Lettre ouverte ​au​ CRIF

Lettre ouverte ​au​  CRIF
Monsieur le Président,Vous avez présidé le 32è dîner annuel du CRIF qui se veut être un rendez-vous et un moment d’échange entre la République et les instances représentant les Juifs de France. A ce titre, vous avez jugé bon de ne pas inviter les personnalités politiques se situant aux extrémités de l’échiquier politique ou véhiculant un discours de haine vis-à-vis d’Israël. Nous nous en félicitons.
Nous pensons cependant que cet exercice a atteint ses limites parce que la médiatisation de cet événement profite moins aux messages émanant du CRIF et des Juifs de France qu’aux politiques qui disposent d’une tribune et dont les paroles bienveillantes ou amicales sont souvent démenties par les faits et la duplicité de la politique. Tel a été le cas, par exemple, de la position de l’ancien Premier Ministre, M. Manuel Valls pour qui « la France sans les Juifs de France ne serait pas la France » et dont le gouvernement a fait la politique du BDS (étiquetage des produits israéliens), a reconnu la Palestine sans aucune contrepartie sur la renonciation au terrorisme, tout en stigmatisant Israël comme cause de tous les problèmes au Proche-Orient. Ou encore du Premier ministre actuel, M. Bernard Cazeneuve, qui, s’il n’avait été en déplacement à l’étranger, aurait compté au nombre de vos invités, lui qui affirmait, en juillet 2014, en marge d’une manifestation pro-Gaza qu’il avait lui-même interdite et où ont été scandés des propos antisémites, qu’il aurait manifesté s’il n’avait pas été ministre. Et que penser des propos tenus durant cette soirée par le Président de la République sur l’obscurantisme ou sur l’amitié de la France avec Israël ? L’amitié s’apprécie tout particulièrement dans l’adversité, et, à la lumière de la position française durant la dernière guerre d’Israël avec Gaza ou lorsque la France apporte sa voix aux résolutions révisionnistes et obscurantistes de l’Unesco niant le caractère juif de Jérusalem, nous comprenons parfaitement ce qu’il en est réellement.
C’est pour répondre à cette schizophrénie que notre association, Israël Is Forever, a vu le jour l’année dernière. Nous pensons en effet qu’Israël doit être un Etat fort, pour lui-même et pour les Juifs de Diaspora, et que tout affaiblissement d’Israël contribue à fragiliser la position des Juifs de France et à les désigner comme cibles. Comme vous le savez, tout le quinquennat qui s’achève a été un grand écart politique (et électoral) permanent entre une ligne économique sociale-libérale et une idéologie d’extrême-gauche, qui se drape dans la sacralisation du devoir de mémoire et la compassion pour les Juifs morts durant la Shoah pour mieux réfuter les accusations d’antisémitisme dont elle est, à juste titre, l’objet. C’est d’ailleurs très logiquement le candidat représentant le mieux cette idéologie islamo-gauchiste qui a été investi dans la primaire de gauche. C’est cette même idéologie qui, même si elle n’en a pas l’exclusivité, est à l’oeuvre dans les attaques actuelles répétées contre Israël, contre la cacherout ou contre la circoncision. Cette même idéologie qui se retrouve dans le boycott de produits israéliens ou dans des documentaires historiques révisionnistes à la télévision, pour nier la légitimité de l’Etat d’Israël. Cette même idéologie qui rend actuellement impossible la coopération universitaire
entre la France et Israël. Cette même idéologie qui est véhiculée par une grande partie de la presse pour

​ faire de la désinformation volontaire. Cette même idéologie qui inspire une justice ultra-politisée qui est capable d’abandonner, il y a quelques jours seulement, la circonstance aggravante d’antisémitisme dans la violente agression d’un couple juif à Créteil, en contradiction évidente avec les preuves établies.
Cette même idéologie qui est à la manœuvre pour poursuivre en justice des écrivains, des philosophes,​ ​
des chercheurs sous l’accusation fallacieuse d’incitation à la haine raciale ou d’islamophobie, quand leurs travaux ne relèvent que de leur liberté de recherche et alors qu’il ne revient pas à la justice, c’està-dire au législateur ou au juge, de s’arroger le droit de dire la vérité scientifique ou historique. C’estenfin au nom de cette même idéologie qu’une certaine presse a importé une vision biaisée du conflit

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israélo-palestinien, il y a vingt ans, pour en désigner les coupables : les Juifs en Israël, et leurs

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complices : les Juifs de France. C’est bien de cette idéologie islamo-gauchiste dont se réclament tousceux qui, depuis dix ans, tuent des Français Juifs pour ce qu’ils sont. Même si nous n’ignorons pas les débats internes au CRIF, comment vous dire, Monsieur le Président, à quel point nous sommes déçus de la tiédeur et du manque de pugnacité de certaines des positions du CRIF ? Comment vous dire à quel point nous nous sentons peu et mal représentés par le CRIF lorsque des officiels israéliens, qui sont parfaitement dans leur rôle, appellent les Juifs de France à faire leur alya, en raison du climat d’insécurité, mettant aussi les autorités françaises face à leurs responsabilités et à l’hypocrisie de leur double langage ? Alors que 5% de la communauté juive de France a fait son alya durant ce dernier quinquennat – chiffre certes faible, mais pas marginal –,comment pouvez-vous ignorer que tous les éléments factuels évoqués plus haut dessinent les contours d’un antisémitisme institutionnel, alors que pouvoirs et contrepouvoirs partagent la même idéologie et les mêmes positions ?

Profondément attachés à nos racines séculaires et aux racines de la France, à la culture, à l’histoire, à la littérature françaises, bref au génie français, nous, Juifs de France, avons le devoir d’être vigilants et de ne pas être amnésiques. La grande leçon que nous devons retenir de notre histoire, c’est que les pessimistes qui se sont défiés d’un pays où prévalait une idéologie antisémite et où s’effondraient la démocratie et la civilisation, ont perpétué leur identité et leur spécificité juives ; les optimistes ont fini à Auschwitz.
Nous vous souhaitons ainsi qu’au CRIF d’avoir la clairvoyance de le comprendre avant qu’il
ne soit trop tard.
Israël Is Forever Alsace
1a, rue René Hirschler
F-67000 Strasbourg

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