Les kibboutzim du 21ème siècle : un Nouvel Avenir

Les kibboutzim du 21ème siècle : un Nouvel Avenir

Ce système de village collectif né avec le sionisme a été pendant longtemps l’un des piliers de l’économie israélienne. Surendettés auprès des banques, les kibboutzim ont dû transformer leur système de fonctionnement, pour  créer de nouveaux capitaux. Privatisation, vente de terrains à construire ou des titres  de leurs sociétés industriels : l’ère des kibboutz n’est pas terminée, elle a juste changé.

Assis dans son jardin, entouré de ses enfants et petits enfants, Shimon Safani, membre du kibboutz Degania Aleph raconte : « J’ai travaillé 18 heures par jour à l’usine pendant plus de 30 ans, alors que certains camarades n’ont pas fourni un dixième de mes efforts et ont reçu exactement les mêmes avantages que  moi! » Il ajoute songeur: « Pourtant je ne regrette rien, j’ai contribué à un idéal formidable. Mais ce temps là est révolu, nous sommes désormais entrés dans l’ère capitaliste! »

Il y a cinq ans, les membres du kibboutz Degania Aleph, la toute première ferme collective israélienne, votent pour la privatisation. Un monde s’écroule. Mais aujourd’hui, cet ancien bastion de la vie communautaire vit  cette métamorphose comme un « changement positif ».
Fondé en octobre 1909 au sud du lac de Tibériade par des immigrants russes, Degania Aleph, surnommé «la mère des kibboutz» a servi de modèle à quelques 269 autres fermes collectives. Ses fondateurs ont montré que la vie communautaire était possible pour les juifs, en « Terre de Palestine ».
Localisés dans tout Israël, les kibboutzim sont érigés originellement sur des principes anarcho-communistes : absence de propriété privée, refus du salariat, éducation communautaire des enfants, rejet de la religion et démocratie directe.

Un nouveau modèle adapté au 21ème siècle

Au début du 20ème siècle, la vie collective, basée sur le travail de la terre, correspond à une idéologie, mais aussi à une nécessité, certainement le seul moyen pour ces pionniers juifs de survivre dans une Palestine alors sous mandat turc, puis britannique. Le déclin des kibboutzim  commence juste après la victoire électorale du Likoud en 1977. Jusqu’alors, les gouvernements travaillistes qui se sont  succédé depuis 1948 n’ont jamais refusé de subventionner ces villages collectifs.

Durant, ces douze dernières années, plus de 70 % des kibboutzim israéliens au bord de la faillite entament un processus de privatisation. Ruiné par les mauvais placements et l’hyperinflation, Degania Aleph a vu lui aussi, petit à petit, ses enfants partir. « Nous avons dû formuler un nouveau modèle adapté au 21ème siècle », explique Shaï Shoshani, le secrétaire général de Degania Aleph, devenu « PDG » du Kibboutz.
Une échelle de salaires différenciés est désormais adoptée, chose qui jusque récemment était estimée comme une véritable hérésie. « Je me considère encore comme un socialiste, ici au moins personne ne fait les poubelles! » déclare Shaï Shoshani. Un salaire minimum est en effet prévu pour les membres du kibboutz qui atteindraient le seuil de pauvreté. Cette subvention est payée par des taxes mensuelles obligatoires prélevées auprès de chaque membre, en fonction du quotient familial. Elles servent aussi à faire fonctionner les dernières structures collectives dont les membres peuvent encore profiter gratuitement, comme l’école, le centre médical ou la maison de retraite.
Fin 2011, selon le Bureau central des statistiques israélien, entre 30 et 40 % des membres des kibboutzim dans tout les pays sont des retraités. Un budget de taille,  auquel les kibboutzim n’ont pas toujours les moyens de faire face.
Depuis le « partage des biens », les membres du kibboutz Degania Aleph possèdent leurs propres voitures et reçoivent un salaire en fonction du métier qu’ils exercent, et 30 % d’entre eux travaillent en ville.
« Maintenant on a de l’argent pour faire ce qu’on a envie et ça, ça change tout! » s’exclame Dorit, la fille de Shimon, directrice du réfectoire du Kibboutz depuis 10 ans. Beaucoup n’avaient jamais mis les pieds dans une banque, payé une facture ou préparé un repas.

La buanderie et le repassage, autrefois gratuits, sont devenus payants. Il en est de même pour l’électricité, la garde des enfants ou les repas du réfectoire communautaire.

Suzanne, l’épouse de Shimon approuve complètement la privatisation. Elle préfère que ses enfants ne travaillent pas aux champs et ne fassent pas de ménages pour le bien de la communauté comme elle l’a fait pendant la majeure partie de sa vie. « Le plus dur est que je n’ai jamais pu acheter ce dont mes enfants avaient envie, nous n’avions que ce qui était fourni pas le kibboutz. » Auparavant, chaque achat était voté par l’ensemble de la communauté.

Les kibboutz créent de nouveaux capitaux

Vers 1985, pressurisés par les banques qui exigent le remboursement de prêts contractés durant la période travailliste, la plupart des kibboutz sont en état de faillite. Leur dette a alors été étalé dans le temps et un mécanisme de solidarité entre les villages collectifs pauvres et les plus riches a été créé.

En 1989, 160 kibboutz empruntent à nouveau auprès des banques pour ne pas mettre leurs membres à la rue et signent un accord  avec les banques Hapoalim et Leumi. De 1989 à 1996, 530 millions de dollars de dettes sont remboursés par les kibboutz et  350 millions de dollars par le gouvernement israélien.

Mais selon Omri Canaan, directeur du département de la gestion au Mouvement national des kibboutz, l’accord signé entre les banques et les kibboutz est « surréaliste », et les kibboutz sont incapables de payer leurs créances. Les kibboutz  signent alors un nouvel accord avec le  gouvernement israélien en 1996: ils céderont 20 km² de leurs terres  comme terrains à construire, pour une valeur de 2,14 milliards de dollars, en échange, le gouvernement efface environ 6,4 milliards de dollars de dettes.

Certains kibboutz ont commence à vendre les titres de leurs sociétés industrielles pour créer des fonds courants. Aujourd’hui, l’industrie manufacturière israélienne détenue en majorité par les kibboutz, est en déclin. L’ouverture du marché industriel israélien aux importations et l’augmentation du prix des matières première menacent l’avenir des kibboutz manufacturiers.

D’après Omri Canaan, “Les recommandations du comité Kedmi, approuvées par le premier ministre fin juillet 2011, qui ouvrent progressivement le marché du secteur alimentaire aux importations étrangères, risquent de faire baisser dangereusement les profits des activités industrielles manufacturières israéliennes, dont  65% sont réalisées par les kibboutz”.

Les activités industrielles des kibboutzim, pour l’année 2011 ont représentent 10,9 milliards de dollars,  avec un profit total net qui  a baissé de 13,2% par rapport à l’année précédente. La baisse des exportations vers les pays de la zone Euro, en crise, serait aussi une des raison de la récession.

Des kibboutz manufacturiers ont vendu une grande partie des titres de leurs sociétés industrielles afin d’augmenter leurs capitaux courants. En avril 2012, seulement la moitié des sociétés industrielles fondées par des kibboutz étaient détenues à 100% par les kibboutz eux mêmes. Certains d’entre eux détiennent de véritables empires industriels.  Les Kibboutz Yiftah et Magal, ont vendu leurs titres dans la société Nétafim , pour une somme de 227 millions de dollars . Le  Kibboutz Lohamei ha Getaiot a vendu ses titres dans Tivol, à l’entreprise Osem, pour pas moins 123 millions de dollars.

Les kibboutz se tournent vers l’immobilier et le tourisme

“La plupart des kibboutzim auront fini de payer leurs créances banquières à la fin de l’année 2012, hormis dix kibboutz qui ont prolongé leur accord avec les banques jusqu’en 2025.” explique Omri Caanan. “La fin du remboursement des dettes des kibboutz auprès des banques, représente un nouveau départ. De grands projets d’infrastructures qui représentent un investissement d’environ 5 millions de dollars,  sont déjà prévus. Et les kibboutz vont pouvoir payer les retraites de leurs membres!” poursuit-il.

La majorité des kibboutzim se lancent dans l’immobilier : construction de maison ou d’appartements à louer ou à vendre, et les  hôtels  et chambres d’hôtes se multiplient .

A Degania Aleph il est d’ores et déjà possible pour n’importe quel citoyen israélien, moyennant un loyer, de louer un appartement. Des familles de l’extérieur peuvent aussi envoyer leurs enfants dans l’excellente école primaire du kibboutz, qui est la deuxième du pays. Contrairement aux membres du kibboutz, ils  payent une inscription  plutôt élevée pour un salaire moyen israélien. La garderie est elle aussi déjà fréquentée par de nombreux enfants de Tibériade, la ville la plus proche. Degania Aleph, comme beaucoup de kibboutz devient petit à petit un village résidentiel de luxe, fournissant des structures de rêve pour fonder une famille.

De Degania Aleph, la vue splendide donne d’un côté sur le lac de Tibériade et de l’autre sur les monts du Golan. Les allées du kibboutz bordées de hauts palmiers sont presque vides. Nombreux sont ceux qui ont troqué leur légendaire bicyclette contre une grosse voiture avec laquelle ils vont travailler en dehors du kibboutz.

D’ailleurs il faudra attendre leur retour vers 18 heures pour voir Degania Aleph s’éveiller un peu. Le réfectoire communautaire, transformé en restaurant est aussi désertique, seuls quelques ouvriers venus de l’extérieur pour travailler dans l’usine du kibboutz y déjeunent comme dans une cantine d’entreprise.

De nombreux kibboutzim ont contacté Degania Aleph pour recevoir des conseils en « privatisation réussie ». Degania Aleph, risque de retrouver bientôt son statut de « modèle », symboliquement très différent cette fois-ci, celui d’un kibboutz qui a réussit à entrer dans l’ère capitaliste.

Hélène Machline

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