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Kiev en Ukraine : renaître des cendres

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La ville qui fut jadis l’un des fleurons russes du judaïsme est aujourd’hui l’un de ses plus importants cimetières. Du berceau au charnier …

Adapté par Raphaël Aouate à partir des travaux du Rav Eliahou Birnbaum.

Au regard de l’histoire du peuple juif, l’Ukraine est certainement le théâtre de tous les contrastes. C’est à la fois le berceau ayant «offert» au monde quelques uns des personnages centraux de l’histoire d’Israël, sur les plans culturel, politique ou rabbinique : le Baal Chem Tov, Rabbi Nahman de Breslev, Shalom Aleihem, Ehad Haam, Yossef Trumpeldor, Golda Méïr, Ephraïm Katsir ou encore Lévi Eshkol.

Nul doute que le sang juif a coulé en Ukraine, tout au long de l’histoire. Pourtant, de ce sang émerge une nouvelle génération, rescapée des affres de la haine antisémite, mais tout autant héritière de l’héroïsme juif, en un étrange paradoxe.

Un rapide retour historique nous enseigne que la première mention de la ville de Kiev dans des écrits juifs figure dans une lettre d’un commerçant juif, dès le neuvième siècle de l’ère vulgaire (retrouvée dans la Gueniza du Caire). Cette missive, écrite en hébreu, évoque le cas d’un marchand juif retenu captif à Kiev du fait de ses nombreuses dettes, et faisant appel à la générosité des communautés pour le libérer.

La présence juive en Ukraine remonte au septième siècle, à l’époque de la royauté khazare. La tradition rappelle que des Juifs rencontrèrent le prince Vladimir et tentèrent de le convertir ; celui-ci décida finalement d’embrasser la religion chrétienne. A partir du douzième siècle, Kiev, capitale de l’Ukraine traversée par le fleuve Dniepr, enregistre l’arrivée de nombreux Juifs venus d’Europe centrale, puis, trois siècles plus tard, de Pologne.

Grand charnier

Durant l’occupation nazie, lors de la Seconde guerre mondiale, la plus grande partie des Juifs ukrainiens fut exterminée. Il est certain que l’antisémitisme notoire en Ukraine a grandement contribué à cette destruction en masse. En effet, le zèle local se caractérisa par la mise en place d’une alternative aux camps de la mort: les Juifs furent ainsi éliminés sur place, sur leur terre natale. Par milliers, ils furent mis à mort par des SS assistés de forces ukrainiennes, puis jetés dans des fosses. Ainsi se déroulaient ces sinistres «opérations»: l’armée pénétrait dans une ville puis ordonnait aux Juifs, par voie d’affiche, de se rendre dans un lieu spécifique, dans un délai précis. Ces foules étaient alors contraintes de marcher sur une distance de 5 à 10 kilomètres, jusqu’à l’extérieur de la ville. Là, dans des vallées généralement naturelles, ne nécessitant donc pas de creuser des fosses, étaient placés ces groupes sur lesquels il était fait feu. D’après les estimations, il existerait de 2000 à 3000 « vallées de la morts » de cet ordre, immenses fosses communes, situées près de chaque village ayant abrité des Juifs, dans l’ensemble du territoire de l’ex Union Soviétique.

Yortseït collectif

Si plus de 900 000 Juifs furent exterminés sur la terre ukrainienne, c’est probablement le site de Babi Yar qui symbolise le plus cruellement la tragédie juive à Kiev. Durant 10 jours, du 19 au 29 septembre 1941, 34 000 Juifs y furent décimés. Si Babi Yar est désormais un lieu de recueillement et de souvenir pour la génération post Shoah, ce n’est qu’en 1974 qu’une stèle commémorative y fut installée. Pourtant, aussi étrange, ou choquant que cela puisse paraître, nulle mention de l’origine des victimes n’y fut spécifiée : «citoyens ukrainiens», simplement… Il fallut attendre 1991, soit 50 ans plus tard, pour que l’identité juive de ces martyres soit clairement précisée.

Mais l’élément pour le moins étonnant, caractérisant ce fait marquant de l’histoire juive, est que le lendemain de cette période sombre, soit le 30 septembre 1941, marqua la veille de Kipour. C’est ainsi que le jour le plus sacré du calendrier juif se transforma après la guerre, en jour privilégié de commémoration officielle des Juifs de Kiev. On m’a raconté que lorsque le Rav Blaïh, aujourd’hui grand rabbin d’Ukraine, arriva dans cette ville, en 1988, il fut stupéfait du spectacle « proposé » dans la synagogue, au jour du grand pardon : cette maison de prière qui était presque toujours vide, tout au long de l’année, devenait bondée en ce jour ! «Lorsque arriva le moment de réciter le Kaddish des endeuillés, je vis avec stupéfaction, tous les fidèles, sans exception, jeunes ou âgés, se lever pour le prononcer ! Yom Kippour représente ici un jour de Hazkara collective», déclare le Rav.

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