PRESIDENCE TRUMP: CE QUI VA CHANGER AU PROCHE-ORIENT par Guy Milliere

trump-israel-drapeauChronique de Guy Milliere en exclusivité pour Israel Magazine sur son Site Internet et sur sa Page Facebook

Barack Obama est arrivé au pouvoir avec de grandes ambitions pour le Proche-Orient. Il prétendait comprendre le monde musulman et vouloir satisfaire les revendications de celui-ci. Son premier coup de téléphone en tant que Président a été pour Mahmoud Abbas et sa première interview télévisée pour la chaine al-Arabiya. Il a tenu un discours programmatique à Al Azhar au Caire en y invitant les dirigeants des Frères Musulmans. Il a eu de grands projets: précisément, installer les Frères Musulmans au pouvoir dans le monde sunnite, permettre à l’Iran des mollahs de monter en puissance et de réintégrer le concert des nations, obtenir la création d’un Etat palestinien, réduire Israël aux “frontières de 1967”.
Huit années plus tard, les ambitions ont laissé place à un champ de ruines.

Les Frères Musulmans ont pris le pouvoir en Tunisie et en Egypte. Ils l’ont eu un temps très bref en Libye. Ils ont tenté de l’avoir en Syrie. Ils ne l’ont plus nulle part. La Tunisie reste à peu près stable. L’Egypte a été reprise en main par un militaire devenu Président, Abdel Fattah al-Sissi, et a connu des mois de guerre civile. La Libye est en situation de chaos, parcourue par des groupes djihadistes. La Syrie est ravagée par un conflit multiforme qui a fait plus de quatre cent mille morts. L’Irak, qu’Obama a abandonné à l’Iran en retirant toutes les troupes américaines de combat du pays fin 2011, a vu l’émergence d’une autonomie kurde au Nord, et la prise en main de la moitié du pays par une organisation islamo-terroriste nee en territoire syrien et qui a, encore, son fief à Raqqa, une ville qui fut paisible sise sur l’Euphrate. L’organisation est l’Etat Islamique, et si elle recule en Syrie et en Irak, elle n’en est pas moins présente aujourd’hui dans vingt pays du monde, sur trois continents. L’Iran s’est considérablement renforcé et règne sur Bagdad, Damas ou Bachar al Assad a fait allégeance aux mollahs de Téhéran, Beyrouth ou règne le Hezbollah. Les mollahs de Teheran ont quasiment l’arme atomique, car ils peuvent désormais s’en doter en quelques jours. Des milliers de réfugiés sont en Jordanie, au Liban, ou en fuite vers les terres européennes. La Turquie a basculé vers un fonctionnement de dictature islamique. La Russie est venue occuper la position de puissance tutélaire régionale laissée vacante par les Etats-Unis et est l’alliée de l’Iran. Ont échappé à la tourmente l’Arabie Saoudite, et Israël, qui, malgré des pressions, des attaques, des attentats, est parvenu à résister et à ne céder à aucun chantage. La peur suscitée par l’Iran et l’Etat Islamique a même suscité des rapprochements inattendus puisqu’un ambassadeur honoraire saoudien a été envoyé en Israël au mois d’avril dernier, le prince Al-Walid ben Talal.

Les tentatives d’imposer la création d’un Etat palestinien ont échoué quand bien même l’Autorité Palestinienne a obtenu le vote de quelques motions odieuses et antisémites à l’Unesco.

Si Hillary Clinton avait été élue Présidente le 8 novembre, il est très difficile d’imaginer que des changements majeurs auraient eu lieu puisqu’Hillary Clinton a joué un rôle considérable dans la constitution du champ de ruine laissé par Obama: elle a été Secrétaire d’Etat pendant quatre ans et a été associée très directement aux décisions essentielles prises par le Président américain sortant. Dès lors que le prochain Président sera Donald Trump, les perspectives deviennent très différentes, et ce n’est pas du tout un hasard si l’élection de Donald Trump a été accueillie comme une excellente nouvelle par Binyamin Netanyahu, Naftali Bennett, mais aussi par Abdel Fattah al-Sissi. Donald Trump est un ami de longue date d’Israël. Il a une famille juive religieuse sioniste par la conversion et le mariage de sa fille Ivanka à Jared Kushner, entrepreneur juif new-yorkais. Il a pour conseillers concernant le Proche-Orient deux membres importants du Likoud, Jason Greenblatt et David Friedman. Un autre de ses conseillers est Walid Phares, un Chrétien libanais ami d’Israël devenu citoyen américain et qui n’a pas la moindre illusion sur l’islam radical. Un très proche de Donald Trump est Mike Huckabee, ancien gouverneur d’Arkansas, lui-même grand ami d’Israël. Un autre très proche de Donald Trump est Newt Gingrich, qui a déclaré plusieurs fois dans le passé qu’il n’existait pas de peuple palestinien, et qui a dit récemment que les villes et villages juifs de Judée-Samarie (implantations) n’étaient en aucun cas un obstacle à la paix, car l’obstacle est ailleurs. Le Conseiller national de sécurité choisi par Donald Trump, et qui aura un bureau à la Maison Blanche à proximité du bureau présidentiel est le Général Michael Flynn, qui est tout à la fois un ami d’Israël, un ami d’Abdel Fattah al Sissi, et un critique féroce de l’islam radical: c’est même sa férocité envers l’islam radical qui lui a valu de perdre son poste de directeur de la Defense Intelligence Agency (agence de renseignement de la défense), dont il a été chassé par Barack Obama.

Une nouvelle administration va se mettre en place et prendra ses fonctions le 20 janvier.

Elle sera infiniment plus ouverte à Israël que l’administration précédente, ce qui, en soi, n’est pas très difficile. Elle va à nouveau considérer Israël comme l’allié majeur et indispensable des Etats-Unis au Proche-Orient. Elle va cesser les pressions exercées par les Etats-Unis sur Israël au nom d’un processus de paix qui n’a jamais été un processus de paix, et Donald Trump a déclaré lors de sa campagne victorieuse que toute négociation entre Israël et l’Autorité Palestinienne était du ressort du gouvernement israélien, sans que de tierces parties aient à s’immiscer, ce qui n’a cesse d’être le discours de Binyamin Netanyahu. Elle considérera la barrière de sécurité comme un instrument remarquable de lutte contre le terrorisme: c’est ainsi que Donald Trump l’a décrite à de nombreuses reprises et il l’a même citée en exemple lorsqu’il a évoqué le mur qu’il entend mettre en place sur la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Elle va se fixer une ligne directrice en politique étrangère, la lutte contre le terrorisme islamique et l’islam radical, et les principaux conseillers de Donald Trump pensent, pour des motifs très fondés, que l’Autorité Palestinienne contribue au terrorisme islamique et fait partie du problème, pas de la solution. Israël aura donc à la Maison Blanche un allié fiable, et pourra compter sans douter un seul instant sur un veto américain en cas de motion anti-israélienne présentée au Conseil de Sécurité des Nations Unies.
Se fixant comme ligne directrice en politique étrangère la lutte contre le terrorisme islamique et l’islam radical, l’administration Trump se donnera pour priorité l’élimination de l’Etat Islamique en Syrie et en Irak, tout en n’ignorant pas que l’Etat Islamique s’est disséminé ailleurs.

Nul ne peut savoir quels moyens d’actions elle compte utiliser, car Donald Trump n’a cessé de dire qu’il voulait être imprévisible et ne rien révéler de ses plans stratégiques, mais on peut penser que des moyens d’action et une stratégie sont à l’étude. L’administration Trump semble prête à s’accommoder d’un maintien au pouvoir de Bachar al Assad, qu’elle pense préférable à des islamistes et semble vouloir négocier avec la Russie, considérant qu’elle peut être un allié tactique des Etats-Unis pourvu qu’elle se fixe le même objectif que les Etats-Unis: lutte contre le terrorisme et l’islam radical. Selon toute apparence, dans le cadre des négociations avec la Russie, l’administration Trump définira ce qu’elle accepte et ce qu’elle n’accepte pas, et tracera des lignes rouges. Ce qu’elle accepte: la présence de la Russie en Syrie et des bases militaires russes à Tartous et Lattaquié. Ce qu’elle n’accepte pas: la fourniture d’armement militaire russe au Hezbollah au Liban et à l’armée libanaise, la présence du Hezbollah ou de factions iraniennes sur le Golan syrien. Selon toute apparence aussi, l’administration Trump demandera, sur le ton de l’exigence, à la Russie d’exercer des pressions sur le régime des mollah à Téhéran aux fins de modérer les ardeurs anti-israéliennes des mollahs et de cesser aussi de leur fournir des installations nucléaires. L’administration Trump pense avoir des moyens de se faire entendre de la Russie et de mettre en place avec elle des rapports de force efficaces. Donald Trump a dit tout au long de sa campagne que l’accord passé avec l‘Iran en juillet 2015 était catastrophique. Une administration Trump ne pourra revenir sur l’accord et retrouver l’argent versé à l’Iran. Elle ne pourra pas empêcher d’autres pays, dont les pays d’Europe, de maintenir des relations avec l‘Iran. Elle pourra, et, selon toute apparence encore, c’est ce qu’elle fera, rétablir des sanctions américaines contre l’Iran, interdire aux entreprises américaines toute relation avec l’Iran, endiguer militairement l’Iran. Elle va, selon toute apparence encore et toujours, renouer des relations cordiales avec l’Egypte du Président Sissi, avec l’Arabie Saoudite, et encourager le rapprochement de l’Arabie Saoudite avec Israël. Elle va exiger de l’OTAN qu’elle se fixe les mêmes ligne directrice qu’elle-même: lutte contre le terrorisme islamique et l’islam radical.
Avec un Président Donald Trump, les perspectives deviennent très différentes, incontestablement.

Les perspectives vont se faire plus claires et plus précises au fil des semaines à venir. Elles seront positives. Elles ne permettront pas de remédier pleinement et totalement à la terrible situation laissée par Barack Obama. Il est plus facile et plus rapide de détruire que de construire. Elles constitueront néanmoins le début d’un remède, et il sera bel et bon pour Israël d’avoir à nouveau un allié fiable á la Maison Blanche, oui. Donald Trump a annoncé que le premier visiteur étranger qu’il entendait accueillir dans le Bureau Ovale était le Premier Ministre israélien. Binyamin Netanyahu sera, cette fois, reçu avec les honneurs qui lui sont dus.
Guy Milliere

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