Chroniques de Vacances Studieuses : le Portugal

Chroniques de Vacances Studieuses : le Portugal

Par André Darmon

Il y a des pays comme le Portugal, que vous avez côtoyés longtemps lorsque vous viviez en France et que, le hasard, les préjugés, ce qui se passait aussi de terrible dans ces pays (comme des dictatures) ne vous avaient pas forcement donné le gout d’aller y faire un tour. De plus, leur passé antisémite, violent comme celui de l’Espagne, ne vous incitait pas, vous interdisait même, à s’en aller bronzer sur leurs plages et à visiter leurs musées. Ainsi les trois pays voisins latins de l’Hexagone, le Portugal, l’Espagne, et le Portugal, bien que proches, m’étaient restés indésirables et lointains. Mais après en avoir terminé avec le long deuil de ce passé morbide et m’être réconcilié avec l’Espagne et avec l’Italie, une Italie que j’imaginais terroriste et maffieuse mais  qui est, en fait, une nation admirable,  j’ai décidé d’aller me rendre compte par moi-même que le Portugal, ce n’était pas seulement Cristiano Ronaldo,  les clubs du Benfica de Lisbonne et de Porto du fameux José Mourinho.

 

A Lisbonne, la capitale, baptisée la Ville des Sept collines, on marche, on marche beaucoup, et ce ne sont que pentes et descentes bordées de maisons ou règnent en maitre, l’Azulejo, ces carreaux de faïence ou de céramique héritées de l’ancienne domination maure. Dans  ces ruelles étroites de Lisbonne au charme médiéval que l’on retrouvera à Porto mais aussi à Ovibos, ville qui est, elle, est restée presque totalement médiévale, on croisera  et l’on empruntera, place Martim Moniz, non loin du Rossio et du quartier de la Baixa, ces petits tramways jaunes, exigus, bruyants  mais si plaisants qui traversent les deux grandes villes comme un petit train pour enfants. Dès l’approche de l’atterrissage, sous le ventre de l’avion à Lisbonne, les  champs de toits de tuiles rouges nous avaient déjà  averti que la ville, le pays, tentaient d’entretenir un reste de pastoralité qui semble avoir déserté les autres grandes capitales parsemées d’imposants gratte-ciels. Lisbonne comme Porto, sont avant tout des ports sur l’Atlantique, et sont bâtis autour de  deux grands fleuves, le Tage pour le premier, le Douro pour Porto.  Le long du Douro, au bord duquel nous irons flâner et écouter des petits groupes musicaux trépidants qui paraissent sortis de leurs collèges avec leurs uniformes, jouant des airs portugais pendant des heures, il se dégage une impression de bonheur simple, d’autant que les Portugais me paraitront tout au long du séjour des gens dévoués, disponibles, souriants, calmes. J’ai scruté mille visages, écouté le murmure de la rue,  battre les cœurs dans les  salons de thé, dans le métro. Le Portugais n’élève pas la voix, ne pose pas, regarde avec indulgence son voisin et la question terrible que je refoule depuis mon arrivée s’insinue dans mon crane. Comment un peuple si aimable a pu en passer par la dictature pendant des années et comment ce peuple, certes très chrétien, a-t-il pu laisser comme en Espagne, perdurer l’Inquisition et jeter aux flammes les Juifs qui ne voulaient pas se convertir (Voir les Juifs de Belmonte en page).  Ce Portugal  de la douceur de vivre, du fado mélancolique que j’irais découvrir dans les bars de Lisbonne, de ces ‘guitarra’ a douze cordes qui psalmodient la ‘saudade’, le spleen portugais, de ces sourires suspendus aux lèvres naturellement, qu’a-t-il à voir avoir avec c e Portugal qui fut le fossoyeur de tant d’Ames juives ?

Manger et boire au Portugal

Ah ces Pasteil de Nata, ces petits flancs portugais savoureux à la cannelle. Il n’y a pas un jour pendant cette semaine de vacances  où je n’ai cédé à cette gourmande tentation et où je n’ai échappé prestement à ma jolie garde du corps qui veille résolument sur ma ligne ou du moins ce qu’il en reste. Intelligemment, les Portugais fabriquent les Pasteil de Nata en grand mais aussi en petit afin de ne pas trop culpabiliser nos papilles gustatves. Ce qui est tout à fait remarquable c’est que les Portugais n’ont pas attendu Donald Trump pour faire du protectionnisme culinaire  et gustatif. En une semaine je n’aurais donc pas vu une seule bière autre que la super bock portugaise, très  agréable au demeurant, et si peu chère (1.5 euros) ou encore un vin autre que portugais. Des vins lesquels dans le meilleur des cas valent dans les restaurants pour les plus chers 15 euros (60 shekels). On nous affirme que ceux de la vallée du Douro sont parmi les plus recherchés. On comprend alors pourquoi le Porto, lui, s’exporte si bien. Voilà donc ce qui est remarquable au pays de Mario Soares, les prix. Payer un espresso 0.6 euros soit 2.5 shekels et demi peut bien plus qu’une carte postale ou un article de votre serviteur vous émoustiller  et décider de s’y rendre. Cet article n’est pas bien sur un catalogue touristique mais il fut voir Le château Sao Jorge, la Tour de Belém d’où partirent les navigateurs portugais pour conquérir le monde, le Mosteiro dos Jeronimos ( le monastère des Hyeromites, un ordre espagnol)

Je ne  visiterais que le musée de la Marine à Lisbonne, (j’avais vu tant de musées a Florence) parce qu’il me semble que les mers et les superbes caravelles ornées de la Croix furent le symbole de la puissance portugaise il  y a 500 ans. Ce Portugal conquerra le Brésil, l’Angola, le Mozambique et qui fila jusque en Inde et au Japon (voir le film Silence qui vient de sortir). Ce Portugal qui débuta sa longue et terrible décrépitude dès qu’il rendit ses colonies africaines. Autant le dire j’ai aimé ce pays, peut-être parce que j’y ai décelé ce qu’on appelle ‘le déjà vu’. Non pas le déjà vu de précédentes vacances mais les réminiscences et le chant d’un passage doux et tragique, il y a longtemps dans une autre vie.

 

Réinitialiser le mot de passe
Veuillez entrer votre email. Vous allez recevoir votre nouveau mot de passe par email.