fbpx

Marcus Klingberg : Le Dernier espion

Klingberg avec Wanda, sa femmePar André Darmon.

Abraham Marek Klingberg, qui est mort la semaine dernière était un scientifique israélien considéré comme un maître espion du KGB. Il était plus connu sous le nom de Marcus A. Klingberg et était sorti de sa cellule d’Ashkélon en 2003 après avoir purgé 20 ans de prison pour espionnage au profit de l’Union soviétique.

Marcus Klingberg est né en 1918, et il a donc vécu toute la Seconde guerre mondiale, s’est engagé auprès des forces russes, a combattu les Allemands, est devenu officier puis l’un des épidémiologistes les plus en vue, en Russie et en Pologne. Issu d’une famille juive polonaise religieuse, il abandonne la religion de ses pères et de ses grands-pères rabbins pour embrasser le communisme, la seule idéologie, selon lui, qui combat vraiment le nazisme et qui ait donné de l’espoir aux peuplades en fuite dans l’Europe agonisante. En 1939, les nazis envahissent la Pologne et le père de Marcus, qui habite Varsovie, sous contrôle nazi, sent poindre la catastrophe à venir d’autant qu’un officier nazi lui confie : « Tous les Juifs de Pologne vont disparaitre.» Il demande alors, pressant, à son fils de s’enfuir : « S’il y en a un qui doit survivre, c’est toi. Pars. » Le jeune homme âgé de 21 ans gagne l’URSS de Staline ou il devient médecin dans des conditions restées confuses.

A la fin de la guerre, sa famille ayant péri à Treblinka en 1943, Marcus Klingberg retournera en Pologne, se mariera avec Wanda, s’installera en Suède avant de faire son Alya en pleine guerre israélo-arabe de 1948-1949. Le jeune médecin travaillera comme chef de médecine préventive au commandement des services de santé et finit alors la guerre d’Indépendance avec le grade de lieutenant-colonel. Quand sa fourberie sera décou­verte, seule sa retraite d’officier lui sera conservée.

Alya téléguidée ?

Le premier mystère qui caractérise son parcours procèdera justement de sa décision de venir de s’installer en Israël alors que ce n’est ni le Judaïsme ni le sionisme qui psalmodiaient son existence. On a du mal à admettre d’emblée son entreprise, sans concevoir qu’il n’y a eu anguille sous roche, anguille qui prendrait la forme d’un espion dormant russe téléguidé intelligemment, qui aurait pris la nationalité israélienne, bénéficiant, puisqu’il est juif, de la loi du retour. Alors que même son épouse toute fraîche n’y croit pas plus que lui. Pendant toute la lecture du livre, nous n’arriverons à nous départir d’une certaine antipathie pour cet homme qui affirme faussement naïvement qu’il ne travaille pas pour l’argent, qu’il ne trahit pas Israël mais qu’il sert une idéologie bienveillante. Même les crimes avérés de Staline après l’avènement de Khrouchtchev n’arriveront à le faire douter de la cruauté antisémite du petit Père des peuples. Le même Staline qui fera exécuter 4000 officiers polonais dans la forêt de Katyn, qui mettra la responsabilité sur les nazis et affirmera à des délégations polonaises, sans sourciller, vouloir faire toute la lumière sur ce meurtre de masse.

Armes chimiques et bactériologiques

Marcus Klingberg est nommé, dans les années 50, alors que la guerre froide faisait rage, directeur scientifique adjoint de l’Institut ultra-secret de recherche biologique de Ness Ziona, dont la Russie pense qu’il est utilisé par Israël pour fabriquer des armes chimiques et bactériologiques. Israël ne ratifiera jamais le traité qui interdit les armes chimiques (la Convention sur les armes biologiques de 1972), mais selon Le Nouvel Observateur du 6 janvier 1994, « au moins 43 types d’armements non conventionnels, des virus aux toxines de champignons en passant par les bactéries et les poisons de synthèse » y auraient été expérimentés. Les Américains avaient alors accusé les Soviétiques d’avoir violé les traités de contrôle des armements en utilisant une nouvelle arme chimique connue sous le nom de pluie jaune. Des échantillons de l’arme des champs de bataille de l’Asie du sud et de l’Afghanistan plus tard étaient censés contenir une toxine mortelle produite par le champignon Fusarium. Les Sovié­tiques avaient énergiquement réfuté l’accusation. Klingberg, lui, était un expert des effets de la toxine Fusarium et il est cohérent de supposer qu’à Ness Ziona, Klingberg qui dans les faits était le véritable directeur du centre, a eu accès à ces secrets que les Soviétiques recherchaient. Les scientifiques de Ness Ziona publieront des chroniques confirmant au fil des ans leur avan­cée sur la recherche sur les gaz neurotoxiques, comme le tabun, sarin et le VX, les agents incapacitants et les médicaments psychotropes, comme le LSD. Les chercheurs ont également étudié comment les insectes pouvaient transmettre la peste, le typhus et la rage. Klingberg a toujours affirmé que la pluie jaune n’était que de la pure désinformation des services secrets américains. Klingberg sera interrogé à deux reprises par le Shin Beth sur des soupçons d’espionnage pour Moscou: une fois en 1965 puis en 1976. Libéré à chaque fois, même si lors d’un passage à un test de détecteur de mensonges il semble échouer et fait une crise cardiaque, semble-t-il à cause de l’angoisse d’être découvert. En 1981, Klingberg disait qu’il sentait soudain l’étau d’Israël « se resserrer autour de son cou.» Son téléphone faisait des bruits étranges, se plaindra-t-il. La surveillance a continué jusqu’en 1982.En 1983, Klingberg devait se rendre en congé sabbatique en Europe mais il sera arrêté en janvier. Alors âgé de 64 ans, Klingberg est condamné à la peine maximale de 20 ans de prison. Marcus Klingberg passera les 10 premières années à l’isolement sous un faux nom, Abraham Grinberg, et une fausse profession – éditeur d’un journal en sciences sociales. Après sa libération de sa geôle d’Ashkelon ou il se liera d’amitié avec un autre espion célèbre et haï, Mordehaï Vanounou, l’espion de l’atome, Marcus Klingberg, 96 ans, refusera toujours de répondre aux questions : «Je n’ai pas le droit de parler de la nature de mon travail à l’institut Ness Ziona. C’était la condition pour laquelle on m’a autorisé à quitter Israël en 2003 après la fin de ma détention.» On tentera bien d’échanger Klingberg pour d’anonymes «espions américains» stationnés en Russie. Mais Israël exige un Israélien, Ron Arad, le navigateur israélien tombé entre les mains du Hezbollah. On suggère d’éten­dre l’échange et d’inclure Jonathan Pollard, l’officier du renseignement de l’US Navy, condamné à la prison à vie en 1986 pour avoir transmis des secrets militaires à Israël, et deux soldats israéliens qui avaient été tués lors de l’invasion du Liban et dont les dépouilles étaient restées au Liban. Le marché échoue.

Klingberg décoré par l’URSS !!!

Klingberg recevra l’Ordre du Drapeau Rouge du Travail, la décoration la plus importante de l’Union soviétique après l’Ordre de Lénine. Se pourrait-il que les choses qu’il est censé avoir connues puissent être liées à sa connaissance de Fusarium et, par conséquent, au mystère de la pluie jaune ?

Interrogé par l’Observer, Klingberg souriait à cette pensée. « Je ne sais tout simplement pas ce que je suis censé savoir que je ne sais pas.» Selon le Malmab, (un des services secrets israéliens) son esprit contient des informations dont il n’a pas connaissance. Klingberg écrit dans ce livre, pauvre littérairement, qu’il croyait que les secrets d’armes de destruction massive se devaient d’être partagés entre les grandes puissances car ils seraient ainsi moins susceptibles d’être utilisés et plus susceptibles d’être interdits. Il devinait qu’il avait une dette envers les Russes qui l’avaient sauvé des nazis. Yédiot écrira que Klingberg, tout simplement, était dupe. « Un Israélien qui a soutenu les Russes au début des années 1950 était ingénu. Un Israélien qui leur fournissait des secrets dans les années 60 et 70 était un fourbe.» Trois décennies plus tard, les États-Unis maintiennent leur accusation contre les Soviétiques, que les Russes rejettent. «La CIA a écrit son histoire officielle de la pluie jaune, mais refuse de déclassifier», dira-t-il.

Klingberg a aujourd’hui 97 ans et il vit tranquillement à Paris. Son petit-fils est Conseiller de Paris sous l’étiquette… communiste.

Abonnez-vous dès maintenant à Israël Magazine papier en cliquant ici
ou par mail : darmon7@gmail.com ou par Tél : 03 562 2500 ou 054 254 45 20
ou de l’étranger au 01 83 62 65 20 – Fax : 03 562 2700

Vous pouvez aussi acheter Israël Magazine dans notre boutique en cliquant ici

Ou consultez Israël Magazine Virtuel en ligne en vous inscrivant ici :
magazine-virtuel/join-us

 

more recommended stories

Israelmagazine tous droits réservés Powered by Awebdesign4u.com
Réinitialiser le mot de passe
Veuillez entrer votre email. Vous allez recevoir votre nouveau mot de passe par email.