Après Poutine et Trump à Paris, Netanyahou : la France et Israël aujourd’hui

 

par Atlantico et Alexandre Ader

Emmanuel Macron a reçu Benyamin Netanyahou à Paris afin de commémorer les 75 ans de la rafle du Vel d’Hiv en 1942. Les relations entre les deux pays sont tendues, mais pas complètement coupées.

Atlantico : Emmanuel Macron s’est peu exprimé sur le conflit israélo-palestinien. Est-ce que la visite de Benyamin Netanyahou est de nature à pouvoir relancer la machine diplomatique française sur ce sujet qui semble être laissée à l’abandon depuis la fin du mandat de Jacques Chirac ?

Alexandre Adler : Emmanuel Macron s’apercevra assez vite que la France ne peux pas faire tant de choses que voulues dans la mesure où la situation est bloquée et à court terme satisfaisante. Elle est satisfaisante parce que les parties en présence ne peuvent, ni ne veulent se parler et elle est également satisfaisante dans la mesure où les Palestiniens bénéficient d’une paix par rapport à la situation en Syrie ou en Jordanie qui est au bord de la guerre civile. Il y a eu une détente pragmatique à Gaza ou le gouvernement israélien s’est efforcé de desserrer l’étau pour donner une possibilité au Hamas de ne pas suivre l’exemple de Daech dans la violence.

Le Hamas est sensible à cette situation. Il n’y a pas d’urgence à agir. L’urgence consiste à trouver un cessez-le-feu en Syrie. Si la France arrive en jouant des mécaniques, ce qui lui est arrivé plus souvent qu’à son tour… Sa contribution à la résolution d’une situation qui n’est pas évidente trouvera vite ses limites. Emmanuel Macron fera le même constat que ses prédécesseurs. Il est vrai que Jacques Chirac a souvent eu des mots et des gestes qui ont eu un impact sur ses interlocuteurs mais très relatifs car il n’est pas évident de dresser un bilan tout à fait positif de l’action de Jacques Chirac au Moyen-Orient et surtout dans le conflit israélo-palestinien. Il y aura peut –être des échanges intéressants et des moyens d’influer sur l’opinion israélienne et palestinienne pour faire chuter la température et retrouver une certaine normalité.

Il n’y a pas de sujets bilatéraux qui doivent être traités par les deux parties. Les relations israélo-françaises ne sont ni bonnes, ni mauvaises. Elles ne sont pas très bonnes parce qu’il y règne un climat de suspicion anti israélien de la part des autorités françaises et Emmanuel Macron ne montre aucun signe à ce sujet pour changer de forme. De façon plus pragmatique, les échanges israélo-français n’ont cessé de se développer, et ce, dans le domaine des nouvelles technologies et l’aéronautique avec les drones. Personne ne veut rompre et personne ne veut accorder une place plus importante à l’autre. Depuis 1950, c’est la France qui a sauvé Israël à de nombreuses occasions. Elle lui a donné une force et une capacité de résistance aux puissances extérieures qu’on ne peut trouver nulle part, même aux Etats-Unis. La doctrine française n’a pas tellement changé. Il est toujours admis que la France est le partenaire par excellence du monde arabe. Il est clair que la situation au Maghreb est devenue vitale pour la sécurité et pour l’intégration en France. Tous les signes de sympathie pour Israël ne peuvent se faire qu’au détriment d’une partie de la politique étrangère française même la plus légitime. Il est important de ne pas en faire trop. Il ne faut pas manifester trop de sympathie pour Israël et il est important de protéger la communauté juive de France des actes antisémites de brutalité qu’elle subit. C’est à ce titre que les israéliens pourront faire confiance au nouveau gouvernement français. A ce jour, Emmanuel Macron est étranger à toutes formes d’antisémitisme. Il ne manque pas de discernement mais il n’ira pas plus loin, pas tout de suite. Il y a dans un premier temps des problèmes plus importants à régler comme la retraite inévitable d’Abdelaziz Bouteflika en Algérie, de plus, il y a la question de la transformation du Maroc qui n’est pas évidente et il ne faut pas oublier les menaces qui planent sur la Tunisie en raison de la situation libyenne. Tant que la France n’aura pas avancé dans ces domaines, elle ne pourra pas se permettre de faire des oeuillades à Israël qui seront immédiatement utilisées par les islamistes pour refuser la coopération indispensable de l’Afrique du Nord et de la France.

 

On a vu que le conflit israélo-palestinien s’exporter dans les rues de France ces dernières années, quelles réponses pourraient apporter Emmanuel Macron à ce sujet ?

Emmanuel Macron peut dire tout simplement que nous ne sommes pas en Palestine. Il y a en France une très importante communauté juive, bien qu’elle diminue en intensité en raison du déclin économique de la France. L’antisémitisme islamiste s’est répandu mais il reste à prouver qu’il soit majoritaire. Pour beaucoup de nos compatriotes qui sont venus du Maghreb, les juifs ne sont pas des ennemis et ils ne l’on pas été. Ils ne le sont pas dans le cas du Maroc, ils ne le sont pas en Algérie et beaucoup de Français d’origine musulmane ne les voient pas comme des ennemis ou des gens qu’il faudrait réduire ou humilier. Dans ces conditions, un peu de fermeté républicaine, beaucoup de générosité et aussi un peu de dialogue entre les communautés ne ferait pas de mal. Je ne suis pas si pessimiste que cela parce que l’on donne beaucoup la parole a des minorités bruyantes et antipathiques et pas assez à des majorités qui sont qualifiées. Beaucoup de Français qui connaissent des maghrébins savent que ce ne sont pas des fanatiques, ce ne sont pas des gens qui rejettent la France, quand bien même, ils expriment des méfiances et des solidarités communautaires. Les Français doivent se débarrasser des préjugés qu’ils ont. La partie n’est pas perdue quand on voit les artistes, les journalistes, les faiseurs d’opinion qui sont d’origine maghrébine. La France a beaucoup avancé. Un tissu réparateur est en train de se créer. Si tout est fait avec cohérence je ne suis pas pessimiste entre la communauté juive et la communauté du Maghreb. Quant à Israel, elle trouvera des solutions au niveau régional. La situation se joue aussi en Syrie, au Liban. L’Arabie Saoudite en et à un tournant avec une acceptation d’Israël beaucoup plus franche. Le dialogue israélo saoudien est plus, porteur d’espoir que le dialogue israélo-palestinien qui est beaucoup plus difficile à mener.

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