Le Parisien

« L’an prochain à Jérusalem »: la prière retentit rituellement à la Pâque juive. Mais l’Alya », l’émigration vers Israël, qui a atteint des records depuis la France, reste une aventure exigeante, marquée par des reports, des retours, des vies écartelées entre les deux pays.

L’Agence juive, organisme public israélien chargé d’accompagner l’Alya, table sur 4.000 « olim » (émigrants) de France en 2017. Certains participeront la semaine prochaine à une cérémonie organisée comme chaque année dans une synagogue parisienne, avant le pic de départs de l’été. L’émigration française devrait enregistrer en 2017 un nouveau repli après le recul de 2016 (5.000 départs, contre 7.900 en 2015 et 7.230 en 2014), mais elle se maintient à un très haut niveau. Quelque 40.000 Français juifs ont fait leur « Alya » depuis 2006, année de l’assassinat d’Ilan Halimi par le « gang des barbares ». Soit près d’un juif sur dix vivants en France.

L’Alya a des ressorts multiples, au carrefour de logiques religieuses, identitaires, économiques, familiales, ou encore d’agrément pour des seniors aspirant à une retraite sous le soleil méditerranéen. Le niveau des actes antisémites et le sentiment d’insécurité après l’affaire Halimi (2006), la tuerie dans une école juive de Toulouse (2012), l’attentat contre un supermarché casher à Paris (2015) ont pu avoir un effet catalyseur. Mais la barrière de la langue, les problèmes de reconnaissance des diplômes, la vie chère ou encore une protection sociale moins favorable constituent des freins à l’intégration. Et parfois des causes de « yerida » (« descente »), le départ d’Israël, difficilement quantifiable même si l’Agence juive ne l’estime pas supérieur à 10% des effectifs. Sans parler de « l’aliyah Boeing », celle des allers-retours entre France et Israël.

« C’est un sujet un peu tabou, et assez subtil. Des gens partent, mais en fait pas vraiment », confie à l’AFP Michaël Azoulay, rabbin à Neuilly-sur-Seine, dans l’Ouest parisien. Plusieurs de ses amis, par exemple des avocats, « installent leur famille en Israël; eux travaillent à Paris et rentrent le week-end ». Serge Moati, auteur d’un essai « Juifs de France, pourquoi partir? » chez Stock, décrit l’afflux à l’aéroport de Roissy le vendredi de voyageurs « qui vont passer le shabbat en Israël et reviennent le dimanche soir ». Le réalisateur évoque des vies « compliquées pour des couples éclatés ».

Pour un professionnel des médias qui requiert l’anonymat et vit lui-même un mois sur deux en Israël, « faire son Alya c’est bien quand on est jeune, à 17-18 ans: vous entrez dans l’armée, vous vous intégrez, vous apprenez l’hébreu… D’autres y vont pour la retraite, après avoir fait leur vie ». « C’est plus difficile pour des gens qui sont au milieu de la vie ». Mais, ajoute-t-il, « l’+Alya Boeing+ », qui n’est pas neuve, « concerne une élite » d’hommes d’affaires et de professions libérales.

Une « Alya » aménagée qui a ses « difficultés: certains couples ne tiennent pas le coup », abonde Sammy Ghozlan, qui vit entre Israël et la France, où il poursuit un engagement militant à la tête du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA). Ce retraité de la police estime que l’Agence juive a tendance à éluder les difficultés d’installation des Français. « Beaucoup d’associations d’aide aux Français se sont créées en Israël, notamment à Netanya (le « petit Paris » balnéaire d’Israël, NDLR), mais l’Alya serait facilitée si l’administration était plus ouverte, moins compliquée pour les nouveaux émigrants ». Selon Frédérique Schillo, chercheuse spécialiste d’Israël, les Français désormais « s’organisent pour pallier les manques de l’Etat israélien et monter un groupe de pression à la Knesset (le Parlement, NDLR), sur le modèle des Russes. Il a fallu faire bouger les lignes ». Nombre d’observateurs insistent en tout cas sur la nécessité d’une bonne préparation en amont. « Les gens que je connais ayant réussi leur Alya l’ont préparée pendant des mois, voire des années, parfois avec des voyages d’étude », fait valoir le rabbin Azoulay.

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