RAYMOND Samuel AUBRAC, un grand résistant juif, ‘pas vraiment proche d’Israël’

aubracLe 16 avril 2012, les honneurs militaires étaient rendus dans la cour de l’Hôtel des Invalides au grand résistant que fut Raymond Aubrac. Décédé le 10 avril à l’âge de 97 ans, ce héros de la Seconde guerre mondiale a eu une vie bien remplie. Bardé de diplômes, cet homme a traversé les époques, étudiant aux Etats-Unis, se réfugiant à Londres, voyageant ensuite dans les pays d’Europe de l’Est, au Vietnam, au Maroc. Retour sur un parcours atypique.

Raymond Samuel est né le 31 juillet 1914 dans une famille de commerçants juifs aisés. Ce jour a aussi marqué l’histoire puisque c’est celui de l’assassinat de Jean Jaurès. Son éducation a été très laïque car ses parents n’étaient pas très attachés à la pratique religieuse, et ils l’encouragèrent à poursuivre de prestigieuses études supérieures. Après avoir échoué à Polytechnique, le jeune Raymond réussit à entrer à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées et en sort diplômé en 1937. A cette époque, il fréquente les cercles de pensée communistes, mais paradoxalement, c’est aux Etats-Unis qu’il part terminer ses études après avoir obtenu une bourse. Il étudiera à Harvard et au prestigieux MIT avant de revenir en France en 1939. Il débute alors son service militaire et épouse le 14 décembre, celle qui restera sa femme durant 67 ans, jusqu’à ce que la mort les sépare en 2007, Lucie Bernard. Celle-ci jouera un rôle clef à ses côtés dans la Résistance et lui permettra à deux reprises de s’évader, alors qu’il était prisonnier des Allemands. Le couple n’aura de cesse durant la guerre de s’investir dans la lutte contre les nazis et le gouvernement de Vichy. C’est en entrant dans la Résistance que Raymond prend le patronyme d’Aubrac qu’il conservera tout au long de sa vie. En février 1944, le couple rejoint Londres où Lucie accouchera de son second enfant tandis que les parents et le frère de Raymond seront arrêtés et déportés à Auschwitz dont ils ne reviendront jamais.

Après la guerre, Aubrac va se rapprocher des communistes. Il devient l’ami du chef vietnamien Ho Chi Minh, ce qui lui vaudra d’ailleurs dans les années 1970 d’être son émissaire auprès d’Henry Kissinger durant la guerre du Vietnam. Il fonde aussi un bureau d’études, le BERIM (Bureau de recherches pour l’Industrie Moderne) en association avec trois sympathisants communistes et établit par ce biais des contacts avec plusieurs pays de l’Est. Il développe notamment des relations avec la Tchécoslovaquie, puis s’oriente ensuite vers la Chine. Officiellement Aubrac n’était pas membre du Parti, et certains lui ont reproché d’ailleurs de ne jamais avoir critiqué le PC. En 1958, il quitte BERIM et part s’installer au Maroc pour travailler pendant 5 ans sur le développement des infrastructures et de l’agriculture du pays. En 1964, il part en poste à Rome pour la FAO, l’organisation onusienne responsable de l’alimentation et de l’agriculture.

En 1997, six ans après la mort de Klaus Barbie, un texte écrit par ce dernier est révélé à la connaissance du grand public. Remis avant son décès à son avocat Maître Jacques Verges, ce dossier de 63 pages intitulé « testament de Barbie » présentait Raymond Aubrac comme un agent à la solde du régime de Vichy qui aurait retourné sa veste au cours d’une arrestation. Selon Barbie, Lucie Aubrac était l’agent de liaison qui le renseignait sur les activités de la Résistance et aurait ainsi permis l’arrestation de Caluire le 21 juin 1943 où sept résistants dont Jean Moulin et Raymond Aubrac ont été pris par la Gestapo de Lyon dirigée par Barbie. Aucun document d’archive n’a jamais permis d’étayer cette thèse, mais des historiens se sont interrogés sur la question de savoir pourquoi Aubrac n’avait pas été transféré à Paris comme ses autres camarades. Quoiqu’il en soit, la polémique s’est éteinte faute de preuves.

Raymond Aubrac ne soutenait pas la politique israélienne

Au cours de ces dix dernières années, on ne peut pas dire que Raymond Aubrac s’est posé en défenseur de l’Etat d’Israël. En Juillet 2003, Raymond Aubrac a participé à l’appel lancé par « Une autre voix juive », un collectif qui regroupe des personnalités juives qui soutiennent le peuple dit palestinien. La page d’accueil du site UAVJ ne laisse pas de doute sur les orientations anti-israéliennes de ce groupe. Voici ce qu’on peut y lire :

« Parce que nous ne pouvons pas supporter l’horreur devenue quotidienne au Proche-Orient.
Parce que quelques institutions et quelques hommes publics monopolisent abusivement l’expression des Français juifs.
Parce que nous rassemble une certaine idée de l’humanité.
Parce que, devant les répercussions en France du conflit du Proche-Orient, la résurgence de l’extrême droite, et la recrudescence d’actes antisémites, nous sommes amenés à revendiquer publiquement la part juive de notre identité personnelle. »Dans un communiqué en date du 14 avril dernier réagissant à la mort de Raymond Aubrac, UAVJ rappelait d’ailleurs que « Raymond Aubrac a contribué à assurer de son prestige moral la diffusion des positions en faveur d’une paix qui respecte les droits nationaux des peuples du Moyen-Orient, ceux du peuple palestinien, niés depuis 1948, et ceux du peuple israélien. Pour Raymond Aubrac, ces droits ne pouvaient être assurés de façon durable qu’avec la pleine souveraineté du peuple palestinien, dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem Est comme capitale. Raymond Aubrac, avec Une Autre Voix Juive, ne séparait pas la question de la paix de la mise en œuvre, dans des conditions négociées, des résolutions de l’ONU, dans tous les domaines, y compris celles concernant le droit des réfugiés… »

Aubrac était aussi adhérent de l’UJFP, l’Union Juive Française pour la Paix. En 2006, il avait lancé un appel contre les frappes israéliennes au Liban dans les journaux Libération et l’Humanité. Dans un communiqué, l’association lui rend d’ailleurs hommage en ces termes : « Raymond Aubrac, notre camarade, adhérent depuis 2002 de notre association, prenait inlassablement position contre le racisme et les discriminations, et n’hésitait pas à faire référence à sa judéité dans la défense des peuples contre l’oppression, et notamment du peuple palestinien, comme lors de son voyage retracé dans le film d’Abraham Segal « témoin pour la paix » effectué à Gaza en 2003 avec, parmi d’autres, Stéphane Hessel, Elias Sanbar ou Michel Warschawski… »Ici aussi, le site Internet ne laisse planer aucun doute sur ses orientations anti-israéliennes, on y parle « d’Israël état voyou » suite au refus d’accueillir les militants pro-palestiniens et on peut aussi y lire des appels à rencontrer Salah Hamouri, le franco-palestinien qui avait projeté d’assassiner le Rav Ovadia Yossef. Cette association était présente sur le stand BDS (qui appelle au boycott des produits israéliens) au salon des musulmans de France qui s’est tenu au Bourget début avril 2012.

En 2007, il était aussi devenu membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, un tribunal d’opinion finalement fondé en 2009 et dont le but est de « mobiliser les opinions publiques pour que les Nations Unies et les Etats membres prennent les mesures indispensables pour aboutir à un règlement juste et durable de ce conflit »

On comprend mieux pourquoi aujourd’hui, de nombreux sites Internet pro-palestiniens rendent aussi hommage à Raymond Aubrac en tant que héros de la cause palestinienne. Cependant, interrogé l’an dernier par une journaliste sur le livre de Stéphane Hessel « Indignez vous », il avait déclaré « être surpris du succès du livre » et pensait qu’en abordant le sujet d’Israël et de la Palestine, il avait crée une « polémique inutile ».

A 97 ans, Raymond Aubrac était toujours un militant près à épouser les causes qui lui semblaient justes. Le 14 juillet 2011, il n’avait pas hésité à prendre la parole à la Bastille pour protester contre la politique sécuritaire du gouvernement Sarkozy qu’il accusait de « dresser depuis un an les français les uns contre les autres ». Il ne faisait aucun secret de son soutien à François Hollande pour les prochaines élections présidentielles Conformément à ses souhaits, Raymond Aubrac a été incinéré et ses cendres ont rejoint celles de Lucie à laquelle il avait lié son destin depuis 1939. Ils reposent désormais ensemble au cimetière de Salornay sur Guye en Saône et Loire.

 

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