1945. Les Juifs, des personnes déplacées à part ?

1945 Lord reading
  1. Les Juifs, des personnes déplacées à part ?

 Par Marc-André Charguéraud

1945, pour Américains et Britanniques, la théorie nazie selon laquelle les Juifs constituent une race particulière est inacceptable. Ils en tiraient les conclusions. « Les Juifs comme les autres religions doivent être classés dans les camps en fonction de leur nationalité plutôt que comme race ou religion ».  Ajoutant : « Toute forme de ségrégation raciale ou religieuse entraînerait des sentiments antisémites. »[1]

Dans une lettre d’août 1944 à l’UNRRA, le délégué britannique Sir George Rendel annonce cette politique : « Le fait que les Juifs puissent, en tant que race, être identifiés par certaines caractéristiques, et que la doctrine raciale nationale-socialiste leur aient créé des problèmes particuliers d’importance ne sont pas des raisons suffisantes pour les traiter comme une catégorie nationale indépendante. »[2] De plus les Britanniques craignent que les Juifs n’utilisent un statut national particulier pour revendiquer ainsi l’accès à la Palestine. Ils veulent séparer le problème des personnes déplacées de celui de la Palestine. Les Américains ne sont pas en reste. Le Haut commandement américain écrit : « Le gouvernement militaire ne doit pas donner l’impression que les Juifs bénéficieront d’un traitement préférentiel, car cela perpétuerait les distinctions faites par les théories raciales nazies. »[3]

Trois mois après la libération des camps, les Britanniques maintiennent cette politique. Lord Reading,  (qui était juif lui-même) du Conseil de contrôle, écrit en juillet 1945 : « En bref, nous ne pouvons pas accepter la théorie admettant que les Juifs sont une race à part, car c’est un des principes de base de la politique nazie » et il termine en ajoutant « il est vraiment bizarre que les Juifs essaient de s’en prévaloir.»[4] Cette remarque inacceptable montre bien l’incompréhension des Alliés face à la situation des Juifs. Ce n’est pas comme race particulière que les personnes déplacées juives demandent un traitement préférentiel. C’est à la suite des souffrances terribles qu’ils ont endurées, les nazis les ayant classés à part comme des « sous-hommes ».

Visitant Buchenwald, un scientifique israélien, Felix Bergman, s’offusquera. Les Juifs ne sont pas mentionnés et sont classés sous leur nationalité d’origine. Il écrit à Otto Grotewolh, le président du Comité des combattants antifascistes de la résistance : « Les Juifs sont arrivés dans les camps comme membres du peuple juif et y ont été enfermés et séparés des aryens. Ils furent torturés à mort bestialement… C’est insultant lorsque vous déclarez que les Juifs ont été déportés et exterminés dans les camps comme Polonais, Hongrois, Russes… citoyens allemands. »[5] Quinze années après la libération des camps, la spécificité des Juifs reste ignorée. Les Juifs ne sont pas une race à part,  bien qu’ils aient hérité d’une culture, d’une tradition ethnique, d’une civilisation et d’un passé qui incluent une religion mais la dépassent. Même les plus assimilés parlent de « peuple juif ».[6] Pendant des mois, pour les Alliés, les Juifs n’existent qu’en tant que nationaux. Les conséquences de ce classement sont dramatiques.

Truman et la reconnaissance d’Israël

Dès la fin de la guerre, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne insistent : évacuer rapidement les millions de personnes déplacées présentes dans les zones d’occupation. Elles sont rassemblées dans 500 camps de transit construits dans l’urgence où elles sont classées par pays d’origine afin de faciliter leur rapatriement. Les personnes déplacées n’ont pas le choix. Les américains exigent qu’elles déclarent leur nationalité pour avoir le droit d’être logées et nourries.[7] Parce que cette politique s’applique aux Juifs, des victimes des persécutions et des tortures ont côtoyé dans les centres certains de ceux qui avaient été leurs tortionnaires.[8], des étrangers, anciens membres des forces militaires sous commandement allemand, des Polonais, des Russes, des Ukrainiens ou des Baltes ayant travaillé de leur propre volonté pour l’Allemagne.[9]

 

[1] KÖNIGSEDER Angelika et WETZEL Juliane, Waiting for Hope : Jewish Displaced Persons in Post War II Germany, Northwestern University Press, Evanston, Ill., 2001. p. 39.

[2] HILBERG Raul, La destruction des Juifs d’Europe, Fayard, Paris, 1988, p. 989.

[3] DINNERSTEIN Leonard Oxford University Presse, New York, Oxford 1982, p. 19. 1945

[4] et 5 REILLY Joanne. The Liberation of a Concentration Camp. Routledge 1998. p. 88. 1945

[5]

[6] KASPI André, Les Juifs pendant l’occupation, Seuil, Paris, 1991. p. 375.  Mars 1944, le grand rabbin Maurice Liber : Peu importe, observe-t-il, qu’on définisse le juif par la religion, la race ou la nationalité. « Partout où ils n’ont cessé d’être traités comme tels, partout où ils n’ont pas renoncé à se considérer comme tels, il est incontestable que les Juifs constituent une société à base spirituelle, dont les membres sont liés historiquement par la communauté d’origine et de foi, quelle que soit la force ou la faiblesse de cette foi commune. » 1945

[7] HILLIARD Robert L. Surviving the American: The Continued Struggle of the Jews after Liberation,

[8] exemple : août 1941 après l’occupation allemande, des Lithuaniens, activistes, policiers et soldats, participèrent au massacre de milliers de Juifs. A la victoire, ils ont fui la justice et se retrouvent dans les camps de DP’s.

[9] KÖNIGSEDER Angelika et WETZEL Juliane, Op. Cit. p. 16.

 

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