Yadine Kaufmann, l’Israélien qui investit dans le high-tech palestinien

Yadine Kaufmann, l’Israélien qui investit dans le high-tech palestinien

Depuis six ans, Yadine Kaufmann multiplie les initiatives pour développer le high-tech palestinien. Ce citoyen israélo-américain est convaincu que favoriser les investissements en Judée pourrait créer les conditions de l’apaisement et d’un dialogue retrouvé au Proche-Orient.

Né à New York, diplômé d’Harvard et de Princeton, Yadine Kaufmann est l’une des personnalités les plus influentes du high-tech israélien. En 1987, il rejoint la direction d’Athena Venture Partners, un fonds de risque israélo-américain et participe depuis 30 ans à l’émergence de la Start-up Nation. “J’ai été l’acteur et le témoin de l’impact de la high-tech sur l’économie israélienne, raconte-t-il. J’ai eu alors pour ambition de créer quelque chose de similaire dans les Territoires palestiniens. Une révolution entrepreneuriale à quelques kilomètres de Jérusalem.” Si l’investisseur est conscient des difficultés politiques, il pense sincèrement qu’un développement économique peut produire des changements sociaux et, peut-être, favoriser la paix. “Je ne pouvais pas créer un fonds d’investissement tout seul explique-t-il, mais j’ai eu la chance de rencontrer Saed Nashef, un palestinien musulman né à Jérusalem qui revenait des Etats-Unis après avoir travaillé pour Microsoft et d’autres compagnies high-tech.” C’est ainsi qu’en 2011, les deux comparses créent le premier fonds d’investissement de la high-tech palestinienne. Basé à Ramallah, il s’appelle Sadara Ventures, “l’avant-garde” en arabe. Un nom de circonstance tant les Territoires palestiniens sont à l’époque un quasi désert technologique. “Au début, tout le monde était très sceptique, avoue Yadine Kaufmann. Des collègues et des amis israéliens pensaient que j’allais risquer ma vie, certains Palestiniens se méfiaient, et la chute de Lehman Brothers avait précipité le monde dans la crise”. Contre vents et marées, Yadine et Saed résistent et lèvent 30 millions de dollars auprès d’investisseurs de premier plan, dont les milliardaires George Soros, le fondateur d’AOL Steve Case, l’ancien président d’eBay Jeff Skoll, ou encore les géants Google et Cisco. La Banque européenne d’investissement fait également partie de l’aventure.

Les entreprises sponsorisées par Sadara emploient aujourd’hui plus de 200 personnes et ont généré des investissements qui s’élèvent à plus de 74 millions de dollars. Son plus grand succès : Freightos, une plateforme en ligne dédiée au transport maritime international. Basée à Ramallah et dirigée par Zvi Schreiber, un anglo-israélien, la start-up vient de lever fin mars 25 millions de dollars. Parmi les autres start-ups financées par Sadara : Yamsafer (service de voyages en ligne), Souktel (Solution digitale) ou encore Webteb (application médicale). Yadine et Saed ont confié qu’ils travaillaient sur une nouvelle levée de fonds dépassant les 30 millions de dollars. Cette capitalisation intervient dans un écosystème beaucoup plus dynamique. Yadine Kaufmann souligne qu’il existe désormais à Ramallah quatre fonds d’investissement et quatre incubateurs. Si de plus en plus de start-ups palestiniennes trouvent des financements, elles souffrent toujours d’un manque d’exposition à l’international.

 

LE NIVEAU DE FORMATION RESTE UN FREIN

Chaque année 200 ingénieurs sortent des universités palestiniennes. Mais beaucoup ne trouvent pas de travail et les meilleurs s’envolent pour l’étranger. C’est pourquoi Yadine Kaufmann a créé en 2014 un programme de stages destiné aux Palestiniens dans les meilleures entreprises internationales localisées en Israël. Une trentaine d’étudiants triés sur le volet effectuent ainsi des stages chez Google, Cisco, Intel ou Facebook. Des missions rémunérées de trois mois qui leur permettent de “voir à quoi ressemble une grande entreprise”, souligne Kaufmann. L’Israélo-Américain espère que dans un futur proche, ces graines d’entrepreneur pourront créer la première start-up palestinienne qui sera rachetée par des compagnies étrangères comme Google ou Facebook, et ainsi attirer l’œil et le portefeuille de nombreux autres investisseurs.

ANTHONY LESME

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