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Les Juifs d’Italie - Israel Magazine
Synagogue de Florence

Là où la présence de Juifs est attestée, aux différences entre les traditions locales s’ajoutent des différences relatives à l’attitude empruntée dans le passé à l’égard des Juifs. Une grande partie de l’Italie méridionale et de la Sicile — splendides centres juifs au Moyen âge — perdit ses communautés juives au XVIe siècle, pendant la domination espagnole. Les Juifs furent mis à l’écart de la plus grande partie de la Lombardie pendant plus d’un siècle, jusqu’à 1714, quand les Autrichiens succédèrent aux Espagnols.

Par Enzo Scotto.

Certains Juifs descendent des Juifs qui vécurent en Italie à l’époque de l’Empire romain. D’autres sont des Juifs ashkénazes qui, surtout au XIVe siècle, quittèrent l’Allemagne pour l’Italie. Au cours de ce siècle, les Juifs français abandonnèrent la France, et à la fin du XVe siècle et au cours du XVIe eut lieu l’émigration sépharade de l’Espagne et le retour au Judaïsme des marranes d’origine espagnole. Les contacts avec l’Orient ont toujours existé, particulièrement à Venise et en Italie du Sud, tant qu’il fut permis aux Juifs d’y demeurer. D’autres Juifs, dans la seconde moitié du XVIe siècle provenant de pays musulmans, furent attirés par le nouveau port franc de Livourne, qui pendant deux siècles, fut la ville où les Juifs vécurent mieux que partout ailleurs. Il s’y développa ce style juif particulier que l’on retrouve dans les livres d’Elia Benamozegh et dont les peintures de Modigliani témoignent aussi. Différents par leurs rituels et souvent séparés par des conflits d’intérêt, les Juifs d’Italie ne furent pas, toutefois, divisés par des différences linguistiques majeures comme leurs concitoyens chrétiens.

La situation linguistique de l’Italie était déjà complexe en soi. Ce que nous appelons italien fut avant tout une langue écrite jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le peuple s’exprimait selon les différents dialectes, et les Juifs parlaient le même dialecte que les autres habitants du lieu. Les Juifs vénitiens parlaient et parlent encore le vénitien, et les Juifs piémontais, le piémontais. La vie du ghetto favorisa certaines particularités. Dans le dialecte des Juifs piémontais, on trouvait des mots yiddish importés par des Juifs ashkénazes – les Ottolenghi, les Treves, les Diena, qui tinrent un rôle important dans l’histoire italienne récente.

Ce qu’il faut retenir c’est le petit nombre des Juifs italiens, au cours des derniers siècles. 30 000 Juifs au début du XIXe siècle, en comptant les Juifs de Trieste qui dépendait de l’Autriche, et ceux de Nice, qui devint française en 1859. Avant la dernière guerre, on en dénombrait 50 000. Dix mille furent assassinés par les fascistes et nazis et six mille Juifs émigrèrent pour ne plus revenir. Le pourcentage des conversions fut élevé. Parmi les convertis, le grand rabbin de Rome, Israël Zoller, baptisé à Rome en 1945. Si la population actuelle oscille entre 30 000 et 35 000 Juifs, c’est parce que l’émigration de Libye et des pays de l’Est, a accru la population juive originelle. La grande partie des Juifs est aujourd’hui concentrée dans de grandes villes. Une grande partie des anciennes synagogues, de celles qui existent encore, sont vides.

Petites communautés

Dans le Piémont, à côté des synagogues italiennes sépharades et ashkénazes, il y avait trois petites congrégations d’Asti, Fossano et Moncalvo qui préservaient un rituel médiéval français avec son propre livre de prières. Les papes avaient permis aux Juifs de vivre à Rome et à Ancône, où nous trouvions les Volterra, mais cela n’implique pas qu’ils leur aient permis de vivre à Bologne. Cette communauté, au sein de laquelle avaient travaillé et pensé Obadiah Sforno, Azariah de Rossi et Samuel Archevolti, avait été éliminée en 1593 et n’avait plus existé, tout au moins officiellement, pendant plus de 250 ans. Les Juifs ont connu une relative prospérité à Ferrare, sous la domination papale et ont maintenu cette vivacité culturelle caractéristique jusqu’en 1597.

La disparition des petites communautés juives fait qu’il est difficile de suivre les histoires familiales et les traditions culturelles locales. Pourquoi les Volterra quittent la Toscane pour aller à Ancône ? Les histoires abondent quant au départ du grand-père de Disraeli pour l’Angleterre, en 1748 : est-il est parti de la communauté de Cento, ou de Venise. Un juif quitta la communauté juive de Montmélian, en Savoie, pour la capitale, Chambéry, où il est déclaré comme Lionel-Yehouda de Montmélian. Les Juifs de Montmélian disparurent cinquante années plus tard, quand ils furent jetés dans des puits, les rendant responsables de la peste noire.
Après l’extension du Duché de Savoie au Piémont, les descendants de Lionel de Montmélian s’adonnèrent au commerce, devinrent rabbins à Busca, Cuneo, Mondovi, Asti, Chieri, Ivrea. Ils y restèrent, des siècles, pauvres, dévots, jusqu’à ce que Napoléon apporte de nouvelles idées, espérances et désillusions pour les Juifs italiens. Après 1848, le roi de Sardaigne donna aux Juifs l’égalité qui s’étendra à toute l’Italie.

Le patriotisme eut une influence décisive et l’enthousiasme d’un savant juif conservateur, Samuel David Luzzatto, ‘Shadal’, en 1848 rappela dans ses écrits la tradition des Juifs italiens. Et il est singulier que Luzzatto ait été ému de voir un homme d’origine juive, bien que baptisé, Daniele Manin, devenir président de la République révolutionnaire de Venise en 1848-49 ; les ancêtres de Daniele Manin s’appelaient Medina jusqu’au XVIIIe siècle.

Cette dévotion à la nouvelle Italie du Risorgimento, explique pourquoi durant la 1ère Guerre mondiale, les trois professeurs d’université qui moururent au combat étaient Juifs. Un des héros typiques de la 1ère Guerre Mondiale reste Roberto Sarfatti, étudiant de dix-huit ans, fils de Margherita Sarfatti qui fut la maîtresse et la biographe de Mussolini.

Potentialités, contributions artistiques et politiques

C’est généralement à partir de la réorganisation du Talmud Torah, que les Juifs italiens purent accéder à la culture moderne avant de pouvoir être admis dans les écoles d’Etat. Quant aux universités, l’admission des Juifs y était limitée, comme à Padoue et Ferrare. Ensuite les Juifs italiens étudièrent avec zèle dans les écoles italiennes et étrangères, se rendant à l’étranger pour se perfectionner. Leone Sinigaglia, le merveilleux musicien qui recueillit les chants piémontais, a été l’unique élève italien de Mahler à Vienne. La culture juive était forte à Trieste, Gorizia, Venise, Padoue, et Mantoue, sous autorité autrichienne, à Livourne et Ferrare. Au XVIIIe siècle, naquit à Ferrare, Isacco Lampronti, l’encyclopédiste talmudiste. L’un des fondateurs de la littérature hébraïque moderne, Moshé Luzzatto, était de Padoue et Elia Benamozegh, l’adversaire mystique de Shadal, vécut à Livourne. A Rome, la plus grande communauté juive, les Juifs étaient pauvres et opprimés. En Italie, l’étude traditionnelle et l’emploi de l’hébreu comme langue savante ont été importants, du moins parmi les Juifs italiens d’aujourd’hui.

Du XVIIe au XIXe siècle, le nom de Moussafia est lié à des savants rabbiniques de valeur. Le plus connu est Benjamin Ben Immanuel Moussafia, qui publia  une importante contribution italienne aux études talmudiques, le dictionnaire Aroukh. Deux Moussafia, père et fils, se succédèrent comme rabbins et savants talmudistes à Split en Dalmatie, au début du XIXe siècle. Adolfo Moussafia, fils et petit-fils de rabbins, se convertit au catholicisme et fut professeur à Vienne vers 1855, où il devint membre du Parlement. Il se considérait plus italien qu’autrichien, et vers la fin du siècle quitta Vienne pour aller vivre et mourir à Florence.

Le messianisme socialiste !

Durant le XXe siècle, les Juifs jouent un rôle important comme fonctionnaires, juges et soldats en Italie, le seul pays d’Europe où ils (Juifs piémontais surtout) furent acceptés dans l’armée et atteignirent de hauts grades. En 1939, quand les Juifs furent chassés de l’armée et du gouvernement, la flotte italienne, reconstruite par l’architecte naval juif, le général Pugliese, était commandée par deux amiraux juifs, Ascoli et, Capon le beau-père d’Enrico Fermi. En 1940, la flotte italienne fut pratiquement détruite par les Anglais dans le port de Tarente, et Pugliese fut rappelé pour tenter sauver sa flotte. L’Amiral Capon, lui, fut livré aux nazis.

Giacomo Malvano contrôla la politique extérieure italienne pendant trente ans au tournant du siècle. Le passage du ghetto à la classe supérieure se vérifia plus fréquemment dans les familles juives par l’entrée dans l’administration civile et l’université, que par des activités économiques prospères.

Les professeurs d’université se firent remarquer dans la politique italienne, du moins à partir de 1870. Dans les dernières décennies du XIXe siècle, on tenta, sans y parvenir, de limiter le nombre de professeurs d’université qui pouvaient être mem­bres de la Chambre des Députés. Des professeurs d’université devinrent ministres et présidents du Conseil. En 1910, Luigi Luzzatti, l’unique juif président du conseil, avait été haut fonctionnaire et professeur de droit.

Certains possédaient des parents étrangers et surtout britanniques. La parenté anglaise de sa mère, fut utile à Sidney Sonnino, protestant, mais fils d’un propriétaire terrien juif d’origine toscane. Il fut deux fois, président du conseil et ministre des Affaires étrangères pendant la 1ère Guerre mondiale. Les liens avec l’Angleterre furent aussi importants pour Ernesto Nathan, maire de Rome au début du 20ème siècle et chef de la maçonnerie.

Le caractère italien de Trieste était en partie dû aux Juifs qui, bien que souvent d’origine allemande, choisirent toutefois l’Italie, cette Italie au-delà de la frontière qui semblait leur offrir cette égalité absente dans l’Empire autrichien. L’irrédentisme décisif des Juifs de Trieste, la revendication de Trieste par l’Italie, s’incarna dans la personne de trois Juifs : Felice Venezian, Salvatore Barzilaï et Teodoro Mayer.

Le socialisme comme mouvement messianique attira les Juifs, en Italie et leur offrait une foi alternative. Emanuele Modigliani, Claudio Treves et Rodolfo Mondolfo sont peut-être les Juifs italiens socialistes les plus importants de la première génération.

Un penseur original, Felice Momigliano, prof de philosophie à l’Université de Rome, s’efforça de concilier le socialisme et les prophètes juifs, mais il fut expulsé du Parti socialiste en 1915. Ce penseur religieux, un juif réformé, dans un pays où il n’y avait pas de Judaïsme réformé organisé montrent comment les Juifs eurent dans la vie italienne une part moindre que celle qu’ils avaient espérée. C’est que les écrivains italiens d’origine juive ont naturellement existé au XIXe siècle. Massarani et Revere, furent lus et hautement considérés. Ils affichaient leur Judaïsme, ce qu’on retrouve chez d’autres écrivains, peut-être moins connus, comme David Levi, auteur de poésies à thèmes juifs, ou Enrico Castelnuovo, auteur d’un roman sur les Juifs italiens, I Moncalvo, et père du mathématicien Castelnuovo.

Des écrivains dont la poétesse juive, à moitié anglaise, Annie Vivanti n’admirent pas volontiers leur Judaïsme jusqu’en 1939. Trois des plus grands écrivains étaient de Trieste, ou des environs, Italo Svevo, Umberto Saba, et Michelstaedter. Ce dernier, un penseur extraordinaire, se suicida à vingt-trois ans. Le quatrième, Alberto Moravia, est d’origine vénitienne.

Primo Levi : d’Auschwitz au suicide
Primo Levi : d’Auschwitz au suicide

Svevo, Saba et Moravia prirent des pseudonymes, mais alors qu’Italo Svevo et Alberto Moravia cachaient derrière leurs pseudonymes les noms non italiens de Schmitz et Pincherle, Saba, dont le vrai nom était Poli, voulait manifester secrètement son attachement à sa mère juive, plutôt qu’à son père chrétien. Quand la persécution des Juifs rendit absurde le fait de nier son origine juive – et Carlo Levi, Giorgio Bassani, Natalia Ginzburg ne l’avaient jamais reniée –demeura un problème plus profond : qu’est-ce que le Judaïsme pouvait signifier pour ces écrivains ? Primo Levi, naturellement, constitue l’exception : il a réellement le sens de la tradition juive, mais pour l’acquérir, il a dû réussir à survivre dans un camp d’extermination nazi.

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Amadeo Modigliani

La société juive d’Italie s’est développée selon ses lignes, réalistes, liées aux affaires, ouvertes aux idées de justice sociale mais méfiantes à l’égard des excès. Musique, peinture, littérature, socialisme, science, impliquèrent profondément les Juifs italiens. Il faut citer les compositeurs Rieti, Franchetti, Castelnuovo-Tedesco, et Sinigaglia. Ce n’est peut-être pas un hasard si le leader socialiste Modigliani et le peintre Modigliani étaient frères. Le fascisme rejeta une grande partie des Juifs aux solides traditions libérales ou socialistes ; alors que des intérêts économiques poussaient d’autres Juifs à une implication directe avec le fascisme. L’un des plus honnêtes fut Gino Olivetti, le représentant de l’industrie au sein du fascisme. Mais une grande partie des Juifs étaient mis à l’écart. Max Ascoli, qui en 1924 avait publié un livre sur Judaïsme et Christianisme (Les chemins de la Croix), émigra aux Etats-Unis en 1931. L’économiste Piero Sraffa quitta l’Italie pour l’Angleterre. L’opposition fut incarnée par deux frères, Carlo et Nello Rosselli qui deux furent assassinés sur ordre de Mussolini. Ce dernier aidé par des Juifs, des hommes et des femmes, les exploita sans retenue et les trahit comme sa maîtresse juive Margherita Sarfatti, sa compagne Angelica Balabanoff et d’innombrables amis. Quand vint l’heure de la rébellion, les Juifs entrèrent en Résistance et en moururent.

Umberto Terracini, le leader communiste juif résista à vingt ans d’internement dans une prison fasciste, il fut président de l’Assemblée constituante qui suivit le référendum de 1946. Guido Castelnuovo survécut à la persécution pour devenir en 1946 le premier président de l’Accademia dei Lincei. Mais une génération entière fut privée de ses meilleurs représentants : Eugenio Colorni, le philosophe, Leone Ginzburg, le critique, Emmanuele Artom, l’historien du Judaïsme, et Sergio Diena, un héros souriant, intelligent et déterminé. Les morts de la Résistance et les morts dans les camps de torture nazi-fascistes, créèrent un vide qui ne fut pas comblé. Certains Juifs choisirent le retour au Judaïsme à travers le sionisme et l’immigration en Palestine. Pour d’autres leur choix ne fut pas simple. Enzo Sereni est revenu en Italie pour combattre et mourir au nom de ce qu’il avait reconnu comme des idéaux indissociables, le sionisme et l’antifascisme. Ce serait dur de conclure sur une note optimiste, quand un enfant juif a été assassiné dans la synagogue de Rome, et ceci en 1982, sans aucun soulèvement de l’opinion publique.

 

La Réorganisation économique

Les Juifs italiens, dans le Piémont, la Vénétie, l’Emilie et la Toscane, furent prêts à acquérir des terres et à s’établir à la campagne ou dans les villes voisines de leurs terres. Ceci explique la tendance conservatrice de Juifs italiens qui ne devinrent jamais de grands capitalistes ou industriels. Aucune grande industrie, comme la Fiat, n’a été dans les mains des Juifs ; la tentative d’établir en Italie une filiale de la banque Rothschild -à Naples- fit long feu. Ce qui s’en approche, c’est le cas d’Olivetti, avec sa haute technologie et son attention aux problèmes sociaux. De nombreux Juifs ont prospéré dans des industries de moyenne dimension, et dans les assurances ; d’autres, restèrent attachés à la traditionnelle association judéo-italienne de banques et de filatures, auxquelles la concurrence japonaise puis la soie artificielle, infligèrent des coups mortels. Il faut chercher ailleurs l’explication de la contribution des Juifs à la vie sociale et intellectuelle de l’Italie ces soixante dernières années. Avant tout, et même avant 1848, les Juifs avaient conquis une éducation moderne malgré les obstacles légaux. Des Juifs piémontais furent envoyés étudier à Milan, où, sous autorité autrichienne, cela était permis. La future mère de Cesare Lombroso posa une condition à son père, un Juif piémontais, qui se disposait à arranger son mariage : le mari devait être autrichien car dans ce pays, l’éducation des enfants juifs était meilleure.

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