C’est ainsi que le Mossad a sauvé les Juifs de Bizerte

La nuit de ce samedi à septembre 1961 ne s’effacera jamais du cœur de Haïm Yaiche  C’est une histoire qui remonte loin.

Une histoire qui restera à jamais gravée dans le cœur de nombreux Juifs sortis, une nuit de fin septembre, de l’obscurité à la lumière ou plus exactement  sortis de la terreur de Bizerte, ville portuaire lors de la guerre en Tunisie, partagée  entre les Français et les Tunisiens en conflit.

 L’opération de sauvetage des Juifs de Bizerte en Septembre 1961, a été organisée et réalisée par le Mossad.  « Samedi matin, on nous a annoncé « Faites vos valises, ce soir, nous venons vous chercher ! » se souvient ‘Haïm Yaiche d’Ashdod.  A plusieurs reprises, nous sommes presque partis mais au dernier moment il y avait toujours quelque chose qui nous empêchait de partir. Mais ce motsei Shabbat, toutes les voitures des Juifs ont été mobilisées et nous sommes partis avec le minimum nécessaire.  J’ai fermé la porte de la maison et j’ai pris la clé avec moi. A qui pouvais-je la donner ? Les propriétaires d’entreprises ont tout laissé derrière eux. Ceux qui possédaient une voiture, l’ont laissé. Nous sommes arrivés secrètement  dans une base française de l’armée de l’air. Nous n’avions ni passeport, ni laissez-passer.  On nous a fait monter sur un landing craft français. Nous étions presque tous les Juifs de la ville. J’étais accompagné de ma femme, mes six enfants et de mon père âgé. A bord, les conditions étaient dures. Nous étions tous sur le pont recouverts d’une toile contre la pluie et le vent. Le lendemain, nous sommes arrivés à Bône à l’est de l’Algérie. Le même jour, nous avons pris un avion spécial pour Marseille et après quelques jours nous sommes arrivés en Israël. »   

 L’histoire de ‘Haïm est le sommet et la fin de l’opération de sauvetage des Juifs de Bizerte en Tunisie qui s’est déroulée principalement en septembre 1961 et dont on a apprit, il y a peu, qu’elle avait été organisée par le Mossad israélien en collaboration avec l’Agence juive, les gens de l’ambassade israélienne à Paris mais aussi avec l’attaché miliaire israélien de l’époque, Ouzi Narkiss. La coopération  avec la France a été une des plus étroites jamais connue dans les  relations entre les deux pays.

Pourtant, le processus qui s’est déroulé avant le jour J, a rencontré des problèmes. Certains en France, ont essayé de le faire échoué et c’est pour cela que l’opération a été annulée à plusieurs reprises.   Il a fallut que le colonel Narkiss se mêle à plusieurs reprises et frappe aux portes des hauts placés à l’armée française pour que les choses bougent.

 

La Tunisie a gagné son indépendance en mars 1956, après un combat de plusieurs années contre le régime français qui contrôlait le pays depuis 1881.

Avec l’évacuation, les Français n’ont gardé le contrôle que de la grande  base marine de Bizerte.  En 1961, les Tunisiens ont demandé aux Français de quitter Bizerte et en été de la même année, des combats sanglants ont commencé entre Français et Tunisiens lors desquels des centaines de personnes ont été tuées. La Tunisie a perdu.

Les Juifs dans la ville, près de 1200, se sont retrouvés dans une situation difficile car accusés par les Tunisiens de collaborer avec les Français. Pour certains, c’était vrai.  Beaucoup de Juifs travaillaient au chantier naval de la marine française. En septembre 61, la situation s’est détériorée davantage, les Arabes menaçant les Juifs de se venger. «Attendez, dès que les Français sortiront, nous nous occuperons de vous !»  Certains jeunes juifs sont arrêtés et accusés d’espionnage.

Pour les Juifs qui avaient la nationalité française, il n’y avait pas de problème pour sortir du pays. Pour ceux qui détenaient la nationalité tunisienne, environ 300 et ceux qui n’avaient aucun papier, c’était différent.

 

Maurice Matok, de l’Agence Juive locale, a préparé une liste de tous ces Juifs et a demandé désespérément  de l’aide.

Matok  réussit à se faire de bonnes relations avec certaines personnes du Consulat Français à Bizerte dont le Consul général.  Grâce à eux, il  réussi à envoyé en France, des petits groupes de Juifs. Les gens du Mossad, malgré les difficultés, ont réussi à faire sortir en plusieurs opérations, 150 Juifs de Bizerte. Mais  il restait toujours plus de 100 Juifs qu’il fallait sauver.

C’est là que commence l’histoire de ces derniers Juifs. Milieu septembre,  on annonce à Matok, que les Français comptent quitter Bizerte entre le 21 et le 22 septembre. Il faut agir vite. Matok demande à ce qu’on l’aide à se rendre à Marseille. A sa grande surprise, le général français Mot, met à sa disposition son avion privé. A Marseille, muni de la liste des 130 Juifs restants, il rencontre les gens du Mossad avec lesquels il discute de différentes options de sauvetage. Mais des difficultés sont rencontrées.  Des autorisations promises n’arrivent pour aucune opération et le temps passe. L’attaché militaire, Ouzi Narkiss, devient l’acteur principal. Ayant étudié à Paris, en 1953, à l’Académie militaire, aux cotés de personnes qui détiennent en 1961, de hauts postes, il les retrouve au Cabinet du Premier ministre Michel Debré, dans les bureaux du Président De Gaulle et dans diverses branches militaires.

Le 18 septembre,  Narkiss rencontre le sous-chef d’Etat major, O’Neill avec qui il discute des opérations envisagées.  O’Neill répond que l’armée est prête à tout pour faire sortir les Juifs de Bizerte mais seulement après que le bureau des Affaires étrangères français accepte de prendre la responsabilité de l’opération. La réponse du bureau est claire : «Les Juifs de nationalité tunisienne ne seront pas évacués par les Français.»

Narkiss s’empresse d’avertir les gens de l’Ambassade israélienne et son supérieur, Haïm Herzog, alors chef des services de renseignements militaires. « Le bureau des Affaires étrangères français nous met des battons dans les roues » prévient-il.

Le 20 septembre, c’est Yom Kippour. Pourtant personne ne s’arrête de travailler. L’ambassadeur israélien en France, Walter Eitan, essaie par tous les moyens d’arriver à De Gaulle. Soudain, la roue tourne et il semble que les efforts aboutissent enfin. Les contacts déclarent qu’il y a une grande chance de recevoir l’autorisation pour la mission.

Maurice Matok, toujours en France, rentre à Bizerte au moyen d’un avion militaire où se trouve également le consul français de Bizerte à qui il est demandé, dès l’atterrissage, de continuer les efforts pour l’opération. Il promet.

Le Consulat français organise, le 22 septembre, l’opération Moshé. Elle envoie sept familles (21 personnes) dans un bateau en dehors de la Tunisie mais cela ne suffit pas.

Le même jour, Ouzi Narkiss est appelé au bureau d’O’Neill. Ce dernier lui annonce qu’en dépit de la position du ministère des Affaires étrangères, le Premier ministre a décidé de faire sortir les Juifs de Bizerte en même temps que les familles françaises. L’amiral Aman, le commandant stratégique de la base de Bizerte est mis au courant et demande de garder la décision secrète. En parallèle,  une autorisation des autorités militaires et civiles est donnée pour l’opération qui est annulée par Narkiss suite à la décision d’O’Neill.  Mais, les pourparlers entre les Français et les Tunisiens, à Bizerte n’aboutissant pas, l’évacuation des Français est repoussée.

Matok se rend au bureau de l’amiral Aman afin de s’assurer que ce dernier a bien reçu l’ordre d’évacuer les Juifs avec les Français.  Il répond qu’il a reçu l’ordre de n’évacuer que 12 personnes. Ouzi Narkiss, de plus en plus inquiet du sort des Juifs restants,  revient sur le plan de l’opération et en reçoit l’autorisation. Mais un jour après, les Français demandent d’annuler cette opération et promettent d’évacuer  tout Juif qui le voudra. Narkiss se rend au cabinet du Premier ministre pour recevoir une réponse définitive. On lui assure que l’Amiral Aman est celui qui fera sortir les Juifs de Bizerte au moyen de transports militaires donnés par les Français mais que ce dernier, voulant toujours garder cette décision secrète, ne la dévoile ni au Consul français ni à Maurice Matok car il craint que l’on parle trop, surtout à cause de l’opposition du ministère des Affaires étrangères et de peur que les Arabes ne soient mis au courant. L’opération est donc de nouveau annulée.  Matok est appelé au bureau de l’amiral Aman. On lui pose des questions sur le nombre de Juifs à évacuer.  Matok lui demande clairement s’il a reçu l’ordre d’évacuer tous les Juifs. Aman hésite et ne répond pas.

A Paris, à la même heure, Narkiss reçoit la bonne nouvelle que le soir même, tous les Juifs seront évacués de Bizerte.

Maurice Matok reçoit la même nouvelle. Il doit regrouper tous les Juifs au port militaire le soir à 17.00. Comme c’est Shabbat, il demande de repousser d’une heure le regroupement. Il préfère également qu’il fasse nuit. L’armée refuse de mettre à leur disposition des moyens de transports pour ne pas éveiller l’attention. Matok mobilise tous les véhicules des Juifs. Le délégué du Consulat français prépare des camions.

A 18.30, les premières voitures arrivent au port. Pendant une heure et demie, les Juifs embarquent sur le bateau, aidés par les soldats français.

Avant le départ, l’amiral Aman arrive au port. Matok le remercie pour son aide. Il répond qu’il est heureux  d’avoir pu aider ces amis, les Juifs et l’Etat d’Israël.

A 20.30, le bateau part pour l’Algérie avec à son bord 105 Juifs. Derrière lui, il reste une ville vide de Juifs à part une seule famille de 10 personnes. Le père n’a pas voulu partir car il n’a pas reçu son salaire de septembre… Il est évident que sans l’entêtement d’Ouzi Narkiss, qui n’a pas hésité à frapper à toutes les portes pour se faire entendre et faire bouger les choses, le sort des Juifs de Bizerte, aurait été incertain.

 

 

 

 

 

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