les retournements et capitulations idéologiques ont poussé certaines personnes vers un tel degré d’impuissance, qu’ils se permettent aujourd’hui à condamner ou récuser les mesures efficaces de la première décennie de la révolution. Des mesures qu’ils ont eux-mêmes eu un rôle déterminant dans leur mise en œuvre. Ce qui s’est passé au cours de l’été 88 fut une mesure ferme et opportune pour en finir avec les crimes des Moudjahidine. Ses principaux acteurs devraient recevoir une médaille d’honneur pour cela (…) »