Jérusalem 2020: La Vision d’un Maire

Jerusalem_pont des cordesSi tous les chemins mènent inexorablement à Jérusalem, le premier édile de la capitale aimerait bien inciter les visiteurs à rester quel­ques jours supplémentaires. Voire plus si affinités…

Par Nathalie Blau pour Israël Magazine.

Alors qu’il briguait la mairie de Jérusalem, un des arguments de campagne du candidat Barkat n’était autre que la hausse du tourisme dans la capitale. Dans son chapeau prévisionnel : dix millions de visiteurs par an. L’homme d’affaires reconverti en maire en faisait alors gausser plus d’un avec ce chiffre qui flirtait avec la démesure. Aujourd’hui, un mandat et une réélection de justesse plus tard, les estimations de Nir Barkat sont revues à la baisse, mais l’ambition et la volonté de faire de la cité hiérosolomytaine la destination phare de demain sont toujours là. L’an dernier, il dévoilait les grandes lignes du projet Jérusalem 2020, un plan quinquennal concocté sous l’égide de deux professeurs américains, lea­ders dans le domaine de l’urbanisme et l’aménagement du territoire : Michael Porter, d’Harvard et Richard Florida de l’Université de Toronto. Objectif : définir la direction que doit emprunter la ville trimillénaire au cours de ces cinq prochaines années pour répondre à la vision du fringant maire Barkat.  Car un siècle après Theodore Herzl et son rêve de Foyer national juif, le pre­mier édile voit grand pour sa capitale.

Nir_Barkat_2008A une époque où tout se décline en marketing et communication, la campagne de relations-publiques de la municipalité autour de la publication de ce plan revêt des allures de voyage dans le futur. Jérusalem en 2020. Elle est alors reliée par voie ferrée au centre du pays en un temps record de 28 minutes. A l’entrée de la ville, coincé entre le désormais célèbre Pont des cordes et le Palais des Congrès (Binyanei Haouma) est sorti de terre un nouveau quartier commercial de cinq fois la taille de celui des tours Azrieli à Tel-Aviv, fort de plusieurs immeubles de 12 à 24 étages qui outre des logements privés abriteront hôtel, commerces et institutions gouvernementales.

Le complexe sportif Malha a trouvé sa place dans l’arène internationale avec son stade Teddy amélioré, qui comprend aires de foot et de basket, sa piscine olympique et ses courts de tennis qui accueillent compétitions et tournois mondiaux.

Beit Matsia, le nouveau campus artistique Betzalel a vu le jour sur le site de l’ancien district russe et foisonne d’activités théâtrales. Jérusalem est d’ailleurs devenue un pôle culturel avec son opéra annuel à la piscine du Sultan, ses studios de production cinématographique inspirés d’Hollywood, son nouveau complexe artistique à proximité du théâtre Gérard Behar et ses festivals internationaux qui s’étendent tout au long de l’année. Mais aussi ses musées, comme celui de la Mer dans l’enceinte du Zoo biblique, fier de son plus grand aquarium du Moyen-Orient, où l’on peut déambuler entre les tortues géantes et les requins, ou la Maison Hansen et ses événements culturels. Sans oublier la zone réaménagée de “La rangée des musées”, qui relie via des itinéraires et des espaces verts les musées existants d’Israël, de la Bible, des Sciences à la Knesset, l’observatoire ornithorynque de Jérusalem ou la Cour suprême. Un endroit désormais résolument branché où se louent vélos ou Segway à la journée pour aller d’une institution culturelle à une autre, grâce à un pass familial. Bien sûr, la totalité de la ville est reliée au Wi-Fi, ce qui permet au visiteur de se connecter en permanence à son iPad pour se repérer et poursuivre son itinéraire.

mamilla_mall1Alors que le centre commercial Mamilla continue de faire le plein, la Vieille ville s’est dotée de son “petit train touristique”, une attraction particulièrement prisée auprès des plus jeunes et un téléphérique censé décongestionner ses ruelles étroites et les artères alentours, la relie désormais à la vieille gare récemment sortie de l’oubli pour devenir la Première station, coin à la mode de la ville. Tout ceci n’est qu’un aperçu des projets titanesques envisagés par une municipalité bien décidée à s’imposer sur la carte touristique internationale. Loin d’être la seule expression de la folie des grandeurs d’un maire aux aspirations grandiloquentes, ce plan quinquennal est censé répondre à plusieurs objectifs déterminants pour l’avenir de la capitale.

Miser sur le tourisme en famille et le tourisme de conférences

En premier lieu : booster le tourisme de façon révolutionnaire, pour remplir les caisses dangereusement vides d’une municipalité en perte de vitesse économique. Et ce, en affirmant le caractère identitaire de Jérusalem, pour la dissocier clairement du reste d’Israël. « De par le monde, la tendance est de promouvoir les villes comme une marque, et non les pays », explique ainsi Ilanit Melchior, directrice du tourisme au sein de l’Autorité pour le développement de Jérusalem (ADJ), «  on vend Barcelone, pas l’Espagne, Londres, pas l’Angleterre. Ces dernières années, nous avons essayé de différencier le ‘produit Jérusalem’, élément phare du pays. D’autres villes pourront nous emboîter le pas.» Et d’insister : Israël et Jérusalem sont deux concepts à part entière, selon elle.

Jusqu’à présent, la capitale est l’une des étapes incontournables pour tout voyageur en Terre promise. Un passage obligé d’ordre culturel ou cultuel, mais généralement court, d’une moyenne de 3 nuits. Parmi les axes de campagne de l’ADJ : miser sur le tourisme indépendant, celui qui se pratique seul, sans groupes organisés, mais en famille. Et qui dit famille, dit séjour de moyen/ long terme. La tendance européenne est aux vacances de 10 jours à deux semaines, explique Ilanit Melchior. « Nous souhaitons maintenant proposer des forfaits long-terme avec toute une panoplie d’attractions pour toute la famille.» D’où l’importance pour la ville de développer des infrastructures sportives et artistiques, censées remplir l’emploi du temps des visiteurs toutes générations confondues.
Autre piste privilégiée par les officiels de Jérusalem : le tourisme de conférence. Un secteur trop longtemps négligé, estime l’ADJ qui prévoit d’investir 20 millions de shekels pour l’ouverture d’un bureau qui lui permettra de défendre ses valeurs comme destination-clé pour la tenue de conférences internationales.

Actuellement, 82 % des touristes entrants en Israël font une halte dans la ville trois fois sainte qui engrangeait en 2013 un total de 3,5 millions de visiteurs. Selon le Haaretz, l’objectif serait d’en attirer 4 millions supplémentaires pour la municipalité, qui table sur une hausse de 90 % du tourisme d’ici 2020. Problème, note le quotidien israélien, le manque d’infrastructures et d’établissements hôteliers auquel la mairie doit impérativement s’atteler.

Une chose est sûre, si un tel boom touristique devait se réaliser, il ne manquerait pas de générer non seulement des devises, mais aussi des emplois dans une ville habituée à des taux de pauvreté parmi les plus élevés du pays, et un exode de ses forces actives.

Pour le touriste de demain et le résident d’aujourd’hui

Ces dernières années, toutefois, la tendance s’est inversée, assure Nir Barkat. Pour preuve, la fréquentation des écoles, signe d’une présence accrue des jeunes foyers. D’une perte de vitesse de 12 % entre 2001 et 2008, les inscriptions sont aujourd’hui en hausse (+6% entre 2009 et 2014), donnant lieu à l’ouverture de nouveaux jardins d’enfants et écoles primaires. Quant aux étudiants, finies les virées de fin de semaine pour mettre le cap sur l’agitation côtière, Jérusalem leur offre désormais un potentiel de loisirs qui les pousse à rester. Les premiers à fuir une ville trop morte à leur goût étaient les jeunes diplômés. Là encore, selon la municipalité, la tentation au départ, au terme des études, faiblit devant les nouvelles opportunités d’emploi déroulées par une Jérusalem en passe de devenir un pôle high-tech et biomed grâce aux facilités accordées par la mairie aux entreprises de ce secteur. Jérusalem fait tout pour incarner un centre artistique, universitaire et industriel, et en finir une fois pour toute avec cette image de ville éteinte qui lui a trop longtemps conféré un manque d’attractivité auprès de la population juive israélienne.

Et c’est là aussi que le plan Jérusalem 2020 entre en jeu. Car le projet ne se contente pas de préconiser la création d’infrastructures touristiques, il met également en avant des critères d’aménagement du territoire calqués sur les modèles occidentaux. Pour répondre non seulement aux attentes du visiteur de demain, mais aussi à celles du résident d’aujourd’hui.

A la clé, plusieurs objectifs pour la ville, mis en relief par un rapport du Centre de recherche français à Jérusalem. Tout d’abord, stimuler la revivification du centre, avec une zone piétonne étendue autour des axes Ben Yehouda-Agrippas-Yaffa. Instaurer une politique urbaine dans un désir manifeste de “rattraper l’Occident” et de faire de la cité hiérosolomytaine une métropole mondiale, résolument moderne, capable de con­cur­rencer la capitale économi­que du pays, Tel-Aviv. D’où la vo­lon­té de voir s’y im­planter des sociétés de pointe, vi­vier d’em­plois qualifiés. Enfin, insister sur la sauve­garde des espaces ouverts, avec des quotas par ha­bitants établis selon les normes en vi­gueur dans des pays occidentaux, qui pas­sent par la création d’une ceinture verte externe et d’un réseau de coulées vertes internes qui ne sont pas sans rappeler ceux aménagés en Ile-de-France.

Selon le projet quinquennal, la superficie nette des espaces verts de la ville sera plus vaste que celle de Tel-Aviv. Y seront inclus la vallée des Gazelles, réserve naturelle au cœur de la ville et le Parc Hamesila, promenade qui s’étend sur plusieurs kilomètres le long de l’ancienne voie ferrée.

Au final, si tout se déroule comme prévu, dans 5 ans, Jérusalem sera devenue la ville de référence, celle où il fait bon vivre et qu’il est impératif de visiter. Non ce n’est pas un rêve, tonne Nir Barkat, c’est la réalité !

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