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Des pierres sur les chemins d’Israël, les fruits de la mémoire

sur les cheminsIls sont escarpés les chemins d’Israël. Ils serpentent entre les rochers, les rubans de lande, les broussailles. Souvent, des escaliers sont taillés dans la pierre. Ils résistent à la corrosion, aux vents du nord, aux escapades de ceux qui aiment la nature, l’âpreté de sa condition de sauvageonne aux pieds nus. La terre est souvent dénudée, pudique mais dénudée. Elle enfante chaque jour, et chaque heure qui nait est un défi à relever, un envoûtement. Elle est pétrie de son âme juive, celle qui fait pleurer les violons et se réjouir les tambourins.

Par Yaacov Ben Denoun pour Israël Magazine.

C’est ici, entre le Jourdain et la mer qu’elle a grandi, couru, chanté, dansé. C’est ici qu’elle est revenue. Pour le Rav Ouri Cherki, directeur de la section israélienne de  l’institut (talmudique) Mahon Meïr de Jérusalem et du  Berith Olam, le Centre Noachide Mondial, le judaïsme n’est pas défini, contrairement à ce que l’on pourrait penser, par des caractéristiques religieuses mais politiques. C’est avant tout une “nationalité” et non une “religion”.

Pour ce disciple du Rav Kook et de Manitou, récemment éprouvé par la disparition de son fils Chalom Yohaï dans un attentat à la voiture bélier à Jérusalem, le lien entre le peuple d’Israël et sa terre, n’est pas directement inspiré par la seule quête de résidence ou par un renforcement identitaire. C’est dans la matérialité du domaine politique que se construisent, que s’élaborent, les éléments d’une morale et d’une pensée juive, qui créeront des ramifications dans tous les segments de notre activité.

Pour lui : « L’alliance contractée entre Dieu et Israël est une alliance de type politique. C’est sur la base de cette indépendance politique qu’interviennent la Torah, les Mitsvot, et tout ce qui donne un sens à notre vie. Le fait d’être revenu en Erets Israël, d’avoir retrouvé cette indépendance, nous permet finalement, après une trop longue interruption de retrouver les conditions naturelles de l’action du peuple d’Israël. »

C’est dire la place qu’occupe la célébration de Yom Haatsmaout dans le calendrier juif, cautère pour amoindrir les rigueurs d’une période dédiée au deuil des 24 000 élèves de Rabbi Akiva, et préparer les conditions d’une délivrance proche, prolongation de celle qui a fleuri à tous les vents le 5 mai 1948.

Mais cette incidence politique et ce référencement méta historique, vont au-delà de la séquence des éphémérides. Il s’agit d’une permanence, d’une exigence maintenue sous le boisseau durant des centaines et des milliers d’années, et qui resurgit aujourd’hui, parmi des racines retrouvées et des pierres qui hier encore servaient à édifier des autels, des murailles, des murets ou des temples.

C’est dire si les lieux de la terre d’Israël portent en eux une symbolique forte, et particulièrement au cœur de l’Israël biblique, lovés entre les terres de Yéhouda, d’Ephraïm, de Benyamin ou de Samarie.

Les villes de la région de Benyamin sont décrites dans le chapitre 18 du livre de Josué (versets 21-28) : « Et les villes de cette tribu (Benyamin), réparties entre ses familles, étaient, Jéricho, Beth Hogla, Emek-Keçis ; Beth-Aaraba, Cemaraïm, Béthel ; Awim, Para, Ofra, Kefar-Amona, Ofni et Ghéba : douze villes avec leurs bourgades. Plus Gabaon, Rama, Beerot, Miçpé, Kefira, Moça, Rékem, Yirpéël, Tareala, Cèla, Elef, Jébus, c’est-à-dire Jérusalem, Ghibeath, Kiryath, quatorze villes avec leurs bourgades. Tel fut le patrimoine des descendants de Benyamin, selon leurs familles. » 

Dans le livre du prophète Néhémie (11-31) il est dit que « les descendants de Benyamin occupaient en partant de Ghéba, Mikhmach, Aïa, Bethel et ses dépendances : Anatot, Nov, Ananaia ; Haçor… »

mont hatsorHatsor

Haçor ou Hatsor s’appelle aujourd’hui Tell ‘Asur, et est situé à 8 km au nord-est de Bethel. C’est la plus haute montagne de Samarie, et elle culmine à 1016 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle marque la frontière entre la Judée et la Samarie dont les sommets sont Silwad à l’Est et Ofra au nord. Selon les manuscrits de la Mer Morte retrouvés à Qumrân, c’est à Hatsor que D.ieu scella avec Abraham l’ “alliance entre les morceaux” qui annonçait l’esclavage en Egypte du peuple juif, sa libération, et promettait la terre d’Israël à ses descendants (Genèse 15-18). De ce mont on peut voir la Mer Méditerranée, la Mer Morte, le Néguev au Sud, Jérusalem, le mont Hermon au Nord, toute la terre d’Israël, en ce point où le ciel a rendez-vous avec les mondes d’En-haut.

Ghéba

Géva ou Ghéba, figure dans le livre de Samuel 1(ch 13-16) : «  Saül vint s’établir à Ghéba de Benyamin, avec son fils Jonathan et l’armée qui était sous leurs ordres, tandis que les Philistins étaient campés à Mikhmach ». Plus loin est décrite l’attaque menée par Jonathan contre un avant-poste des Philistins. Il emprunta un chemin entre deux falaises : (14-4) : « … une pointe de rocher s’élevait d’un côté, et une pointe de rocher de l’autre, l’une appelée Botsets, l’autre Séné. L’une était située vers Mikhmach au nord, l’autre au midi vers Ghéba… » Ces falaises existent toujours. L’implantation juive de Mikhmach est située face au village arabe de Mourmass, tandis que Géva fait face au village arabe de Djaba. Au 6ème siècle les musulmans se sont installés sur les lieux même où les juifs qui y résidaient avaient été chassés, d’où l’homonymie entre les noms des villages juifs et ceux donnés par les résidents arabes.

le site le songe de JacobBethEl
Dans la Genèse (35-6) il est écrit : «  Jacob arriva à Louz (qui est dans le pays de Canaan), la même que Béthel, lui et tous ceux qui l’accompagnaient. Là il dressa un autel, et il appela l’endroit El-Beth-El, car là les puissances célestes lui étaient apparues comme il fuyait à cause de son frère (Essav). Déborah, nourrice de Rivka, étant morte alors, fut enterrée au-dessous de Béthel, au pied d’un chêne qui fut appelé le chêne des pleurs. »

C’est en ce lieu (Genèse 28-12) que Jacob rêva : « Il arriva dans un endroit … il prit une des pierres de l’endroit, en fit son chevet, et passa la nuit dans ce lieu… Une échelle était dressée sur la terre, son sommet atteignait le ciel, et des anges montaient et descendaient le long de cette échelle. Puis l’Eternel apparaissait au sommet et disait : Je suis l’Eternel le Dieu d’Abraham ton père et d’Isaac ; cette terre sur laquelle tu reposes, je te la donne à toi et à ta postérité… »

Larbre de DeborahC’est alors que la réalité dépasse le conte, et que les éléments trouvent une correspondance à l’endroit même des pérégrinations de Jacob mais plus encore dans les consciences émerveillées de ceux qui voulaient voir les promesses se réaliser. Il existe en effet, au nord du Beth El actuel, un endroit appelé “Lieu antique : le rêve de Jacob”. Fantasmagorie, auto suggestion, histoire, le savons-nous vraiment ?

Une pierre est incluse dans le sol, et tout près de là se trouve le chêne de Déborah. Le lieu a paru si empreint de sainteté qu’une mosquée et une église, désormais en ruines, ont été construites dans le périmètre.

C’est Jacob qui vient à nous, avec pour présent, au cœur de ses mains notre mémoire, nos traditions, notre héritage.

Pisgat Zeev

A quelques mètres de Gheba on peut voir le quartier de Pisgat Zeev qui a été construit dès 1982.

Mais la région de Pisgat Zeev est ancienne, peuplée depuis très longtemps déjà. Elle était située sur la route qui reliait Jérusalem à Naplouse (Nabius-Shrem) et La Galilée. C’était une zone agricole considérée comme une des greniers à blé de l’antiquité, depuis 1200 avant notre ère jusqu’à la destruction de Jérusalem par les babyloniens en 587 avant notre ère. Les nombreux vestiges liés à la production de vin et d’huile d’olive, découverts ça et là, permettent de penser que c’est Pisgat Zeev qui fournissait en huile et en vin les prêtres qui assuraient le service du Temple.

A l’ouest de Pisgat Zeev se trouve la colline de Tel el Ful (visible depuis Géva) qui correspond, d’après les archéologues, au lieu décrit dans le livre de Samuel comme étant Guivat Shaül, la capitale de la tribu de Benyamin.

Le retour vers la terre d’Israël est loin d’être anecdotique. Il dépasse la simple contingence des faits et des opportunités. Il est relié à l’essence du peuple juif. C’est sur sa terre qu’Israël peut être souverain, indépendant, fidèle à la parole donnée, à ses engagements. Tous les commandements prennent alors du sens, une résonance particulière.

Les noms sont des racines, les racines portent des noms. Ces derniers nous engagent à l’exigence, à la rigueur, à la responsabilité. Nous ne sommes plus des témoins, nous avons la pleine possession de notre destin entre nos mains. Nos espoirs ont du relief, nos espérances portent la couleur bleue du ciel.

Les visées messianiques, les rêves à l’emporte-pièce, ne doivent pas nous éloigner de nos réalités, de la lente avancée du temps, de l’édification de nos aspirations. Les passages du Tanakh, de la Bible, ne sont là que pour nous connecter à notre patrimoine (pour étirer les fils d’ADN de nos cellules et dresser la cartographie génétique de notre attachement à Dieu), à notre vocation, à notre terre. Ces notions dépassent la seule pratique religieuse qui n’est plus centrale mais relève d’une cohérence à trouver.

Être juif c’est avoir de la mémoire et la transmettre. Nos pierres sont notre mémoire, nos arbres sont notre mémoire, nos chemins sont notre mémoire. Être juif c’est se priver de la tentation de l’oubli, c’est avancer et prendre date. C’est aussi donner du mérite à chacun de nos pas, profiter d’un éternel sursaut de joie et faire de la moindre lumière un désir de gourmandise.

« Les justes possèderont la terre et ils y habiteront pour toujours. »

 1/ Qui a pour ambition de rapprocher tous ceux qui, non juifs,  de par le monde, sont en quête d’une spiritualité authentique et se tournent vers Israël et sa Torah, et se réunissent autour de la seule nécessité d’appliquer les 7 lois noahides qui définissent une éthique du comportement garante de spiritualité : l’obligation d’établir des institutions judiciaires, l’interdiction du blasphème du Nom divin, l’interdiction de l’idolâtrie, l’interdiction du meurtre, l’interdiction de l’adultère, de l’inceste, de l’homosexualité et toute forme de débauche, l’interdiction du meurtre, l’interdiction de consommer de la viande arrachée à un animal vivant.
 2/ Psaume 37-29

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