Notice: Undefined index: ga_dash_tracking_type in /home/israelmagh/www/wp-content/plugins/google-analytics-dashboard-for-wp/config.php on line 400
Exclusif: Jean Jacques Goldman - Un Juif de cœur… - Israel Magazine

Exclusif: Jean Jacques Goldman – Un Juif de cœur…

jean-jacques-goldmanNé dans le Paris des années 50, Jean Jacques Goldman s’est imposé au cours du temps sur la scène musicale française, enchaînant succès, disques et tournées. Il est le fils d’un juif polonais, immigré, Alter Mojze Goldman, et d’une mère juive allemande, Ruth Ambrunn.

Par Yaacov Ben Denoun –

« Un début de janvier, si j’ai bien su compter
Reste de fête ou bien vœux très appuyés
De Ruth ou de Moïshé, lequel a eu l’idée ?
Qu’importe si j’ai gagné la course, et parmi des milliers »[1]

Si c’est « le refus toujours qui nous enfante »,[2] c’est l’appartenance à une histoire, le partage de ces deux destins, qui ont déterminé l’itinéraire de ce troisième enfant d’une fratrie de quatre.

Le déterminisme était à ce point prégnant, que le parcours de ses parents a influé directement sur la conscience et la sensibilité de Jean Jacques Goldman, soudain immergé dans une eau vive parcourue de courants rageurs. Il est difficile d’échapper à la marche du temps, à l’histoire des hommes, à un héritage millénaire, aux violences de l’exil. Les bouleversements d’une époque devenue le creuset de plusieurs générations de révoltés, de combattants, de résistants, d’hommes d’honneur, engageaient à la lutte. Les défis étaient importants, et les cœurs désiraient battre, avec avidité. L’intention de ces idéalistes, épris de justice, était de préparer la venue d’un monde nouveau, plus noble, plus fécond, qui garantirait à tous le droit de travailler, de penser, d’aimer et d’apprendre.

« Et pourtant, pourtant, souvent je me demande
Qui sont les miens, d’où suis-je et quelle est ma bande
De quelle tribu, de quelle famille
Quel est mon arbre ou ma ville
Dans quelle île ou quel exil…
Et pourtant, pourtant, dans un coin de ce monde
Un morceau de terre, un ciel et des secondes
Une histoire, un sang, du temps qui défile
Si paisible et si tranquille Dans quelle île ou quel exil. »[3]

Certains lendemains ont déchanté

Son père, Alter Mojze, est né à Lublin, en Pologne, en 1909.  Communiste, il a épousé tous les désirs de son parti, s’est inscrit dans toutes ses luttes, et a participé à la Résistance française. Comment les enfants auraient-ils pu s’extraire de ce substrat revendicatif ? Le demi-frère de Jean Jacques, Pierre Goldman, devenu militant d’extrême gauche a été assassiné en 1979 dans des conditions restées obscures. Il est l’auteur des « Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France »[4] qui raconte son parcours souvent chaotique. De retour du Venezuela, en 1969, il retrouve sa famille. De ses frères, dont Jean Jacques, il écrira : « Mes frères étaient âgés de 16 et 18 ans. Ils étaient jeunes, fins, enjoués, plaisants. Ils aimaient la musique pop et portaient chacun une longue chevelure…je fus un peu ému, étonné, qu’ils m’aiment et se souviennent de moi, que pour eux je sois un frère. »
Gosse de Montrouge, Jean Jacques Goldman s’est essayé au violon, au piano, mais c’est en rencontrant une guitare, en caressant six cordes de métal, que s’est fait le déclic. Il a participé à plusieurs de ces groupes qui se faisaient et se défaisaient sur l’heure. D’abord musicien accompagnateur, il est devenu chanteur et interprète des chansons qu’il commençait à composer. Au cœur du groupe Taï Phong, il s’est libéré de ses peurs, et la chanson « Sister Jane » a propulsé cet artiste sensible, effacé, qui apparaissait pudiquement derrière son instrument. Le groupe s’est séparé en 1979, et en 1981 est sorti le premier album solo de Jean-Jacques Goldman, un opus sans titre qui détenait une pépite : la chanson « Il suffira d’un signe » qui affirmait la volonté de l’homme de se défaire de ses chaînes et d’espérer pour cela un signe.

« Il suffira d’un signe, un matin
Un matin tout tranquille et serein
Quelque chose d’infime, c’est certain… »

Il suffisait d’un signe. Il était temps. Désormais Jean-Jacques était dispensé de rejoindre le magasin de sport familial pour gagner sa vie. Il serait musicien.

La carrière de Jean- Jacques Goldman est bien connue de tous. Ses chansons, un jour ou l’autre ont habité nos lèvres, nos instants d’intimité, nos soirées entre amis.

Ses chansons ont fait les beaux jours des radios, des télévisions, des scènes de France et d’Europe. Elles appartiennent au patrimoine de nos mémoires. Dans le désordre : « Au bout de mes rêves », « Encore un matin », « Envole-moi », « Je marche seul », « On ira », « Puisque tu pars », « Quand la musique est bonne », « Tournent les violons », « Rouge », « Je te donne »…

Conséquent avec lui-même, il a désiré s’investir dans une cause humanitaire, et a composé dans l’urgence « La chanson des enfoirés » qui permettra à l’organisation « les restos du cœur » créée par Coluche, de délivrer des repas chauds « A tous les recalés de l’âge et du chômage, les privés du gâteau, les exclus du partage ».

Jean Jacques Goldman, fils d’immigrés, juifs, la personnalité préférée des Français 2012

Ses chansons, ses engagements, ses préoccupations, ont valu à Jean Jacques Goldman de devenir en 2012 la personnalité préférée des Français. Depuis quelques années, après avoir écrit des chansons à Céline Dion, Johnny Hallyday et d’autres artistes, il a préféré prendre du recul, trouver une autre respiration, et c’est à Marseille qu’il s’est retiré pour vivre et profiter du temps qui passe, des amis, de sa famille. Mais une existence n’est pas une matière inerte. Elle est nourrie par des torrents de sève qui viennent parfois on ne sait d’où, et qui tracent en nous des sillons définitifs.
Jean Jacques Goldman, fils d’immigrés, juifs, communistes, résistants, ne pouvait se dissocier de ces antériorités, de ces legs du passé, de la souffrance, de la Shoah, du ruissellement des jours qui irriguaient sa source. On retrouve dans certaines de ses chansons, parois méconnues, les vestiges de  sentiments forts reçus en partage et pour tout héritage.

La chanson « Comme toi » a créé un pont entre le monde juif et cet artiste écorché vif qui évoquait un temps de destruction.

« Elle avait les yeux clairs et la robe en velours
A côté de sa mère et la famille autour
Elle pose un peu distraite au doux soleil de la fin du jour
La photo n’est pas bonne mais l’on peut y voir
Le bonheur en personne et la douceur d’un soir
Elle aimait sa poupée elle aimait ses amis
Surtout Ruth et Anna et surtout Jérémie
Et elle se marierait un jour peut-être à Varsovie
Elle s’appelait Sarah elle n’avait pas huit ans
Sa vie c’était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement
Elle avait les yeux clairs et elle avait ton âge
C’était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n’est pas née comme toi ici et maintenant »

Cette chanson raconte l’histoire d’une jeune fille ressemblant à Anne Frank, mais c’est une photo de famille d’une “cousine”, disparue pendant la Shoah, qui servit de modèle à Jean-Jacques Goldman.

Jean-Jacques Goldman part souvent à la recher­che de son passé. Il est en quête d’un ciel enfui, de souvenirs réinventés. Il recompose les éléments d’une mémoire emplie d’images, de contes. Son père parlait Yiddish, sa mère lui répondait en allemand. Jean Jacques est à la croisée de ces chemins.

« Juste une prière avant d’obéir
A l’ordre des choses et de nos pères
Avant de partir
Juste une autre vie sauvée de l’oubli
Gravée bien mieux que par une lame
Dans la mémoire d’Abraham…
Conduis nos enfants pour la fin des temps
Remplis de plus de joies que de larmes
La mémoire d’Abraham »[5]

Revient et souffle un vent venu du bout de l’espace et de l’éternité :

«C’était un cordonnier, sans rien d’particulier
Dans un village dont le nom m’a échappé
Qui faisait des souliers si jolis, si légers
Que nos vies semblaient un peu moins lourdes à porter
Il y mettait du temps, du talent et du cœur
Ainsi passait sa vie au milieu de nos heures
Et loin des beaux discours, des grandes théories
A sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui
Il changeait la vie »[6]

Sous le nom de Sam Brewski, choisi pour affirmer ses origines juives, Jean-Jacques Goldman a écrit pour Philippe Lavil (« Comme un tout p’tit bébé », 1991), Patricia Kaas (« Il me dit que je suis belle », 1993), pour Florent Pagny (« Est-ce que tu me suis », « Loin » ou encore « Si tu veux m’essayer », 1994), ou encore Roch Voisine (« Tu t’en iras », 2001).

Tout un monde disparu vient visiter ses nuits.

«Trente-six justes, autant de chandelles
Dans 500 millions de galaxies
Trois Glorieuses mais sept merveilles
Quatre saisons plus belles après Vivaldi
Cinq sens et sept plaies d’Egypte
Trois dimensions, quatre vérités
Vingt et quatre livres, une Bible
Et quelque part, sûrement, quelqu’un à aimer  »[7]

Ce monde s’enracine dans ses mots. De l’obscurité il tend vers la lumière.

« Il me restera des souvenirs
Des visages et des voix et des rires
Il me restera du temps qui passe
Et la vie, celle qui fait mourir…
Il me restera ces choses qu’on amasse
Sans y penser, sans y compter, sans savoir
Quand on vit fort, on vit sans mémoire
Mais elle prend des photos sans qu’on sache »[8]

Ce monde il l’offre en partage.

«Je te donne nos doutes et notre indicible espoir
Les questions que les routes ont laissées dans l’histoire
Nos filles sont brunes et l’on parle un peu fort
Et l’humour et l’amour sont nos trésors
Je te donne toutes mes différences…  »[9]

Jean Jacques Goldman est soucieux des autres, de ses amis, de ses musiciens, de ses enfants, de ceux qui l’aiment, l’escortent et trouvent dans ses mots de la consolation, de l’espoir, des forces nouvelles. Il nous dit de ne pas renoncer, de rester fidèles, de continuer le chemin.

«Pour vous mes compagnons mes amis de jeunesse
Quelles que soient vos histoires non n’oubliez jamais
Qu’un beau jour nous avions fait ensemble une promesse
S’il n’en reste qu’un nous serons ce dernier
Même au fin fond du désert
On aidait les plus faibles à ne jamais tomber
Même au milieu des chimères
On y croyait plus fort quand le courage manquait »[10]

Et s’il n’en reste qu’un nous serons ce dernier…
ILMAG abo

EMAG abo

OU ACHETER

Pour tout renseignement : darmon7@gmail.com
Tél : 03 562 2500 ou 054 254 45 20
Fax : 03 562 2600
Tél de France : 01 83 62 65 20

 

[1] Chanson « Bonne idée »
[2] Max Gallo, » l’oiseau des origines ». Editions Robert Laffont
[3] Chanson « Quel exil »
[4] Editions Le seuil.
[5] Chanson « La mémoire d’Abraham »
[6] Chanson « Il changeait la vie »
[7] Chanson « Quelque part, quelqu’un »
[8] Chanson « Il me restera »
[9] Chanson « Je te donne »
[10] Chanson « Promesse »

 

more recommended stories

Réinitialiser le mot de passe
Veuillez entrer votre email. Vous allez recevoir votre nouveau mot de passe par email.