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Le Langage comme arme de délégitimation des Juifs et d’Israël

Georges-Elia-SARFATI-portraitManfred Gerstenfeld Interviewe Georges-Elia Sarfati[1]

« La plupart des gens pensent que le langage, et en particulier le discours, est transparent et qu’il sert à transmettre de l’information. Or chaque mot a une histoire, et cette histoire pèse de tout son poids sur l’usage de chaque mot, même si l’on en n’est pas conscient. Loin d’être neutres, les mots servent à introduire une certaine vision de la question qu’on traite. «C’est particulièrement clair dans le cas de l’antisémitisme et de ses manifestations, dont l’antisionisme. En analysant la diversité du phénomène de la judéophobie, on découvre qu’il existe une archive très structurée, et que cette archive est recyclée depuis des siècles pour servir contre le peuple juif à chaque génération. Cette archive a pour but de criminaliser toutes les formes de l’identité juive : spirituellement, par l’antijudaïsme religieux ; culturellement, par l’antisémitisme, et sociopolitiquement, par l’antisionisme. »

Le Professeur George-Elia Sarfati, professeur des Universités, a mené des recherches sur cette relation trouble entre opinion et discours. Il démontre à quel point le langage est chargé, en prenant comme exemple les usages du mot « antisionisme ». Il a poursuivi sa démonstration à travers plusieurs ouvrages, dont le premier, intitulé : La Nation Captive[i], portait déjà sur le rôle que la propagande soviétique a joué dans la formation de l’idéologie antisioniste dans le contexte de la Guerre froide.

G.-E. Sarfati explique : « C’est le Ministère de l’Information d’Union Soviétique qui a commencé à faire un usage systématique de l’expression “antisionisme” après la guerre des Six Jours. Après avoir été utilisée dans la presse soviétique, elle est, alors, plus régulièrement apparue dans les médias de l’extrême-gauche française. Avant cela, l’usage du mot était, tout au plus, sporadique. Il faut cependant rappeler, que les bases de l’antionisme se trouvent déjà dans Mein Kampf, où Hitler dit que le mouvement sioniste est la tête de pont de la « conspiration juive », thème largement repris depuis, par toutes les mouvances de l’antisionisme radical, Ce même mot, dans le meilleur des cas, n’est apparu dans les dictionnaires que dans les années 1970. Les textes « canoniques » majeurs de l’antisionisme sont, d’abord et avant tout, de fabrication soviétique. L’un des idéologues du Soviet Suprême, Trofim Kitchko, a publié plusieurs livres antisémites entre 1963 et le début des années 1980. Le premier d’entre eux, le Judaïsme sans fioritures, a été parrainé par l’Académie des Sciences.

“Le Marxisme nie l’idée de souveraineté juive ; Staline a radicalisé cette vision. Les Soviétiques ont recyclé les techniques ainsi que les thèmes de propagande des Nazis. Lorsque des régions entières du monde arabe sont tombées sous l’influence de l’Union Soviétique, leur appareil de propagande s’est approprié le discours antisioniste. « Le tiers-mondisme s’est, également, approprié le discours antisioniste. Ce mouvement se caractérise par un engagement idéologique et politique envers les pays les plus pauvres du monde et il soutient aussi l’action révolutionnaire. Le tiers-mondisme a développé ses propres armes linguistiques, qui découlent de l’idéologie marxiste.

« Elles ont permis aux marxistes de ressusciter des revendications passées de mode et de leur faire connaître un nouvel écho en Europe, où leur promotion est assurée par de soi-disant progressistes, c’est-à-dire les maoïstes et les trotskystes. Une autre construction linguistique a pris la suite, dans laquelle les revendications palestiniennes contre Israël sont redéfinies dans la terminologie du tiers-mondisme. Du reste, l’islamisme génocidaire est un avatar de cette forgerie. «Du point de vue du langage, l’antisionisme est ainsi devenu un outil servant à fédérer et créer des coalitions d’opinions extrêmement divergentes. Ce phénomène sociologique, qui se développe depuis un demi-siècle, est,  à ce jour, devenu une « idéologie » – un système d’idées, qui a imprégné des milieux sociaux très différents. L’antisionisme fait aujourd’hui partie intégrante de la doxa, c’est l’une des principales évidences culturelles de notre temps».

G.-E.Sarfati développe en détail cette analyse  dans son livre L’ Antisionisme[ii], Il déclare : « Un nombre d’équations-clés dominent le discours antisioniste. L’équation maîtresse – qui commande transversalement toutes les autres – c’est la pseudo équivalence : « Sionisme égale Nazisme ». Les différentes formulations de la propagande anti-israélienne l’ont faite circuler et l’ont répétée à l’infini. Elle a la faculté d’imprégner la société, avec d’autant plus d’aisance et de plasticité qu’elle vient se greffer sur un terrain très favorable : celui d’une très longue tradition d’antijudaïsme culturel. Le succès de cette formule va de pair avec la profonde ignorance de la culture juive d’une part, et avec une longue liste de falsifications de l’histoire, d’autre part. Ainsi, l’une des matrices thématiques de l’antisionisme consiste par exemple à inverser les données historiques, en utilisant une terminologie déjà connue. Il s’agit de projeter sur Israël les pires moments de l’histoire de l’Europe « Israël met en œuvre la « solution finale » envers les Palestiniens au Moyen-Orient, comme elle s’est appliquée contre les Juifs en Europe ». Ou : « Israël a inventé Auschwitz pour en toucher les dividendes ».

« Une seconde équation a dérivé de la première : «Israël égale Racisme ». Elle se fonde sur un arrière-plan historique qui fait aussi appel à l’expérience occidentale du racisme. Il suffit seulement qu’on remplace le mot « Noirs » par « Palestiniens » dans la déclaration : « Les Noirs sont des citoyens de seconde classe dans leur propre pays ». D’autres variantes consistent à dire « qu’Israël pratique la ségrégation », « Israël mène une politique d’apartheid », ou « Les territoires sont des Bantoustans », en référence, ou par allusion à ce qu’a été la politique de ségrégation en Afrique du Sud.

« Le linguiste américain Noam Chomsky – un Juif qui s’est fait une spécialité de diffamer Israël – a joué un rôle de premier plan dans le développement de cette terminologie. Il rêve de dissoudre Israël dans un Etat binational. Son antisionisme est partie intégrante de son antiaméricanisme. Depuis un demi-siècle ans, il banalise l’idée selon laquelle Israël est un instrument de la politique américaine. Ses théories pseudo-radicales sont fondées sur le concept de « victime », qui prétend que les non-Occidentaux sont les victimes éternelles de l’Impérialisme. « Une troisième équation, également dérivée de la première, est : « Le Sionisme est un colonialisme ». Elle est accompagnée d’une quatrième : « le Sionisme est un Impérialisme ». Par la suite, ces quatre équations distinctes peuvent se condenser en une seule : « L’Etat sioniste, fasciste, raciste et colonial ». Georges-Elia Sarfati explique qu’on doit prendre conscience de l’efficacité stratégique de cette attaque. « Ces équivalences sont aussi néfastes, du fait qu’elles lient les quatre caractéristiques négatives marquantes de l’histoire occidentale du dernier siècle : nazisme, racisme, colonialisme et impérialisme, à l’Etat d’Israël. Et c’est pour cette même raison, que ces formules sont d’une redoutable efficacité. Elles ont un air de « déjà vu », une allure de familiarité ».

C’est la raison pour laquelle, l’antisionisme diffère entièrement des autres formes historiques de la judéophobie : l’hostilité à Israël se pare du masque de l’humanisme. Un humaniste et un progressiste est par principe adversaire du racisme, du nazisme et du colonialisme. Dès lors, l’antisionisme se présente comme une revendication humaniste et progressiste. Incidemment, il devient possible d’être antijuif, ouvertement antijuif, par « conviction » humaniste. C’est de fait moins suspect que de professer un antisémitisme sous couvert de nazisme ! Dans ces conditions, la posture antisioniste apparaît comme une posture d’une haute moralité ! Il s’agit d’un long travail sur le langage. Cette subversion des notions, ce lent processus de retournement des valeurs, obéit à une stratégie : en criminalisant Israël et les Juifs au nom des grands idéaux philosophiques (humanisme, progressisme, universalisme, etc.) il est désormais possible de se dédouaner de toute tâche de sang intellectuel, il devient possible de réunir de nouveau les conditions de la haine et de la persécution, mais avec la bonne conscience des bien pensants. Ce que ces bien-pensants ne voient pas, c’est qu’ils rejoignent la longue liste des antisémites historiques.

Le Dr. Manfred Gerstenfeld préside le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem. Il a publié 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation Marc Brzustowski, revue et enrichie par George-Elia Sarfati.


[1] Philosophe et linguiste, fondateur de l’Université Populaire de Jérusalem (www.universitepopulairedejerusalem.com)

 

 


[i]               Georges-Elia Sarfati, La Nation Captive, sur la question juive en URSS  (Paris: Nouvelle Cité, 1985) [French]

[ii]               Georges-Elia Sarfati, L’antisionisme, Israel/Palestine aux miroirs d’Occident (Paris: Berg International, 2002) [French]

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