L’ECONOMIE ISRAÉLIENNE EST-ELLE TRUMP-COMPATIBLE ?

 

Article Ecrit avant les élections

Donald Trump, un businessman plutôt qu’un diplomate, résolument décidé à sortir les Usa de l’ornière.

Restant jusqu’au bout le candidat anti-système qui promettait de nettoyer l’establishment politico-médiatique qui asservit son pays, et la pensée unique qu’il diffuse. Grâce à une méthode poussée avec méthode : Plus il poussait la provocation, et plus il faisait tomber dans son escarcelle les électeurs par millions, convaincus de l’existence de cette élite bien-pensante déconnectée de leurs préoccupations, de leur quotidien ! Un piège qui au-delà de l’Amérique, est en train d’assurer le succès de tous les populismes de par le monde. Son gouvernement ressemblera plus à un club de la haute société ou à un conseil d’administration multi milliardaire, qu’à une assemblée d’experts ! Et qui pèse, au dernier pointage, pas moins de $34 milliards de fortune personnelle à eux tous ! Seuls Wall Street et les marchés en général montrent leur satisfaction, comme l’exprimait un analyste : « les Bourses achètent cette nouvelle administration et son plan politique. On accumule partout les records. Le Dow Jones accusant une hausse de 1.200 points presque 30 jours après l’élection … ». Alors qui suivre, les détracteurs de ce personnage, ou les satisfaits de son élection ? Mais surtout qu’est-ce qui pourrait véritablement changer pour l’économie américaine, et quelle influence cela aura-t’il sur la croissance israélienne, les USA étant le second partenaire commercial de l’Etat hébreu et son soutien le plus important au niveau géostratégique.

Lorsque le pays avec lequel s’effectue un tiers de votre commerce extérieur change de capitaine et d’objectifs à long terme, vous devez vous poser les bonnes questions, relire les programmes, scruter les hommes chargés de les mettre en place et enfin évaluer les conséquences pour votre Etat – Israël.

Les positions mises en avant par Trump interpellent Jérusalem : au niveau du commerce international, la tendance sera au repli industriel et à la dénonciation des grands accords internationaux ; au niveau financier, seront prônés la dérégulation du système bancaire et l’abandon des règles instaurées pour sortir de la grande crise mondiale de 2008.

Principal pays partenaire en terme d’échanges (seule l’Union européenne donc l’agrégation des 28 états qui la composent, le surpasse), avec presque 29 milliards de dollars, les USA présentent l’insigne avantage de délivrer une balance commerciale hautement bénéficiaire pour l’État hébreu : 18 milliards d’exportations pour 8 milliards d’importations lors de la dernière année comptabilisée de 2015. La meilleure performance d’une balance comptable qui reste depuis des décennies structurellement déficitaire ! Alors, bien sûr, le discours public reste optimiste, le propre de l’économie israélienne étant d’avoir toujours su s’adapter …

Mais le nouveau protectionnisme américain pourrait s’avérer handicapant car il implique des augmentations de droits de douane pour les marchandises en provenance de pays comme la Chine (la balance commerciale américaine est déficitaire de $500 milliards avec ce pays ; Toujours garder à l’esprit que sa vision du monde est celle d’un businessman, pas d’un diplomate !), ou le Mexique, cibles prioritaires. Un protectionnisme qui pourrait s’étendre à certains autres secteurs d’activités pris … Et là, suivant ceux qui seront concernés, Israël pourrait se retrouver en première ligne. Ensuite, cette politique, si Donald Trump la met en œuvre, engendrerait un effet inflationniste, qui pourrait relancer le renchérissement général des prix au niveau international par propagation, et un ralentissement de la croissance économique. A ce niveau, des experts prévoient un ralentissement de la croissance du PIB étasunien, avec un petit +1,2 % en 2017 (après le 1,5 % de 2016) et à un misérable +0,4 % en 2018 (alors que les estimations actuelles sont de +2,7% !). Une fois de plus les conséquences d’une décélération brutale pour l’économie israélienne pourraient être sensibles, les deux pays étant impliqués dans des projets communs d’envergure, partenaires dans nombreux secteurs stratégiques, l’État hébreu s’adossant pour tout à l’oncle Sam.

 

 


De façon similaire, une nouvelle politique financière devrait impacter les comptes publics israéliens, et sa devise, le Shekel. En effet, s’il devait déréguler le système financier et soustraire les banques de tout contrôle étatique, comme il l’annonce, aux vues du niveau d’imbrication à l’échelle planétaire de tous ces établissements, le système pourrait une nouvelle fois se retrouver en crise. Comme en 2008 ? Impossible de le prédire, mais si l’on considère les difficultés de Jérusalem en terme d’équilibre de sa balance des paiements, et le renforcement excessif de sa monnaie nationale, le shekel, que sa banque centrale a tous les problèmes du monde à maintenir sous un certain niveau, pour ne pas la voir trop surévaluée (face à un dollar qu’elle rachète depuis des années par milliards pour ne pas le laisser couler …), la situation pourrait devenir délicate ! Un Shekel fort face aux autres devises, euro, dollar, sterling, etc., ne peut que pénaliser la compétitivité des produits israéliens, des exportations « made in Israël », le dynamisme de son tissu industriel, Bref nuire à toute son économie ! Quel degré devrait atteindre cette fragilisation du système financier international, une question vitale pour Israël dont la grande force est justement la stabilité de son institution bancaire.

 

Pour essayer de l’évaluer, les caractéristiques des hommes choisis aux postes clés sont un révélateur fiable. Au Trésor, équivalant du ministère de l’Economie, il a nommé Steven Mnuchin, à prononcer «Mi-NEW-tchine», 54 ans dont 17 passés au sein de la banque d’affaires Goldman Sachs à Manhattan, d’origine juive et new-yorkaise. Businessman accompli, producteur de cinéma heureux, avec à son actif Avatar (plus de 2,7 milliards de dollars de recettes; le plus gros succès de l’histoire du cinéma), ou la série des X-Men (en 9 films qui rapporteront au Box-office un total de $4.3 milliards, pour un budget cumulé de $1.261 milliard, soit $3 milliards de bénéfice !). Ainsi, il peut aujourd’hui se vanter d’être parvenu au sommet dans les trois ‘temples’ mythiques de l’Amérique : Wall Street, Hollywood et à présent le Capitol. Homme insaisissable, il fut longtemps donateur du Parti démocrate et partenaire d’affaires de Georges Soros. Comme de Trump. D’ailleurs, les deux associés ont eu maille à partir il y a des années sur un projet immobilier mené en commun. Le différent est alors remonté jusqu’aux tribunaux …avant de se régler à l’amiable ! Lors de sa vie de banquier, Mnuchin a eu une image controversée. Il est de ceux qui ont installé tous les mécanismes et outils qui déboucheront sur la grande crise de 2008. Il a participé à l’organisation de ce qui finit par l’explosion du système financier mondial que l’on a connu. Un tel personnage à un tel poste clé, et frissonne l’échine de beaucoup de responsables économiques à la City, Hong-Kong ou Tokyo.

Second personnage clé, Wilbur Ross s’est vu attribuer le ministère du Commerce, qui a la main sur les politiques industrielles et les petites et moyennes entreprises. Cet ancien de la banque Rothschild, né dans le New Jersey en 1937, est un spécialiste des affaires de faillites. Son rôle sera de lutter contre les fermetures d’usine et de mettre en ordre de guerre l’appareil industriel américain. Pour faire triompher le slogan de campagne « make America great again » ?

Quel sera l’impact pour Israël de son effort de préférence nationale et de relocalisation ? A l’analyse, il semble que l’Etat hébreu sera peu touché. Plus de la moitié des exportations sont regroupées en deux secteurs : les diamants ($7,308 milliards) et les produits pharmaceutiques ($3,08 milliards). Avec trois autres secteurs, l’équipement électronique ($1,885 milliard), l’informatique ($1,250 milliard) et les instruments médicaux ($1,230 milliard), on synthétise plus de 80% de ce qui est vendu par Israël aux E.U. ! Autant d’activités où l’excellence israélienne est incontournable. Dans le sens inverse, l’avantage US porte pour l’essentiel sur l’importation énergétique et diverses substances pétrochimiques. Il s’agit donc de relations entre deux économies très complémentaires, l’une fournissant des produits high-tech et pharmaceutiques, l’autre assurant l’approvisionnement en matières premières, le tout agrémenté par les échanges générés par les grandes entreprises installées des deux côtés de l’Atlantique (Teva, Intel, Google, Microsoft, etc.). Donc à l’abri des soubresauts que devraient engendrer le retour d’un certain isolationnisme américain.

La vision politique et stratégique de M. Trump est uniquement tournée vers le business. Alors, même si au niveau macroéconomique, Israël sera évidemment solidaire du reste du monde en termes de ralentissement économique ou de pression sur les devises, ses structures même (politique de la Banque centrale, dynamisme du high-tech et des secteurs de base, croissance forte, vitalité démographique, etc.) devraient agir comme d’efficaces airbags !

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